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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 07:14

Séminaire de recherche et d'enseignement (février-mai 2016)

Race et colonialisme III. Sur les épistémologies politiques de la décolonisation

sous la direction d'Orazio IRRERA & Francesca BERTINO

Traduire le postcolonial

Lundi 8 février 2016, 18h30-20h30, Centre parisien d'études critiques (37 bis rue du Sentier, 75002 Paris)

Lucia Quaquarelli (Université Paris Ouest Nanterre La Défense)

Jon Solomon (Université « Jean Moulin » Lyon 3)

Myriam Suchet (Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle)

blog : https://decolonisationsavoirs.wordpress.com/

plan d'accès : https://decolonisationsavoirs.wordpress.com/about/ (métro ligne 8 : Bonne Nouvelle)

contact : decolonisation.savoirs@gmail.com

-« La France sans les musulmans ne serait pas la France »

Le Monde.fr | 01.02.2016 à 10h55 • Mis à jour le 01.02.2016 à 11h58

Par Abdelkader Abderrahmane

Depuis de longues années maintenant, la présence des musulmans en France, et leur rôle positif, est régulièrement questionnée, voire remise en cause. Après l’effroyable tuerie de Charlie-Hebdo et de l’épicerie de l’Hyper Cacher, il y a tout juste un an, et plus encore sans doute depuis le 13 novembre 2015, qui a vu de jeunes Français et de jeunes Européens se réclamant lâchement de l’Islam assassiner froidement et aveuglément des innocents en plein cœur de Paris, ces interrogations se multiplient de manière dangereuse et inquiétante.

En effet, pas un jour ne se passe sans qu’un article de presse ou une analyse traitant des musulmans de France ne paraisse dans la presse. Pas une semaine ne se passe non plus sans qu’un commentaire ou une opinion sur ces mêmes musulmans n’émane d’une femme ou d’un homme politique.

Aussi, en ces temps de « musulmanophobie » galopante qui s’ancre tous les jours un peu plus en France, il est sans doute opportun de rappeler à ces femmes et hommes politiques, essayistes, polémistes et autres experts du tube cathodique, ce que la France – et l’Europe dans sa globalité – doit aux musulmans.

La maison de la sagesse et du savoir

Alors que l’Europe médiévale était entourée de superstition, de fanatisme, de fatalisme, et d’autres irrationalités, le monde arabo-musulman, sous l’impulsion des dynasties Omeyyade et Abbasside, représentait au contraire la bayt al hikma, ou la « maison de la sagesse et du savoir ». Et c’est ce savoir qui a permis aux Européens de sortir des ténèbres de l’ignorance dans laquelle ils étaient plongés, débouchant ainsi sur la Renaissance et les Lumières.

Si l’on parle beaucoup aujourd’hui de la nécessité pour l’islam de se réformer (ijtihad), n’oublions pas que les divergences entre les philosophes musulmans tels qu’Al-Ghazali (1058-1111), Ibn Rushd (Averroès, 1126-1198), Al-Farabi (827-950) ou Ibn Sina (Avicenne, 980-1037) existaient déjà à cette époque, produisant ainsi un terreau fertile et dynamique aux débats (ikhtilaf). Critiquant les travaux d’Aristote (384 av. J.-C.-322 av. J.-C.) dès le XIIe siècle, Averroès et Ibn Tumart (1080-1130) furent aussi les précurseurs de la distinction entre la philosophie et le religieux, semant les graines des Lumières et de la rébellion contre l’Eglise.

Le développement de la science était aussi une priorité pour les Arabo-musulmans de l’époque. A titre d’exemple, les travaux des médecins grecs Claude Galien (129-216) et Paul d’Egine (620-690) qui trouvèrent écho en Europe ne furent que le fruit du travail de traduction et de perfectionnement des Arabes, en particulier ceux de l’alchimiste et philosophe Al-Razi (Rhazès, 865-935), auteur d’Al Hawi, une œuvre médicale majeure. Les juifs qui vivaient en harmonie dans l’Andalousie musulmane, et qui durent ensuite fuir la répression de la Reconquista espagnole, emportèrent avec eux ce savoir médical qui a ensuite permis d’élaborer l’étude de la médecine dans des villes comme Montpellier.

Que seraient aujourd’hui les études sociologiques sans l’apport inestimable d’Ibn Khaldoun (1332-1406), le père de la sociologie moderne, dont le concept d’asabiya, ou esprit de corps, influença énormément la notion de virtu de Machiavel (1469-1527) ? Et que dire du mathématicien perse Al-Khawarizmi (780-850), le père de l’algèbre et de l’algorithme, dont les travaux permirent notamment de reconstruire la cathédrale de Chartres qu’un incendie avait presque détruite au XIIe siècle ? La liste est longue. Mais comme l’écrit si justement l’anthropologue Robert Briffault (1876-1948) dans son livre The Making of Humanity, « la science [occidentale et par extension française] doit bien plus à la culture arabe que des découvertes ; elle lui doit sa propre existence ».

Des liens historiques profonds

Qu’en est-il des musulmans et de leurs liens avec la France depuis un siècle ? Et de ces tirailleurs sénégalais qui combattaient au sein de l’armée française lors de la première guerre mondiale ? Ou bien du rôle des goumiers marocains face à l’Allemagne hitlérienne ?

Et que dire aussi de cette immigration du XXe siècle qui contribua activement aux Trente Glorieuses ? Très nombreux sont ces hommes et ces femmes qui ont perdu de leur santé en suant nuit et jour sur les chantiers français, les usines Renault, Peugeot, les mines de charbon, les constructions des routes et cités HLM dans lesquelles ils vivent aujourd’hui dans les conditions que nous savons. Ces hommes et ces femmes qui ont toujours été très discrets, ont constamment remercié la France de leur avoir donné l’opportunité de (re)construire une nouvelle vie. Ils ont aussi fondé des familles dont les enfants font la France d’aujourd’hui.

Pour nombre d’entre eux, ces enfants de confession musulmane sont aujourd’hui des femmes et des hommes dont on ne parle pas mais qui, pourtant, œuvrent tous les jours à la science et aux technologies « made in France« dans les nombreux laboratoires et centres de recherche à travers l’Hexagone. Ce sont des médecins, des dentistes, des cardiologues, des ophtalmologues, des ingénieurs… Ce sont aussi des coiffeurs pour les plus démunis, des techniciens et des agents de surface, des « Arabes du coin » tenant une épicerie ouverte jusqu’à tard dans la nuit. C’est aussi le travailleur malien Lassana Bathily qui, au péril de sa vie, a sauvé il y a un an des vies humaines en les cachant dans la chambre froide de l’Hyper Cacher. Ce sont aussi ces femmes et ces hommes qui nous sourient tous les jours lorsqu’on les croise dans la rue. Ce sont in fine tous ces (in)visibles qui payent leurs impôts et contribuent activement à l’économie de la France.

Des intellectuels, des sportifs, des symboles qui font la France

De son vivant, l’islamologue musulman Mohammed Arkoun (1928-2010) faisait aussi la France avec ses nombreux travaux académiques qui ont énormément contribué à la compréhension de l’islam. Citons aussi au hasard le philosophe et anthropologue des religions Malek Chebel, l’écrivain Tahar Ben Jelloun, la réalisatrice Yamina Benguigui ou les journalistes Sonia Mabrouk et Rachid Arhab, ce dernier ayant été aussi membre du CSA.

La France ne peut pas non plus être dissociée de ces nombreux sportifs français de confession musulmane qui contribuent à son rayonnement en faisant retentir La Marseillaise aux quatre coins du monde. Prenons par exemple le judoka Djamel Bourras, champion olympique à Atlanta en 1996, Mahiedine Mekhissi, double vice-champion olympique du 3 000 m steeple, ou encore le marathonien Alain Mimoun, champion olympique à Melbourne en 1956.

Il est important de rappeler qu’aujourd’hui le symbole par excellence de la France à New York, Tokyo, Londres, Cape Town ou Berlin n’est plus le camembert ou la baguette mais Zinédine Zidane, un homme de confession musulmane. En ces temps de musulmanophobie et d’arabophobie nauséabondes, il serait bon de se souvenir aussi que c’est sa tête qui a permis à la France de remporter ce qui demeure à ce jour sa seule et unique Coupe du monde de football, un soir de juillet 1998.

Oui, sans hésitation aucune, la France sans les musulmans ne serait pas la France. A cet égard, il ne faut pas oublier qu’il coule très probablement dans les veines de beaucoup de Français, hommes politiques y compris, quelques gouttes de sang de Boabdil le musulman, qui capitula sous les coups de boutoir de la Reconquista.

Abdelkader Abderrahmane est analyste et consultant géopolitique

-H&M : des enfants syriens travaillent chez nos fournisseurs turcs

, 2016 Kedistan

En Turquie l’exploitation des réfugiés syriens, notamment des enfants n’est qu’un secret de polichinelle. De nombreuses marques de prêt à porter travaillent avec des fournisseurs turcs qui ne respectent pas les lois internationales.

Les sonnettes d’alarmes ont déjà été tirées à maintes reprises sur l’exploitation des enfants syriens. Si on y ajoute les histoires de coton racheté à Daech, le silence sur toutes ces complicités entre « affairistes », on peut mesurer à quel point ce « marché » garde la main derrière les « avions » envoyés par les dirigeants politiques, et comment des décisions de réal politique se trouvent être en adéquation avec la continuité des profits, même de guerre.

Le Centre de Ressources sur les Entreprises et les Droits de l’Homme (BHRRC) situé à Londres a questionné le mois dernier 28 enseignes, sur les travaux qu’elles mènent contre le risque d’exploitation des enfants syriens par leurs fournisseurs en Turquie.

H&M et Next ont été les deux seules marques qui ont montré un peu d’honnêteté pour confirmer le fait que des « ouvriers enfants » sont exploités dans les ateliers des fournisseurs.

De milliers de syriens dont des enfants de moins de 12 ans, travaillent avec un salaire bien en dessous du salaire minimum (1300 YTL, équivalent d’environ 400€). Ceci va à l’encontre des lois et des standards éthiques internationaux et nationaux turques et constitue une violation de l’interdiction de l’esclavage des enfants, du travail forcé et de l’exploitation salariale.

Primark et C&A ont également confirmé que des réfugiés syriens « majeurs » travaillaient chez leurs fournisseurs.

Adidas, Burberry, Nike, Puma, et Arcadia Group qui détiennent les marques Tophop, Dorothy Perkins et Burton ont déclaré eux une absence d’ouvriers syriens chez leurs fournisseurs.

M&S, Asos, Debenhams, Superdry se sont abstenus de faire des déclarations sur les ouvriers syriens. Quant aux 10 entreprises restantes dont GAP, New Look, River Island, elles n’ont pas encore donné de réponse.

BHRRC a demandé à d’autres marques de vérifier le personnel de leurs fournisseurs. On attend les réponses.

Rien d’étonnant pourtant, si on se réfère à des déclarations de la dirigeante du FMI, « conseillant » de déroger aux règles sociales de salaires et d’emplois pour les réfugiés syriens, afin de leur « venir en aide ». La porte est ouverte au plus haut niveau pour une exploitation en règle, les effets d’aubaine, et, cerise sur le gâteau, une pression sur les salaires et la « réduction des coûts du travail » dans les pays accueillants (le terme est très contradictoire). Alors vous pensez bien, des mômes, quelle main d’oeuvre idéale !

La Turquie accueille aujourd’hui plus de 2,2 millions de Syriens qui ont fui la guerre depuis 2011. Autour de 250 000 d’entre eux sont dans les camps de la zone frontalière. La très grande majorité se sont réfugiés dans les grandes villes du pays. Précarité, travail au noir, mendicité, voire prostitution forcée, sont leurs conditions de vie. Sans compter les tensions avec la population locale.Selon ce dernier rapport, entre 250 000 et 400 000 réfugiés syriens travaillent illégalement en Turquie.

Depuis la mi-janvier, en vertu de nouvelles lois turques, les réfugiés syriens peuvent demander un permis de travail, six mois après avoir obtenu officiellement un statut temporaire de réfugié accordé par les services d’immigration. C’est le résultat des « équilibres » discutés avec les autorités européennes, mais on peut douter de l’efficacité de la mesure face à la pression des trafiquants de main d’oeuvre et ceux qui en bénéficient de fait.

Une bonne partie des 10 000 enfants migrants non accompagnés qui ont disparu en Europe dans les 18 à 24 derniers mois, (chiffres officiels de l’agence de coordination policière Europol), sont probablement « au travail », lorsqu’ils n’ont pas péri ici ou là, où sont exploités sexuellement, par le crime organisé.

Ainsi peut-on décrire les conséquences concrètes de la politique de repli européen, et des « arrangements » qui en découlent. Après avoir enfin reconnu que ces réfugiés « fuient les guerres », on organise la sous traitance de la misère aux frontières, en finançant les régimes « forts », qui eux partageront les bénéfices.

Frontex veille à la bonne marche du système. Des sanctions en discussion seront bientôt prévues à l’encontre des « aidants » qualifiés d’illégaux. La « confiscation » des biens des réfugiés ayant réussi à passer accompagnera bientôt cette politique européenne dans plusieurs Pays.

Elle n’est pas belle cette Europe solidaire ?


"Jungle" de Calais : "Pourquoi les droits de l'homme n'existent pas ici ?"
http://www.lepoint.fr/societe/jungle-de-calais-pourquoi-les-droits-de-l-homme-n-existent-pas-ici-01-02-2016-2014472_23.php

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