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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 03:35

Patrick Artus : «Tous les marchés financiers sont gavés de liquidités...

Par Vittorio De Filippis — 11 février 2016

L’économiste promet une crise plus sévère encore que celle des subprimes de 2008. L’irresponsabilité des banques centrales est en cause. En maintenant des taux excessivement bas, via la planche à billets, ces dernières ont dopé les marchés obligataires qui grossissent sans aucun contrôle.

  • Patrick Artus : «Tous les marchés financiers sont gavés de liquidités»

Au début leur intention était louable : éviter au monde un désastre encore plus grave que celui de 1929. Inconnus hier, les Mario Draghi (zone euro), Mark Carney (Angleterre), Janet Yellen (Etats-Unis) et quelques autres, tous banquiers centraux, ont été érigés en maîtres du monde et jouissent, depuis la crise des subprimes, d’un pouvoir fou. En continuant à déverser des flots de liquidités dans le système financier plus de sept ans après l’éclatement de la crise, ils alimentent des bulles au potentiel dévastateur. Une politique monétaire au nom barbare de «quantitative easing», qui n’est autre qu’une version moderne de la planche à billets. Mais ils ont échoué à faire redémarrer la machine. Pire : en inondant de liquidités les marchés financiers, ils jouent un jeu dangereux. «La crise de 2008 pourrait être une aimable répétition.» C’est le cri d’alarme que lancent le patron de la recherche économique de la banque Natixis Patrick Artus, et la journaliste Marie-Paule Virard dans leur dernier ouvrage La folie des banques centrales : pourquoi la prochaine crise sera pire (Fayard, 15 euros).

Je suis simplement réaliste. J’observe un tableau clinique inquiétant et j’en déduis que les folies des banquiers centraux sont en train de mettre l’économie mondiale à feu et à sang. J’en conclus que l’issue des politiques monétaires adoptées par ces banquiers pourrait bien faire de la crise de 2008 une aimable répétition avant un prochain accident qui, lui, sera bien plus dévastateur. Nous avons d’ailleurs quelques signes avant-coureurs de cette crise générale qui couve.

On ne cesse de voir des capitaux quitter brutalement des pays asiatiques ou sud-américains au point de provoquer de violentes dépréciations de leurs monnaies. Des dépréciations qui ne font qu’affaiblir plus encore les économies de ces pays. Bien sûr, cette instabilité financière mondiale trouve quelques racines dans l’économie réelle. Une baisse du régime de croissance de la Chine, ou encore les récessions russe ou brésilienne. Mais ce qui est frappant, c’est qu’à la moindre alerte, des centaines de milliards de dollars, ou d’euros, se déplacent d’un pays à l’autre, d’un actif financier à l’autre, et sans crier gare. Lorsqu’on cherche à comprendre ce tableau clinique, on constate que tous les marchés financiers du monde sont gavés de liquidité… et que c’est une première dans l’histoire économique récente. Rien à voir avec l’optimisme ou le pessimisme.

Oui, mais pour comprendre le présent, il nous faut remonter le temps. Nous sommes en 2008, la crise des subprimes a éclaté aux Etats-Unis et se propage un peu partout. Le monde est confronté à une crise de liquidité bancaire, le risque de blocage est réel. Si rien n’est fait, ça pourrait être pire que 1929. Taux d’intérêt proches de zéro, création monétaire, prime de risque au plus bas : les politiques monétaires de la plupart des pays de l’OCDE deviennent alors fortement expansionnistes. Il est indéniable qu’en créant et en injectant alors des milliers de milliards de dollars, ou d’euros, dans les tuyaux de la finance, ces banquiers centraux, qui apparaissent soudainement comme les nouveaux maîtres du monde, ont sauvé la planète finance et l’économie mondiale du pire.

Que ce soit Janet Yellen, à la tête de la banque centrale des Etats-Unis, Mario Draghi pour la BCE, Mark Carney à la Bank of England ou encore le gouverneur de la banque du Japon, Haruhiko Kuroda… tous ont laissé grandes ouvertes les vannes de la liquidité, toujours déçus de ne pas faire repartir le crédit et la croissance. Mais, la potion qu’on imaginait magique ne marche pas.

Il faut bien comprendre que la liquidité mondiale, la monnaie créée par les banques centrales, représente près de 30 % du PIB mondial, soit environ 20 000 milliards de dollars, contre 6 % à la fin des années 90. Or, lorsque l’argent ne coûte rien, comme c’est le cas aujourd’hui, on ne peut que faire des bêtises et former des bulles qui finiront inévitablement par exploser. Pour saisir cette menace, il faut rappeler comment fonctionne cette politique monétaire ultra-expansionniste qui se confond, depuis peu, avec l’expression de «quantitative easing». Elle revient à acheter de la dette obligataire émise par des Etats ou des entreprises.

Eh bien, ces rachats de dette ou d’obligations, ce qui est la même chose, par les banques centrales se réalisent auprès des banques commerciales, mais surtout auprès des compagnies d’assurances ou des fonds d’investissement. En rachetant ces obligations, les banques centrales les paient en créant de la monnaie. C’est ainsi qu’elles mettent de l’argent en circulation. Cet argent frais sert à acheter de nouvelles obligations avec un résultat mécanique : une augmentation du prix des obligations sous l’effet d’une hausse de la demande et une baisse des taux d’intérêt. En effet, plus une obligation est demandée à l’achat, plus son prix augmente, et plus son taux d’intérêt baisse.

La création monétaire est telle qu’il s’est formé une bulle obligataire. Avec une autre aberration, qui elle aussi doit susciter l’inquiétude : la disparition des primes de risque. Celles sur les dettes des Etats et des banques, comme en Europe (Espagne, Italie ou Portugal), ont tout simplement disparu. C’est une aberration, car une prime de risque représente, théoriquement, le rendement supplémentaire censé rémunérer l’investisseur pour sa prise de risque par rapport à celui qu’il aurait encaissé s’il avait investi dans l’actif sans risque par excellence, par exemple, une obligation souveraine allemande. Or, ces primes de risques se sont évaporées. Dit autrement, les investisseurs ont cessé d’être rémunérés en proportion du risque qu’ils prennent.

Pour l’instant, toute lucidité semble anesthésiée grâce à l’argent qui coule à flots. Mais le réveil pourrait être violent. Le risque, c’est une explosion des bulles qui se sont formées sur la plupart des marchés obligataires. Il est évidemment difficile de dire quel sera le moment de la prochaine crise financière. Mais les points de fragilité de l’économie mondiale sont nombreux. Il y a les pays émergents, dont il faut craindre le pire sur le plan économique, les marchés actions ou encore les marchés immobiliers… Au Royaume-Uni, au Japon, au Canada, en Chine, en Australie… ces marchés ont repris leur ascension vers le ciel.

Pour qu’elle éclate, il faut une conjonction d’une situation fondamentalement déséquilibrée et d’une prise de conscience des marchés de l’existence d’un déséquilibre désormais intenable. Certes, pour l’instant, les Etats s’endettent à peu de frais. Certes, jusqu’ici, la sphère financière semblait ignorer magistralement la sphère de l’économie réelle. Comme si l’une était déconnectée de l’autre. Mais lorsque le réel de l’économie reprend la main sur la finance et refait irruption dans la sphère financière, alors, c’est la crise qui se déclare. Et nous y allons...

Et, c’est ce qui se passera, inévitablement, dans un avenir plus ou moins proche. Mais la prochaine crise sera plus violente, car plus la liquidité mondiale est abondante plus les mouvements de capitaux seront violents. Lorsque les investisseurs prendront peur, ce sera le début de la panique. Et lorsque la bulle obligataire explosera, elle décimera les assureurs et les emprunteurs. D’un seul coup, les premiers auront dans leurs portefeuilles des obligations achetées hier, mais qui ne rapporteront plus rien comparées à celles dont les taux d’intérêt augmenteront en flèche du fait de l’éclatement de la bulle obligataire. Les seconds, endettés à taux variables, verront s’envoler le montant de leur remboursement immobilier. Ce n’est pas le cas du marché immobilier français. Mais, c’est le cas de la plupart des autres marchés étrangers…

Rien, puisque les taux sont déjà à zéro. Face à une telle situation, les banques centrales se retrouveront à court de munitions. Elles le savent, et c’est pour cette raison qu’elles sont contraintes de mettre toujours plus de liquidités dans les rouages de l’économie mondiale. Elles savent qu’arrêter la politique de gavage monétaire, c’est prendre le risque de mettre fin à l’anesthésie générale. Personne, pas même le FMI, dont ce devrait être une des missions, ne se préoccupe de regarder l’effet produit par ces politiques menées en ordre dispersé sur la liquidité mondiale.

En vain. Les politiques monétaires laxistes ne font pas remonter l’inflation. Si l’inflation est faible, c’est pour des raisons structurelles, cela n’a rien à voir avec des histoires monétaires de banques centrales, ou de crédit ! Le monde est déjà très endetté, que ce soit du côté des ménages, ou des Etats. Il y a une erreur de diagnostic. Les problèmes que nous rencontrons sont issus de l’économie réelle : goulets d’étranglement nombreux dans les pays émergents, excès d’investissements en Chine, partage des revenus inefficaces au Japon, sous-investissement en zone euro, salaires bloqués dans la plupart des pays avancés, crise du secteur pétrolier aux Etats-Unis, et pays exportateurs de matières premières à l’arrêt, à cause de la chute des cours.

Les banques centrales n’osent pas sortir de ces politiques expansionnistes qui deviennent de plus en plus irréversibles. Toutes redoutent les effets d’une remontée des taux. Pensez à tous ces ménages endettés à taux variables pour l’achat d’un bien immobilier. Elles craignent aussi les effets délétères d’un retournement à la baisse des prix d’actifs financiers en cas de remontée de taux. Elles répugnent donc à prendre le moindre risque. Pour éviter le pire, il nous faudrait faire des réformes institutionnelles. Les banques centrales doivent abandonner leurs obsessions d’inflation pour veiller davantage de stabilité financière. Faire en sorte que le FMI soit un coordinateur des politiques monétaires et surveiller l’évolution de la liquidité mondiale. Mais il faut craindre qu’on ne change pas une politique monétaire qui perd.

PATRICK ARTUS ET MARIE-PAULE VIRARD LA FOLIE DES BANQUES CENTRALES : POURQUOI LA PROCHAINE CRISE SERA PIRE Fayard, 15 euros

Wall Street, fidèle à elle-même - Libération

Par Nathalie Raulin — 4 février 2016 à 17:11

Dans son nouveau livre, «Flash Boys», Michael Lewis nous immerge dans la finance américaine et sa nouvelle trouvaille : le trading haute fréquence.

En refermant Flash Boys, le dernier ouvrage de Michael Lewis, on balance entre abattement et enthousiasme. De sa précédente enquête sur les coulisses de Wall Street à l’orée du krach de 2007, le journaliste américain avait tiré un best-seller international, The Big Short (le Casse du siècle), adapté au cinéma par le réalisateur Adam McKay, et qui rencontre en salles un succès mérité. Fascinant, ce récit-là n’était pourtant qu’une reconstitution, a posteriori, des mécanismes financiers et des errements moraux à l’origine de cette crise des subprimes dont bon nombre d’économies occidentales ne se sont toujours pas pleinement remises. Avec Flash Boys, l’histoire est en cours. Le pire n’est donc pas certain. Mieux encore, les personnages centraux de Michael Lewis se démènent pour lui trouver une issue heureuse. Il n’empêche, cette immersion dans la finance américaine post-krach fait froid dans le dos.

D’abord, parce que rien ne semble avoir vraiment changé dans l’univers de Wall Street. Cupidité, manipulation des cours, opacité des échanges, conflits d’intérêt, toutes choses qui avaient noué la crise des subprimes, explique le fulgurant développement de la dernière trouvaille des marchés : le trading haute fréquence (THF). D’un livre à l’autre, la différence n’est que de forme : hier, Wall Street jouait sur la complexité des produits financiers (subprimes, CDS, CBO…) ; désormais, les initiés du marché surfent sur la vitesse de négociation, avec pour unité de compte la milliseconde. L’objectif, lui, reste le même : faire les poches des investisseurs, et partant, de l’épargnant, du retraité, du citoyen lambda. Le tout, à l’échelle planétaire, sans prendre aucun risque, et sans que l’utilité économique des firmes de trading haute fréquence ne soit vraiment démontrée.

Le talent de Michael Lewis est d’humaniser l’affaire. Car Flash Boys est d’abord l’histoire vraie et, parfois, drolatique d’une poignée d’hommes révoltés par l’«immense injustice» qu’ils découvrent. A leur tête : Brad Katsuyama. En 2007, cet opérateur de la Royal Bank of Canada ignore tout du trading haute fréquence. Parce qu’«aucune image mentale du nouveau système financier n’était imaginable» mais aussi «parce que le peu de personnes qui sont à même de vous la représenter n’ont aucun intérêt à le faire». Les grandes banques de Wall Street, moins que quiconque, qui «avaient réussi à vendre aux gros investisseurs l’idée délirante que la transparence était leur ennemie». Pourtant, Brad Katsuyama comprend que quelque chose cloche quelque part : ses écrans de trading ne lui donnent plus une image correcte des cours de la Bourse, si bien qu’il ne peut plus acheter ou vendre des actions sans perdre de l’argent. C’est le début d’une longue enquête au cours de laquelle il débusque une «nouvelle catégorie de prédateurs» dont l’émergence - ironie de l’histoire - a été permise par une réglementation appliquée à partir de 2007 afin d’assurer «une égalité des chances» sur le marché. Entourés de ses improbables collaborateurs, Brad Katsuyama va mettre au point une première contre-offensive puis, devant son insuffisance, déclarer une guerre totale aux firmes de trading haute fréquence pour restaurer l’équité du marché. Entre les deux adversaires, le combat est inégal. Du moins tant que le secret protège les mœurs des grandes banques de Wall Street. Le lever, c’est rendre le scandale mondial, et donner l’avantage à l’éthique. Avec Flash Boys, Michael Lewis y aura contribué.

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