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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 05:59

Nouveaux OGM : la note du HCB passée au crible par Yves Bertheau

Nouvel épisode dans le feuilleton autour de la note du Comité scientifique (CS) du Haut Conseil des Biotechnologies (HCB) sur les nouvelles techniques de modification génétique : le HCB n’a toujours pas publié les commentaires d’Yves Bertheau, membre démissionnaire, sur cette note remise au gouvernement début février. Une note pourtant riche en considérations scientifiques. Inf’OGM a décidé de la publier sur son site internet [1].

La suite sur : http://www.infogm.org/spip.php?article5937

-Note de l'administration du blog :L'autre mention du conflit 'est en fin de l'article Génétique : CRISPR fait son entrée dans le monde de l'agriculture de Sciences et Avenir‎ -

ublié le 26-04-2016 à 12h00

Le département américain de l’Agriculture a donné son feu vert à la commercialisation d’un champignon de Paris génétiquement modifié par le nouvel outil d’édition des génomes.

OXYDATION. Le département américain de l’Agriculture (USDA, l’équivalent du ministère français) a décidé que son administration n’avait en aucun cas le pouvoir d’encadrer la culture d’un champignon de Paris génétiquement modifié par CRISPR, la méthode développée par Jennifer Doudna et Emmanuelle Charpentier en 2012. Phytopathologiste à l’université d’Etat de Pennsylvanie, Yinong Yang a ôté du génome d’Agaricus bisporus six gènes qui commandent la production d’une enzyme, les polyphénol-oxydases (PPO). Ces enzymes produisent une réaction de défense de la plante en oxydant les tissus végétaux atteints par une agression extérieure. Les PPO sont ainsi responsables de la couleur brune qui se propage à la surface d’un fruit ou d’un légume qui vient d’être coupé. L’idée du chercheur, c’est de stopper cette réaction pour augmenter la durée de vie du champignon de Paris et donc sa date limite de consommation.

C’est la première fois que l’USDA avait à donner son avis sur un végétal génétiquement modifiée par CRISPR. Et l’organisme a déclaré n’avoir aucune base juridique pour imposer à la culture un examen par l’administration américaine de l’alimentation et des drogues (FDA, Food and drugs administration), l'instance de réglementation des produits agricoles. Cette décision équivaut donc à un feu vert pour l’utilisation de la nouvelle variété, la FDA pouvant cependant encore décider de s’autosaisir du sujet.

OGM ou pas?

TRANSGÉNÈSE. L’USDA a pris une telle décision parce que, selon elle, ce champignon n’est pas un organisme génétiquement modifié (OGM). Ses concepteurs n’y ont pas ajouté un virus ou une bactérie étrangère au génome de la plante par transgénèse, comme c’est le cas avec la bactérie Bacillus thuringiensis insérée dans le génome du maïs pour lui conférer la résistance à la pyrale, un insecte ravageur. Ici, seuls six gènes ont été soustraits, réduisant ainsi l’activité enzymatique des PPO de 30%.

Ce faisant, l’USDA reste fidèle à ses conceptions. Une trentaine de plantes modifiées par les nouvelles techniques d’obtention des plantes (NPBT selon l’acronyme anglais) ont en effet été acceptée aux Etats-Unis ces cinq dernières années. Ces nouvelles variétés ont été obtenues par des techniques de modification du génome comme les TALENs (Transcription activator-like effector nucleases) qui visent à introduire dans le génome d’une plante des caractères recherchés comme la résistance à un pathogène ou à la sécheresse qui sont présents dans d’autres variétés de la même espèce. Là encore, le fait qu’il n’y ait pas introduction d’un gène étranger implique qu’il ne s’agit pas d’OGM selon l’USDA. CRISPR s’ajoute ainsi à plus d’une demi-douzaine de nouvelles techniques d’hybridation. Les plantes qui en sont issues constituent-elles des inventions susceptibles d’être protégées? L’université de Pennsylvanie a déposé une demande de brevet et, selon Nature du 14 avril, Yinong Yang envisage de créer une entreprise de commercialisation de son champignon.

Conflit au sein du Haut Conseil des Biotechnologies en France

DÉBAT. L’administration américaine s’interroge cependant sur la nécessité de modifier sa réglementation. L’Académie américaine des Sciences a commencé une série de travaux pour essayer d’anticiper ce que les biotechnologies vont proposer dans les 5 à 10 ans à venir. C’est une question que se posent tous les pays développés. Les positions sont très diverses. L’Argentine estime qu’il faut prendre des décisions au cas par cas. L’Australie a d’ores et déjà décidé que les plantes à qui on avait ôté des gènes n’étaient pas des OGM mais que celles à qui on en avait inséré devraient rentrer dans cette catégorie. L’Union européenne doit produire un avis détaillé qu’opposants et partisans des OGM attendent depuis plusieurs mois. Enfin, en France, le sujet a provoqué un conflit au sein du Haut Conseil des Biotechnologies. Les représentants des associations de protection de l’environnement ont démissionné en bloc le 14 avril de cette instance pour protester contre un projet d’avis qui serait favorable aux nouvelles techniques d’hybridation sans avoir été discuté. Le débat est d’une importance capitale pour une grande partie de l’agro-industrie. Si les nouvelles techniques d’hybridation étaient en effet in fine considérées comme n’étant pas des modifications génétiques, elles échapperaient à la réglementation actuelle d’étiquetage et d’information des consommateurs sur les produits contenant des OGM.


-De nouveaux OGM, sans évaluation ni étiquetage, bientôt dans les assiettes ?
https://www.bastamag.net/De-nouveaux-OGM-sans-evaluation-ni-etiquetage-bientot-dans-les-assiettes



-Coévoluer avec la nature ou la reprogrammer ? Guy KASTLER
http://www.infogm.org/spip.php?article5935

« Bataille », « polémique », « inquiétude », « division », « désaccord »… A peine sortis des cartons, ceux que l’on nomme les « nouveaux OGM » ou « OGM cachés » provoquent déjà un tollé. En cause notamment, le statut juridique de cette nouvelle génération de mutants, toujours en discussion, et cette interrogation lourde de conséquences : doit-on ou non les considérer comme des OGM ? Tentative de mise à plat du concert scientifico-politico-médiatique qui entoure ce dossier dans cette revue de presse de la Mission Agrobiosciences.

Ces OGM qui n’en sont pas ?
Avant, les choses étaient simples. L’OGM, c’était cet organisme obtenu par transgénèse, c’est-à-dire par l’introduction dans le génome d’un organisme vivant, d’un gène issu d’un organisme tiers, afin de lui conférer un caractère particulier. Désormais, nul besoin de recourir à un élément extérieur. Les caractéristiques recherchées sont obtenues par mutagénèse dirigée, via un ensemble de nouvelles techniques dites de « New Plant Breeding Techniques ». Celles-ci permettent d’intervenir directement sur le génome pour supprimer/modifier un gène et/ou son expression.

NPBT, quezaco… ?
Mais que recouvre concrètement cette terminologie de « NPBT » ? La presse est avare de détails dès lors qu’il s’agit de caractériser plus finement ces techniques. Pour y voir un peu plus clair, on peut se reporter à l’un des documents que le Haut Conseil des Biotechnologies - une instance pluraliste qui propose une expertise sur les biotechnologies à l’intention des pouvoirs publics - leur consacre. Ce dernier retient 8 techniques, réparties en trois grands types [1] : « les nouvelles techniques de modifications ciblées du génome, les techniques exploitant les mécanismes épigénétiques , et les éléments annexes à l’utilisation de modification génétique » - par exemple la greffe d’un jeune rameau (scion) non-GM [2] sur un porte-greffe GM.
Difficile pour les néophytes en biologie moléculaire de saisir les différences entre chacune d’entre elles. Remarquons toutefois la grande diversité des techniques employées qui vont de la greffe à la modulation de l’expression des gènes.

Entre deux eaux…
Problème. « Ces techniques faciles à utiliser et peu chères sont en plein boom, mais pour l’instant elles n’ont aucun statut juridique » indique la journaliste Lorène Lavocat sur France Inter. C’est là toute la subtilité du dossier : pour les uns, le génome de la plante étant affecté, tous les mutants obtenus sont de facto des OGM. Pour les autres, « dans la mesure où [ces techniques] ne font qu’accélérer un processus de mutation qui se produirait également dans la nature, il n’y a pas de différence, au final, entre les mutants naturels et artificiels » (Le Monde).
Dans le premier cas, ces mutants relèvent de la législation relative aux OGM, avec ce que cela implique en termes d’évaluation des risques sanitaires et environnementaux, ou d’étiquetage pour les producteurs et les consommateurs. Dans le second cas, ils y échappent. A l’échelle nationale comme communautaire, la bataille est engagée pour faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Bruxelles doit statuer prochainement sur leur sort, en tenant compte de la position des Etats membres. Or, en France, la question n’est pas tranchée.

Clash au HCB
La position française doit prendre appui sur l’avis que doit rendre le HCB sur le sujet. Le hic, c’est que le texte sur lequel travaille le conseil scientifique du HCB a provoqué un clash au sein de l’institution. Première étape de cette saga, la démission dudit conseil d’Yves Bertheau, chercheur (Inra) au Muséum national d’histoire naturelle. Plusieurs raisons à cela. Premier grain de sable, la procédure employée par le HCB : « Le texte a d’abord été présenté le 16 décembre [2015] en réunion du comité scientifique, comme une simple note de synthèse mais il s’est avéré ensuite qu’il aurait le statut d’avis officiel transmis au gouvernement » détaille le chercheur. Un changement de statut d’autant plus fâcheux que le texte présente selon lui de sérieuses lacunes scientifiques voire des omissions. Le Monde explique ainsi que les « effets des modifications non intentionnelles du génome des plantes (dits « effets hors cible ») y sont (…) insuffisamment abordés. ». Le texte précise par ailleurs que, ces nouveaux OGM ne pouvant être distingués des variétés conventionnelles, ils devraient être considérés comme telles « et exemptes d’évaluation des risques ».
Ce sont ces mêmes raisons qui ont conduit huit organisations de la société civile à quitter le Conseil économique, éthique et social (CEES) du HCB, suivies le 11 avril dernier du vice-président de ce même conseil Patrick de Kochko.

La difficile évaluation des risques
On l’aura saisi, l’évaluation des risques associés aux NPBT divise. Car que faut-il évaluer : les effets du gène modifié ou ceux de la plante entière ? Doit-on au contraire considérer ces mutants comme analogues aux variétés conventionnelles avec tout ce que cela implique ?
A ces considérations scientifiques s’ajoutent des éléments d’ordre juridique. Pour la Confédération paysanne, les NPBT constituent une porte ouverte pour la "biopiraterie". A partir du moment où la modification apportée à la plante n’est pas détectable, que le gène dit natif ne peut être distingué du gène modifié, n’importe qui peut « revendiquer la propriété industrielle de toutes les plantes cultivées ». Il suffit, au moment du dépôt de brevet, de décrire le gène modifié avec les mêmes caractéristiques que le gène natif...

Bruxelles, prochaine étape du débat
Quelle position va adopter l’Union européenne sur ce dossier ? Nul ne le sait. Outre les pressions exercées par les promoteurs comme les opposants à ces NPBT, la Commission Junker subit, à en croire Greenpeace et le site Euractiv, les assauts répétés des lobbyistes américains « pour que [la] législation sur les OGM ne s’applique pas aux nouvelles techniques de sélection des plantes ».
Dans ce contexte tendu, sur fond de négociations sur l’accord commercial transatlantique, « la Commission européenne a déjà retardé plusieurs fois l’analyse juridique de la question ». Reste cette certitude : elle ne pourra pas botter en touche indéfiniment.

Revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 26 avril 2016.

SOURCES.
Inquiétudes et controverse autour des « nouveaux OGM » Angela Bolis, Le Monde, 6 avril 2016.
Inquiétudes sur les nouveaux OGM Anne-Laure Barral, C’est ma planète, France Info, 23 avril 2016.
Nouveaux OGM : le rapport qui divise France Inter, 18 avril 2016.
Batailles et polémiques autour des nouveaux OGM Stéphane Foucart et Angela Bolis, Le Monde, 12 avril 2016.
Les nouvelles techniques de sélection des plantes divisent Bruxelles et Washington Sarantis Michalopoulos, Euractiv, 25 avril 2016.

A propos des OGM, on peut lire notamment sur le site de la Mission Agrobiosciences (publications originales accessibles gratuitement :
Le bio, le conventionnel et l’OGM : la coexistence impossible ? dispute entre Guy KASTLER ( Confédération Paysanne) et Christian PEES, Président du Groupe Euralis, modérée par Antoine MESSEAN, (Inra). Avec les réactions du chercheur espagnol Raul COMPES. 21èmes Controverses européennes de Marciac.
A-t-on vraiment besoin des OGM pour nourrir le Monde ? Marion Desquilbet, économiste, Chercheur à l’école d’économie de Toulouse et au Gremaq. 15èmes Controverses de Marciac. Février 2010
Les OGM à l’épreuve des arguments L’ouvrage de Sylvie Berthier et Valérie Péan, Mission Agrobiosciences, Ed. Quae, 2011.

Accéder à toutes les publications de la Mission Agrobiosciences sur les thèmes de : Alimentation et Société ; Cancers et alimentation ; Obésité ; Consommation & développement durable ; Lutte contre la faim ; Crises alimentaires ; "Ça ne mange pas de pain !" ; Méditerranée ; Agriculture et société ; Politique agricole commune ; OGM et Progrès en Débat ; Les relations entre l’homme et l’animal ; Sciences-Société-Décision Publique ; Science et Lycéens ; Histoires de... ; Produits de terroir ; Agriculture et les bioénergies ; Les enjeux de l’eau ; Carnets de Voyages de Jean-Claude Flamant.

ACCEDER A LA TOTALITE DE LA REVUE DE PRESSE DE LA MISSION AGROBIOSCIENCES

[1] En savoir plus sur le HCB et accéder au rapport provisoire (page 12) : http://www.hautconseildesbiotechnol...

[2] pour Génétiquement Modifié

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