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11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 09:19


Note " à propos ",par l'administration du blog,au sujet du soutien à la lutte pour la souveraineté et l'autodétermination du peuple Palestinien veuillez trouver ce Communiqué de presse de la Ligue des Droits de l'Homme section Saint-Pons-de-Thomières /Hauts-Cantons.

La section LDH de Saint-Pons-de-Thomières /Hauts-Cantons sera présente le mercredi 23 mars 2016 au TGI de Montpellier, pour soutenir leurs camarades et porte-paroles du BDS-34 ,Saadia et Husein .

Fait à Saint-Pons-de-Thomières ,le 11 mars 2016."

Autre communication:

"La LDH de Saint-Pons-de-Thomières/Hauts Cantons, Attac Jaur Somail présentent une soirée d'information et de soutien pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah le 19 mars à Saint Pons de Thomières sous la mairie à 20H.
Georges Abdallah est un militant communiste libanais défendant la cause du peuple palestinien, incarcéré en France depuis 1984, libérable depuis 1999, et ce depuis plus de 15 ans.
Les gouvernements successifs français refusent de signer son avis d'expulsion afin qu il retourne au Liban, suite aux pressions des gouvernements américains, et israéliens, parties civiles lors de son procès.
Les membres du comité de soutien à Georges, militant du collectif anti-impérialiste "Coup pour Coup",de Toulouse, viendront nous parler des luttes pour sa libération ainsi que de son histoire politique et de l'exception juridique dont il est victime.

Un rapport révèle que l'essentiel de l'aide humanitaire destinée aux palestiniens ,va dans les caisse d'Israel...

vendredi 11 mars 2016 - 06h:50

Jonathan Cook

Shir Hever, un économiste israélien qui a passé des années à assembler les pièces du puzzle économique de l’occupation, vient de publier un rapport plutôt choquant à lire.

Les diplomates peuvent avoir une réputation de faux-fuyant, d’obscurantisme voire d’hypocrisie, mais peu d’entre eux se sont retrouvés comparés à un tueur en série, surtout un tueur qui dévore la chair humaine.

Cet honneur a été dévolu à Lars Faaborg-Andersen, l’ambassadeur de l’Union européenne en Israël, la semaine dernière, lorsque des colons juifs ont lancé une campagne sur les réseaux sociaux lui donnant le rôle de Hannibal Lecter, le terrifiant personnage du film « Le Silence des Agneaux ». Une image du diplomate danois portant le masque de prisonnier de Lecter était censée suggérer que l’Europe elle aussi doit être muselée.

Les griefs des colons visent l’aide allouée par l’Europe, qui a fourni un refuge provisoire à des familles de Bédouins après que l’armée israélienne eut démoli leurs maisons dans les territoires occupés près de Jérusalem. Le logement d’urgence les a aidés a demeurer sur les terres convoitées par Israël et ses colons.

Les autorités européennes, outrées par la comparaison avec Lecter, ont rappelé à Tel Aviv que s’il daignait respecter le droit international, Israël aurait assumé ses responsabilités pour assister ces familles.

Si l’Europe pourrait se voir comme faisant partie de l’Occident des Lumières, se servant de l’aide pour défendre les droits des Palestiniens, en fait la réalité est moins encourageante.

Shir Hever, un économiste israélien qui travaille depuis des années à assembler les pièces du puzzle économique de l’occupation, vient de publier un rapport plutôt choquant à lire. Comme d’autres, il croit que l’aide internationale a permis à Israël d’éviter d’acquitter la facture de son occupation. Mais il va plus loin. Sa conclusion – qui pourrait surprendre les colons israéliens – c’est que 78 % au moins de l’aide humanitaire destinée au Palestiniens se retrouvent dans les caisses d’Israël.

Les sommes en jeu sont considérables. Les Palestiniens sous occupation sont parmi les plus dépendants de l’aide dans le monde, puisqu’ils reçoivent chaque année plus de 2 milliards de dollars de la communauté internationale. Selon Hever, les donateurs pourraient subventionner directement jusqu’à un tiers du coût de l’occupation.

D’autres formes de l’exploitation par Israël ont été identifiées dans de précédentes études. En 2013 la Banque Mondiale estimait au bas mot que les Palestiniens perdent au moins 3,4 millions de dollars par an en ressources pillées par Israël.

En outre le refus d’Israël de conclure la paix avec les Palestiniens – et par conséquent avec le reste de la région – lui sert de prétexte pour justifier les 3 milliards de dollars d’aide militaire étatsunienne.

C’est aussi sur les Palestiniens qu’Israël teste ses armes et ses systèmes de surveillance – pour exporter ensuite son expertise. Les industries militaro-cybernétiques d’Israël génèrent des milliards de dollars de bénéfices par an. Une étude publiée la semaine dernière estime qu’Israël est le huitième pays le plus puissant dans le monde.

Mais si ces flux de revenus sont une aubaine identifiable mais préoccupante de l’occupation israélienne, l’aide occidentale aux Palestiniens est clairement destinée aux victimes et non aux vainqueurs.

Comment Israël peut-il prélever autant ? Le problème, dit Hever, c’est le rôle de médiateur que s’autoprescrit Israël. Pour atteindre les Palestiniens, les donateurs n’ont d’autre choix que de passer par Israël, ce qui lui fournit de riches opportunités pour ce qu’il nomme « détournement » et « réaffectation » de l’aide.

Premier résultat : les Palestiniens constituent un marché captif. Ils ont accès à peu de marchandises autres qu’israéliennes.

Qui en profite ? Une organisation israélienne, observatoire des bénéfices économiques de l’occupation pour Israël, a estimé que la firme de produits laitiers Tnuva jouit d’un monopole d’une valeur de 60 millions $ par an.

En fait le détournement de l’aide se fait parce qu’Israël contrôle toute la circulation des personnes et des biens. Les restrictions israéliennes lui permettent de faire payer le transport et le stockage ainsi que des redevances « de sécurité ».

D’autres études ont identifié des profits supplémentaires à partir de la « destruction de l’aide ». Chaque fois qu’Israël anéantit des projets financés par l’aide étrangère, les Palestiniens sont perdants – mais souvent Israël y gagne.

Le cimentier Nesher, par exemple, contrôlerait 85 % de toutes les constructions par les Israéliens et les Palestiniens, y compris les fournitures pour la reconstruction à Gaza après les dévastations successives causées par Israël. Outre les employés des industries de la sécurité, d’importants segments de la société israélienne se remplissent les poches grâce à l’occupation.

Paradoxalement, cette étiquette de « peuple le plus dépendant de l’aide dans le monde », qu’on accole généralement aux Palestiniens, on ferait peut-être mieux de l’apposer aux Israéliens.

Que peut-on faire ? L’expert en droit international Richard Falk note qu’Israël exploite un vide dans la supervision de l’aide : les donateurs ne mettent pas de conditions pour s’assurer que leur argent parvient bien aux bénéficiaires visés.

Ce qu’a fait la communauté internationale au long de ces 20 dernières années du processus d’Oslo – consciemment ou non – c’est offrir à Israël des incitations financières pour stabiliser et ancrer sa domination sur les Palestiniens. Israël peut le faire pratiquement sans rien débourser .

Si l’Europe et Washington ont essayé de battre Israël avec un petit bâton diplomatique pour qu’il relâche son emprise sur les territoires occupés, simultanément ils lui présentaient de juteuses carottes financières pour l’encourager à renforcer son emprise.

Il existe une petite lueur d’espoir. La politique d’aide européenne n’a pas à être un auto-sabotage. L’étude Hever indique qu’Israël a fini par devenir aussi tributaire de l’aide que les Palestiniens eux-mêmes.

La semaine passée l’UE notait qu’il appartient à Tel Aviv, et non à Bruxelles de s’occuper des Bédouins qu’il a laissés sans abri. L’Europe pourrait prendre au sérieux sa propre décision et commencer à réattribuer à Israël les coûts réels de son occupation.

Les choses pourraient aller assez vite, quoi que décide l’Occident, si l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas – et c’est ce que même Israël prévoit pour bientôt – devait s’effondrer.

* Jonathan Cook a obtenu le Prix Spécial de journalisme Martha Gellhorn. Il est le seul correspondant étranger en poste permanent en Israël (Nazareth depuis 2001). Ses derniers livres sont : « Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the to Remake the Middle East » (Pluto Press) et « Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair » (Zed Books). Voici l’adresse de son site : http://www.jonathan-cook.net

Du même auteur :

Israël : une folie répressive et criminelle - 19 février 2016
La version israélienne de l’apartheid : des passagers expulsent des Palestiniens d’un avion - 13 janvier 2016
Lettre de Nazareth : les Palestiniens oubliés - 9 janvier 2016
Israël veut totalement et définitivement museler sa composante palestinienne - 24 novembre 2015
L’armée israélienne et les écoles travaillent main dans la main - 23 novembre 2015
Appel palestinien à une « guerre sans armes » - 19 novembre 2015
La misère sans fin qu’inflige Israël à Gaza n’est pas une politique -31 juillet 2015
Le comportement d’Israël lui vaudra tôt ou tard la faillite - 23 juin 2015
Dispute entre Obama et Netanyahu : une diversion qui occulte les vrais problèmes - 9 avril 2015
Colonisation de Jérusalem : la triste plaisanterie des « menaces » européennes - 21 mars 2015
La campagne électorale de Netanyahu : entre racisme, paranoïa et désespoir - 17 mars 2015
Les États-Unis perdent leur emprise sur Israël et sur les Palestiniens - 10 février 2015
Netanyahu va-t-il finir à La Haye ? - 12 janvier 2015

8 mars 2016 - The National – Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.jonathan-cook.net/2016-0...
Traduction : Info-Palestine.eu - Marie Meert

Monde / WorldIsraël /

- mercredi 9 mars 2016

« Why Israël ? »

mercredi 9 mars 2016 - 16H44

Israël affronte diverses mobilisations hostiles, condamnations d’ONG humanitaires et sanctions de la communauté internationale, cependant que des lignes semblent vouloir bouger sur le terrain diplomatique… du côté des pays arabes.

À 92 ans, Shimon Peres n’a peur de rien

L’ancien président d’Israël, Shimon Peres, s’est rendu en Afrique du Sud la semaine dernière, sur invitation de la communauté juive du pays et malgré les menaces proférées contre lui.

Dernier père de l’État hébreu encore vivant, il est surtout connu pour avoir servi la cause du dialogue entre les peuples. Partisan affirmé de la solution à deux États, Palestine et Israël, cosignataire des accords d’Oslo en tant que ministre des Affaires étrangères, son œuvre de paix a même été saluée par un prix Nobel.

Pourtant, une organisation d’avocats, la Muslim Lawyers Association, a déposé à son encontre auprès du ministère public sud-africain une demande d’arrestation dont le texte comportait plus de 600 pages. Selon ce réquisitoire, Shimon Peres se serait rendu coupable de « crimes de guerre atroces ». Le Media Review Network, un site sud-africain d’information dont le propos est de « casser les mythes sur l’islam et les musulmans, de bâtir des ponts de compréhension entre les différentes communautés du pays », et dont une rubrique s’intitule « Why Israel ? », a reproché par ailleurs à l’homme d’État israélien sa longue carrière politique alors qu’il « n’a jamais gagné une élection ». Le Conseil sud-africain des théologiens musulmans s’est joint aussi à la requête et a publié une bannière dont le slogan « Stop au terrorisme israélien » est imprimé sur des mains ensanglantées.

Shimon Peres, qui s’est engagé depuis des années pour la coopération économique entre Israël et le continent africain, n’a pas pour autant renoncé à son déplacement à Johannesburg ni à son allocution devant des milliers de membres de la communauté juive d’Afrique du Sud.

Sur le parvis de l’hôtel Intercontinental, où l’événement se déroulait, une manifestation d’activistes de l’organisation BDS (Boycott Divestment and Sanctions), qui prône le boycott de tous les produits israéliens, a donné lieu à des affrontements avec les forces de police.

SodaStream

Un rapport de Human Rights Watch, publié le mois dernier, affirmait que les entreprises israéliennes implantées en Cisjordanie – elles sont au nombre de mille – « opèrent en violation du droit international car elles ont été construites sur des terres occupées ».

Par ailleurs, en novembre dernier, l’Union européenne recommandait à ses pays membres de marquer, par étiquetage, les produits fabriqués en « territoires disputés ».

C’est dans ce contexte, et au terme d’un long combat, qu’en septembre 2015 SodaStream, entreprise productrice de boissons gazeuses, a déménagé ses locaux de son site de Ma’ale Adumim, en Cisjordanie, dans le Sud d’Israël. Ce fait n’est pas anodin. Il pourrait bien donner le signal de départ à toutes les autres entreprises et usines israéliennes installées dans ces territoires qui emploient à ce jour encore des milliers de Palestiniens.

Cette décision de quitter la région, le PDG de SodaStream, Daniel Birnbaum, l’a prise le cœur lourd. Mais impossible de rester étant donné la campagne intense de boycott dont l’entreprise était la cible depuis 2014. Sur ses 1 300 employés, 500 étaient Palestiniens, pour la plupart soutiens de familles. Finalement, 74 d’entre eux ont pu le suivre, et malgré les difficultés pratiques que représentait ce trajet quotidien, ils tenaient à leur emploi. Tous l’ont perdu la semaine dernière.

Cette fois ni le BDS ni les recommandations de l’Union européenne ne sont responsables de cette injustice. Daniel Birnbaum accuse pour sa part l’« idiotie de la bureaucratie israélienne ». En effet, les permis de travail de ces Palestiniens n’ont pas été renouvelés sous prétexte, selon des sources officielles, d’une directive du ministère des Finances, « visant à réduire le nombre de travailleurs étrangers en Israël ».

Daniel Birnbaum n’est pas prêt à abandonner le combat. Il a fait le calcul, dit-il : de ces 74 emplois dépendent 740 personnes. Il réclame que la décision gouvernementale soit revue et les permis renouvelés car c’est « à la fois la bonne chose à faire en tant qu’êtres humains, en tant que Juifs et pour la sécurité de l’État ».

Par ailleurs, il se déclare déterminé à aider les Palestiniens à développer sur place leur propre industrie.

Israël-Arabie saoudite, une liaison secrète

Le mois dernier, le ministre de l’Énergie, Yuval Steinitz, se rendait de manière tout officieuse dans la capitale des Émirats arabes unis. Il y a une semaine, ce sont les ministres des Affaires étrangères israélien et saoudien ainsi que les patrons de leurs services secrets qui se seraient entretenus, en catimini, à Jérusalem. Le chef de la diplomatie saoudienne aurait même rencontré le Premier ministre, Benjamin Netanyahu. C’est le site russe Sputnik qui a divulgué la nouvelle.

Ce n’est pas tout. La dixième chaîne de télévision israélienne en est allée, elle aussi, de sa révélation. Il s’agit cette fois de la visite à Riyad d’une délégation de hauts responsables israéliens. Le plus étonnant dans cette information ne réside pas dans les faits eux-mêmes – en effet, les deux pays, partageant quelques sujets d’inquiétude, dont le nucléaire iranien et le conflit syrien, échangent secrètement depuis déjà un certain temps – mais dans l’origine de la « fuite » : les Saoudiens. Serait-ce là un signe de leur volonté d’officialiser leur relation avec les Israéliens ? Ce rapprochement annonce-t-il une reconnaissance prochaine de l’État d’Israël par les puissances pétrolières du Golfe ? Peut-on en espérer qu’il impulse un nouvel élan vers la paix ? Ou s’agit-il seulement d’une alliance ponctuelle face à des périls immédiats ?

La technologie israélienne, au service malgré elle de Bachar al-Assad

Selon Channel 2, chaîne de télévision israélienne, des photos aériennes révèleraient que des drones, destinés à la collecte de renseignements, vendus à la Russie par Israël Aerospace Industries ont été utilisé en Syrie par les forces de l’axe prorégime, soutenu par l’Iran et le Hezbollah. L’entreprise israélienne avait vendu en septembre 2015 douze drones Seacher II à la Russie pour un montant d’une centaine de millions de dollars, et ce malgré l’avis défavorable des États-Unis.

Cet incident marque un tournant dans les relations entre l’État hébreu et la Russie. Désormais, l’exportation de matériel militaire vers la Russie sera soumise à une nouvelle réglementation, et chaque contrat étudié par une commission spéciale. Le ministère de la Défense israélien a émis dans ce sens une note à l’intention de toutes les entreprises d’armement du pays les informant que le statut de la Russie avait changé, passant de « pays normal » à « pays spécial ».

Crime raciste à Netanya

Netanya, petite ville relativement paisible située en bord de mer au nord de Tel Aviv, est surtout connue pour son activité touristique et son importante communauté française. Elle a été le théâtre le 17 février d’une agression raciste commise par quatre adolescents juifs à l’encontre de deux Arabes palestiniens. Après avoir repéré leurs victimes sur la plage, les agresseurs les ont suivies, insultées et brutalisées, jetant sur eux des pierres et des bouteilles vides. Malgré leur tentative de fuite, les deux Arabes ont été rattrapés et battus. L’un d’eux a même dû être hospitalisé pour soigner ses blessures. Le ministère de la Justice a inculpé mardi dernier les jeunes israéliens d’« agression à caractère raciste ».

Une demande d’asile pas comme les autres

Il arrive, au terme de longues procédures, qu’Israël accorde l’asile à des personnes persécutées pour homosexualité dans leur pays d’origine, notamment la Cisjordanie. Cette fois, il s’agit d’un poète, Payam Feili, ayant fui l’Iran alors que lui et sa famille faisaient l’objet de menaces, du fait de son homosexualité. Après un séjour de deux ans en Turquie, il est arrivé à Tel Aviv au mois de décembre dernier pour travailler sur l’adaptation à la scène de son roman I Will Grow, I will Bear Fruit… Figs (Je grandirai, je porterai un fruit… des figues). Depuis, il a eu le temps de « tomber amoureux d’Israël », déclare-t-il, et de déposer une demande d’asile. Son avocat se déclare optimiste quant à l’issue de cette requête, délicate étant donné les tensions qui marquent la relation israélo-iranienne, car elle est « très spéciale ». Payam Feili, ouvertement gay, ne peut retourner dans son pays sans risquer sa vie car en République islamique d’Iran, l’homosexualité est illégale et passible de sanctions dont la peine de mort.

On veut neutraliser toute critique d'Israël - La Croix

Recueilli par Bernard Gorce, le 08/03/2016 Jean-Christophe Attias

Historien et philosophe du judaïsme (1)

Dire que l’antisionisme et l’antisémitisme sont synonymes est beaucoup trop simpliste. Les mots ont une histoire, souvent complexe.

L’antisémitisme est une forme particulière de l’antijudaïsme qui s’est démarquée de la dimension religieuse, pour exprimer un rejet des juifs en tant que peuple, en tant qu’ethnie, voire en tant que « race ».

Dès lors, il ne suffisait plus au juif de se convertir pour se « racheter » aux yeux de ses détracteurs. Cette haine du juif a trouvé sa manifestation la plus tragique dans l’idéologie nazie. L’antisionisme est d’une autre nature.

Un sens lié à l’histoire

Le mouvement sioniste, fondé par Theodor Herzl à la fin du XIXe siècle, portait un projet national, un espoir d’émancipation, et de « normalisation » de l’existence juive : regroupement des juifs dispersés sur un même territoire, création d’un État, résurrection d’une langue et d’une culture nationales, etc.

Une telle dynamique s’inscrit dans le contexte européen de montée des nationalismes, avec cette particularité que les juifs dont on parle à ce moment-là ne vivent pas majoritairement déjà sur un même territoire.

Cette idée a d’abord été très minoritaire dans le monde juif. Et on peut dire qu’alors beaucoup de juifs étaient eux-mêmes « antisionistes ». Après 1945, les choses vont bien entendu changer. Après la Shoah, la création d’un État juif en Palestine devient pour la plupart une nécessité et une évidence. Parler d’antisionisme n’a donc pas du tout le même sens selon les périodes de l’histoire qu’on envisage.

> Lire aussi : « Les Français juifs ne doivent pas douter de la France », affirme Manuel Valls

Être attentif au sens des mots

Qu’en est-il aujourd’hui? Si l’antisionisme est la revendication d’une destruction pure et simple de l’État d’Israël, alors il s’agit bien d’une idéologie meurtrière. Parce qu’on ne débat plus désormais de l’illégitimité éventuelle d’un projet politique. Israël n’est pas une idée. Israël existe.

Il est vrai que chez certains, le discours antisioniste sert à masquer (de plus en plus mal) une forme d’antisémitisme. Mais il est aujourd’hui tout aussi vrai que certains cherchent à criminaliser toute critique d’Israël en la taxant d’antisionisme, et au-delà d’antisémitisme.

On n’a pas le droit de jouer avec cela car cela bloque le débat ici et toute perspective d’évolution là-bas. Pour ma part, je suis très critique de la politique israélienne, me permettant d’avancer que ce qui se passe dans les « territoires » n’est pas sans évoquer, à certains égards, une forme d’apartheid. Disant cela, je ne suis pas pour autant antisémite, ni antisioniste.

Le premier ministre aurait pu nous épargner ce jeu un peu pervers des synonymies faciles. Il faut à la fois cesser de diaboliser Israël et cesser d’accuser d’antisémitisme tous ceux qui combattent sa politique. La seule cause qui mérite d’être servie est celle de la justice et de la coexistence.

(1) Moïse fragile (Alma éditeur, 2015).

Recueilli par Bernard Gorce

Au dîner du CRIF, Manuel Valls confond antisionisme et antisémitisme

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