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25 janvier 2016 1 25 /01 /janvier /2016 12:08

Au nom de la science "moderniste ",il existe actuellement un crime d' eugénisme!Mais il y a aussi de multiples déviances irrespectueuses des droits de "propriété culturelle" ,des règles de la propriété intellectuelle […]qui défient les critères de scientificité !

Alors ,faut-il donner raison aux "améliorateurs de la race", plus qu' aux voleurs des connaissances acquises au fil des âges ?Faut-il entrer dans les chamailleries conflictuelles entre découvreurs comme le seraient la polémique lancée par« Les héros de Crispr » ?

D'abord ,à moins qu'on ne se considère toujours sous un régime colonial ,tout pillage convenu scientifiquement d'un savoir ancestral et patrimonial,constitue par définition,que ce soit à l'Institut de recherche pour le développement (IRD) comme chez tout organisme de recherche français ou étranger par ailleurs , une biopiraterie.

Ensuite seul un comité d’éthique bien inspiré ,pourrait se sentir tenu de rectifier à l'IRD , le manquement aux bonnes pratiques de leur recherche,afin d’ empêcher chez eux la propagation de:

-la piraterie scientifique,(Voir sur ce sujet le dernier article ),

-Et AILLEURS /

la propagation de l'involution épistémologique chez les« Les héros de Crispr » (Voir sur ce sujet l'avant-dernier article ),

-et la glorification de la criminalité scientiste!

A voir ce qui suit ,mieux vaut aujourd'hui donner raison à la recherche des génomes perdus de Neandertal qu'à Adolphe Hitler et aux nouveaux Mengele!

Note de l'administration du blog


http://abonnes.lemonde.fr/sciences/article/2016/01/25/svante-paabo-chasseur-de-genomes-perdus_4853286_1650684.html

CRISPR-Cas9, une révolution génétique qui promet beaucoup (et pose de nombreuses questions)

Le HuffPost | Par Grégory Rozières

Publication: 24/01/2016

http://www.huffingtonpost.fr/2016/01/24/crispr-cas9-revolution-genetique-licornes-embryon_n_9052064.html

SCIENCE - Modifier génétiquement un embryon, éradiquer des maladies héréditaires, ou encore faire revivre les mammouths, de la science-fiction? Plus pour très longtemps.

Depuis quelques années, le monde scientifique est bousculé par une nouvelle méthode révolutionnaire permettant de modifier l'ADN de tout être vivant avec une facilité déconcertante. Son nom? CRISPR-Cas9.

Cette méthode a même été nommée découverte capitale de l'année 2015 par le magazine Science. Avant d'étudier les dizaines de possibilités testées par les scientifiques, incroyables et parfois effrayantes, il faut comprendre de quoi il est question (ou, si vous n'aimez vraiment pas la biologie, vous pouvez directement passer à la partie "Rat retrouvant la vue, cochon donneur d'organe et OGM 2.0").

CRISPR-Cas9 est une enzyme qui peut détecter une partie spécifique de l'ADN et la détruire, coupant ainsi la double hélice qui compose toute vie en deux. Pour développer cette technique, les scientifiques se sont inspirés, comme souvent, de la nature.

Une vaccination de la bactérie

CRISPR est l’acronyme de Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats. Derrière ce nom barbare, une propriété observée pour la première fois en 1987. Dans certaines bactéries, l'ADN était composé de séquences de bases (rappelez-vous vos cours de biologie, les fameux A-T-C-G, voir ci-dessous) se répétant comme un palindrome. Entre celles-ci, d'autres séquences que l'on ne comprenait pas vraiment.

Il a fallu attendre 2005 pour que des chercheurs réussissent à percer le mystère de cette bactérie. Les séquences en question sont en réalité celles de virus, les bactériophages, qui ne s'attaquent qu'aux bactéries. "Cela permet de stocker en mémoire l'ADN d'un virus, afin de le combattre si celui-ci tente une nouvelle fois d'attaquer la bactérie", précise au HuffPost Christine Pourcel, chercheuse à l'Institut de Biologie Intégrative de la Cellule, qui a participé à la découverte de ce phénomène. "Si l'on veut, c'est une sorte de vaccination, cela ressemble à un système immunitaire".

Une fois le virus détecté, la bactérie va créer un ARN (comme de l'ADN, mais avec une seule "branche") correspondant au virus. Une enzyme (le fameux Cas9) va alors intégrer cette molécule et aller se fixer sur le virus pour couper son ADN, entraînant sa mort.


Ici, l'ARN de la bactérie vient se fixer sur l'ADN du virus et le couper

Des ciseaux low cost

Cette découverte va intéresser de nombreux chercheurs. Et c'est en 2012 que leurs travaux se concrétisent: deux équipes de chercheurs (qui se disputent depuis la découverte) réussissent à synthétiser l'enzyme Cas9. Et l'intérêt est énorme. Car à l'inverse des virus, une cellule classique ne se laisse pas faire quand on essaye de couper son ADN. "La cellule va essayer de réparer les dégâts. On peut alors introduire une mutation dans l'ADN", explique au HuffPost David Bikard, directeur du laboratoire de biologie de synthèse de l'institut Pasteur.

Pour ce faire, il faut introduire dans le noyau de la cellule un morceau d'ADN modifié approprié, qui va ainsi être récupéré et collé là par les enzymes de la cellule. On se retrouve ainsi avec une cellule génétiquement modifiée.

"C'est une sorte de ciseaux à ADN reprogrammable", précise le chercheur. Certes, ce n'est pas le premier outil de ce type inventé. Il y avait par exemple les méganucléases, qui permettaient de faire quelque chose de similaire. Mais la différence, c'est la facilité. "La méthode CRISPR-Cas9 est tellement simple qu'il faut maintenant quelques jours pour programmer l'enzyme pour couper un morceau d'ADN particulier, alors qu'avant, cela pouvait prendre des mois", s'enthousiasme David Bikard.

La méthode est tellement simple qu'on peut faire plusieurs coupes en même temps, en utilisant plusieurs enzymes, programmées chacune pour cibler une partie spécifique de l'ADN. Tellement simple, même, "qu"il est possible de faire réaliser ces travaux par des étudiants en master en quelques semaines", rajoute le chercheur. Et qui dit simple dit bon marché. Très bon marché.

Cette vidéo du MIT (en anglais) explique en détail le fonctionnement de CRISPR-Cas9:

Rat retrouvant la vue, cochon donneur d'organe et OGM 2.0

Avec cette nouvelle technique, la modification de l'ADN est devenue "grand public" dans le monde de la génétique. "C'est la découverte la plus importante du domaine depuis les années 80-90", estime David Bikard. Et le fait est que depuis 2012, les articles scientifiques sur de nouvelles expériences se multiplient.

Le 7 janvier dernier, des chercheurs ont réussi à améliorer la vision de rats touchés par une maladie héréditaire source de cécité. En utilisant les fameux ciseaux à ADN, ils ont coupé le gène défectueux, source de la maladie, et l'ont remplacé.

En octobre dernier, une autre équipe a édité l'ADN de cellules de cochon 67 fois (!) afin de retirer un gène qui existe à plusieurs endroits du génome de l'animal (pour rappel, un brin d'ADN est très long, déplié, il permettrait de faire plusieurs fois le tour de la terre). L'intérêt? Les organes d'un cochon modifié de la sorte pourraient être greffées à un humain.

Cette technique est également testée sur les végétaux comme un substitut aux classiques et polémiques OGM. A l'inverse de la modification génétique (où l'on intègre un gène d'une autre espèce) utilisée depuis des années, le couper/coller possible grâce à CRISPR-Cas9 ne va pas utiliser de gène étranger, mais simplement modifier l'ADN.

En finir avec la drépanocytose et Huntington

Plusieurs sociétés réfléchissent déjà à un moyen d'utiliser CRISPR-Cas9 comme un médicament pour lutter contre certains cancers ou maladies liés à la mutation d'un gène bien particulier.

Mais il reste beaucoup de travail, car dans ce cas, il faudrait que l'enzyme détecte les cellules concernées parmi les millions que compose le corps humain. Bill Gates a d'ailleurs participé au financement d'une de ces startups (qui a réussi à lever 120 millions d'euros).

David Bikard travaille sur une autre application possible, avec son équipe et la société qu'il a lancé. "Si l'on injecte CRISPR-Cas9 dans une bactérie, en utilisant par exemple un bactériophage, un virus destiné aux bactéries, la bactérie meurt", explique-t-il. Cette méthode pourrait ainsi remplacer les traitements antibiotiques. Surtout, Cas9 élimine une bactérie bien précise et ne touche pas aux autres, essentielles pour l'organisme, alors que les antibiotiques sont "des sortes d'armes de destruction massive".

Licorne, embryon modifié et bébé sur-mesure

Mais jusqu'où cette nouvelle méthode peut-elle nous emmener? Peut-on vraiment imaginer faire revivre les mammouths, voire même créer des animaux imaginaires, comme des licornes? "Théoriquement, c'est possible. La limitation, c'est notre compréhension du vivant", explique David Bikard. Car si CRISPR-Cas9 permet de couper où l'on veut l'ADN, encore faut-il savoir ce que chaque séquence d'ADN provoque et ce que l'on peut changer.

Mais le coût est si faible qu'on peut facilement imaginer des recherches tous azimuts, dans toutes les directions. Y compris les plus prometteuses... et dangereuses. "On peut théoriquement corriger des maladies génétiques héréditaires, en modifiant les cellules germinales, qui permettent de créer spermatozoïdes et ovules. Auquel cas, on modifie l'évolution de l'espèce humaine", met en garde David Bikard.

Et, encore une fois, ce n'est pas de la science-fiction. On peut citer notamment l'équipe chinoise qui avait fait polémique en avril 2015 en modifiant un gène défectueux dans plusieurs embryons humains. L'expérience n'a pas été un franc succès (la modification n'a pas fonctionné dans la plupart des embryons) et a été abandonnée, mais la question est bien présente.

Une commission britannique étudie depuis le 14 janvier la possibilité de permettre l'utilisation de CRISPR-Cas9 d'embryons humains dans le cadre de recherches contre l'infertilité. En France, la recherche sur les embryons en général est encadrée par une loi qui interdit ces travaux, sauf dérogations spécifiques. Dans tous les cas, les embryons ne peuvent pas être "transférés à des fins de gestation".

Mais techniquement, la modification d'embryons se rapproche de l'homme. Des singes génétiquement modifiés grâce à CRISPR-Cas9 sont ainsi nés en 2014 dans le cadre de recherches chinoises.

Un groupe de chercheurs a appelé en décembre à un encadrement sur la question, demandant à ce que la recherche puisse continuer mais qu'une utilisation clinique soit interdite. En Mars 2015, d'autres chercheurs mettaient en garde contre les dérives d'une telle pratique.

Des questions qui vont continuer à se poser car, comme le disait un héros génétiquement modifié (de fiction), de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités. Sans gène modifié, à vous de trouver de quel personnage il s'agit...

http://www.france-science.org/La-guerre-des-Deux-Roses-a-qui.html?mc_cid=5dd24bfaaa&mc_eid=5ed473d549

La guerre des Deux Roses : à qui appartient CRISPR ?

Publié le vendredi 22 janvier 2016 ,

Nonobstant les précautions d’usage en la matière, il existe, comme on l’a déjà abondamment indiqué en ces pages [1], une forte présomption pour que l’émergence de CRISPR (Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats) constitue une révolution d’une ampleur récemment inégalée dans le domaine de la recherche biomédicale, si l’on en juge par des indicateurs aussi divers que l’évolution du nombre de publications (d’une quinzaine pour 2012 à plus de vingt par semaine en 2015 [2]), le nombre de projets de recherche déposés (plus de 600 l’an dernier rien qu’aux Etats-Unis), l’existence d’un compte Twitter dédié ou l’étendue des champs applicatifs putatifs ouverts (de la résistance à l’oïdium [3] à l’éradication du HIV-1 [4] et du screening métastatique [5] à la –pour le moins polémique- modification génétique des embryons humains [6], voire même des usages au-delà du gene editing [7])

Si l’on en juge également par l’ampleur de la controverse qui l’entoure [8].

Quasi mécaniquement, dans un marché du biotech venture capital qui atteint des records historiques [9], les enjeux financiers et économiques liés à une telle révolution sont très importants. Au total, on estime à plus d’un milliard de dollars les investissements en capital réalisés en un an [10]. Dernier avatar significatif en date : le 21 décembre dernier, Bayer a annoncé la création d’un joint venture avec CRISPR Therapeutics (société fondée entre autres par Emmanuelle Charpentier) dans lequel la société allemande injecte 300M$ (plus une participation de 35M$ dans la startup) [11]. Et Editas Medicine, dans lequel ont investi entre autres Bill Gates et Google Ventures, vient de lancer son introduction en bourse à hauteur initiale de 100 M$ le 4 janvier dernier [12].

De manière contre-intuitive, cette course aux armements ne semble que peu freinée par le conflit en cours autour de la propriété intellectuelle liée au CRISPR-Cas9 qui oppose d’un côté Jennifer Doudna et l’UC Berkeley, de l’autre Feng Zhang et le Broad Institute of Harvard & MIT.

Tout part de la modification du droit des brevets américains. Jusqu’en 2013, celui-ci se fondait sur la règle du ‘first to invent’, le titulaire du brevet étant celui qui pouvait prouver son antériorité dans l’invention de ce qui était breveté. A partir de 2013, l’US PTO bascule sur le principe du ‘first to file’, ouvrant ainsi la voie, du fait des délais de traitement variables, à ce qu’un inventeur tardif se voit accorder un brevet au détriment d’un inventeur antérieur.

Dans le cas présent, l’origine du conflit se situe au moment du dépôt original de brevet de Doudna (13/842,859) le 15 mars 2013, soit la veille de l’entrée en vigueur du changement de régime. Le 15 octobre de la même année, Zhang dépose sa propre demande (14/054,414) mais en arguant d’une priorité remontant à décembre 2012 (soit sous l’ancien régime). Surtout, il l’accompagne d’une requête en examen accéléré, requête acceptée qui lui vaudra l’obtention du brevet le 15 avril 2014. Dès lors, Doudna va consacrer une partie importante de 2014 à peaufiner son dépôt initial [13] en cours d’examen de manière à rattraper sa défaite initiale. En particulier, sa stratégie va se cristalliser par le dépôt d’une ‘suggestion of interference’.

Et la juge administrative Deborah Katz vient le 11 janvier dernier d’accepter de statuer sur cette interférence, dans des attendus [14] assez forts qui indiquent que la charge de la preuve échoit à Zhang et au Broad Institute (lesquels sont les ‘junior parties’ alors que Doudna, Charpentier et alii sont considérées comme les ‘senior parties’), mais aussi en se plaçant dans une logique de winner takes all qui laisse assez peu de place à la négociation entre les deux parties, un éventuel accord devant de surcroît être approuvé par le PTO et non anti-concurrentiel. Trois juges indépendants vont désormais être nommés pour statuer sur l’interférence. Cependant, la litanie des recours et des appels auxquels il faut s’attendre pourrait faire perdurer ce conflit de droit pendant des décennies, au vu de certains précédents. Le sujet de la propriété intellectuelle d’une technologie médicale parmi les plus prometteuses du siècle risque de rester en question fort longtemps.

Rédacteur :
Olivier Tomat, Expert Technique International, olivier.tomat@ambascience-usa.org

Notes

[1] par exemple, http://www.france-science.org/CRISPR-Cas9-elue-decouverte.html

[2] https://innovativegenomics.org/blog/

[3] http://www.nature.com/nbt/journal/v32/n9/full/nbt.2969.html

[4] http://www.pnas.org/content/111/31/11461.abstract

[5] http://www.cell.com/cell/abstract/S0092-8674(15)00204-4

[6] http://link.springer.com/article/10.1007%2Fs13238-015-0153-5

[7] typiquement CRISPRi et CRISPRa ; cf. http://www.theatlantic.com/science/archive/2016/01/the-most-exciting-uses-of-gene-editing-technology-involve-no-editing/422619

[8] on passera ici volontairement sous silence la controverse, qui mériterait un article à elle seule, sur les enjeux éthiques concomitants. Pour une amorce de la discussion, cf. https://www.uam.es/personal_pdi/ciencias/jmsierra/documents/Baltimore2015Sci.pdf

[9] http://www.pwc.com/us/en/press-releases/2015/venture-capital-investing-exceeds.html

[10] http://media-publications.bcg.com/BCG-New-Era-Precision-Gene-Editing-09Sept15.pdf

[11] http://www.fiercebiotech.com/press-releases/bayer-and-crispr-therapeutics-ag-join-forces-discover-develop-and-commercia

[12] http://www.sec.gov/Archives/edgar/data/1650664/000104746916009534/a2226902zs-1.htm

[13] lequel comporte deux difficultés : la non-spécificité, contrairement au brevet de Zhang, du ciblage des applications eukaryotiques d’une part ; et d’autre part, le fait que sa co-déposante, Emmanuelle Charpentier, soit elle-même prise dans un système propre de propriété intellectuelle lié à des institutions européennes.

[14] https://acts.uspto.gov/ifiling/PDFfromDocumentum?No=106048&docTy=NOTICE+TO+DECLARE+INTERFERENCE&action=getContentByDocType

https://www.mediapart.fr/journal/france/250116/des-chercheurs-francais-sur-le-paludisme-accuses-de-biopiraterie?utm_source=article_offert&utm_medium=email&utm_campaign=article_offert&xtor=EPR-1013

http://abonnes.lemonde.fr/sciences/article/2016/01/25/crispr-cas9-dans-la-guerre-des-brevets_4853291_1650684.html

Le Monde | 25.01.2016 à 16h42 | Par Hervé Morin

Ces questions sont au cœur d’une controverse scientifico-économique aussi passionnelle que les débats sur la brevetabilité de l’ADN ou sur l’antériorité de la découverte du VIH. L’affaire met aux prises la Française Emmanuelle Charpentier, en poste à Berlin, associée à l’Américaine Jennifer Doudna (université de ­Californie à Berkeley), d’un côté, et Feng Zhang (Broad Institute du MIT à Harvard) et d’autres chercheurs bostoniens, de l’autre. Les premières ont cosigné en 2012 un article dans Science qui décrivait le potentiel de Crispr-Cas9 comme outil ­programmable d’édition du génome. Le ­second a dirigé des travaux publiés l’année –suivante qui montraient son efficacité sur des cellules de souris et humaines. Parallèlement, les uns et les autres ont créé des start-up et ­déposé des brevets sur la technologie.

Mais, le 11 janvier, une juge du bureau ­américain des brevets, l’USPTO, a accepté une action « en interférence » de Mmes Charpentier et Doudna visant à invalider l’octroi de ­brevets à Feng Zhang et plusieurs de ses ­collègues. La formulation employée par la juge attribue à ceux-ci la charge d’apporter les preuves de l’antériorité de leurs travaux. Une longue bataille commence, avec une ­première audition prévue en mars.

Un outil universel

Dans ce contexte, un article publié le 14 janvier dans la revue Cell par Eric Lander, grande figure de la génomique − et conseiller scientifique du président Obama −, n’est pas passé inaperçu. Intitulé « Les héros de Crispr », il retrace les étapes qui ont conduit à la mise au point de cet outil et met en lumière des acteurs ­jusqu’alors peu connus de cette épopée, dont les débuts remontent aux années 1990. Eric Lander souligne le rôle de plusieurs Français dans la chaîne des scientifiques qui a fait d’un mécanisme de défense immunitaire inventé par les bactéries contre les virus un outil ­universel de modification des génomes.

Certains voient dans cette mise à l’honneur des obscurs de l’aventure Crispr un stratagème pour relativiser la contribution de Mmes Charpentier et Doudna. La manœuvre est d’autant plus critiquée que Cell a omis de mentionner les liens d’intérêt d’Eric Lander, en tant que directeur du Broad Institute (où officie Zhang). Cell a fait savoir que le processus d’écriture et d’examen de l’article avait fait l’objet d’une ­attention scrupuleuse, soulignant que sa politique concernant les conflits d’intérêt n’englobait que ceux concernant les individus, pas les institutions. « En outre, Eric Lander a effectué une vérification des faits substantielle auprès des acteurs concernés », a précisé la revue.

Certains en disconviennent. Jennifer Doudna estime que « la description des recherches conduites dans [s]on laboratoire et des interactions avec d’autres chercheurs est factuellement incorrecte ». Emmanuelle Charpentier « regrette que la description de [s]a contribution et celle des [s]es collaborateurs soit incomplète et erronée ». Plus surprenant, George Church, éminent ­généticien rattaché lui aussi au Broad Institute, a critiqué le compte rendu d’Eric Lander, pointant que son équipe avait entamé ses ­travaux indépendamment de Zhang. Signe de désunion à Boston ? Eric Lander a en tout cas pris acte des objections de son collègue.

Gilles Vergnaud (Institut de génétique et de microbiologie d’Orsay), cité par Lander parmi les héros oubliés de Crispr, approuve sa démarche, qui a « le grand mérite de tenter de présenter la science comme elle se fait de façon à la fois collective et très individuelle et non de façon scénarisée avec réécriture de l’histoire ». Même s’il n’ignore pas que l’Américain peut avoir « son propre agenda ».

Interrogée sur la nature des erreurs concernant ses travaux, Emmanuelle Charpentier ­demande à ce que l’on en reste expressément à son commentaire en ligne. A propos de Crispr, chaque mot doit désormais semble-t-il être pesé par un avocat avant de résonner dans l’espace public.

Des chercheurs français sur le paludisme accusés de biopiraterie

25 janvier 2016 | Par Jade Lindgaard

Des scientifiques de l’IRD ont déposé un brevet sur une molécule présente dans une plante utilisée depuis des siècles en Guyane pour soigner le paludisme. La fondation France Libertés les accuse de s’accaparer les savoirs des populations autochtones. Alors que le Sénat doit voter mardi 26 janvier le projet de loi sur la biodiversité, cette affaire ravive la bataille autour de la privatisation du vivant.

Cet article vous est offert.

À première vue, cela ressemble à un beau succès de la recherche publique française. Des scientifiques de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) ont isolé une molécule prometteuse pour soigner le paludisme, « Simalikalactone » (SkE). Ils ont déposé un brevet pour protéger leur découverte et susciter l’intérêt d’un laboratoire pharmaceutique dans le but de développer un nouveau médicament. Ces chercheurs ont été récompensés par leur institution, qui leur a décerné le prix de l’innovation pour le Sud en 2013. Pour l’IRD, « malgré les efforts engagés, le paludisme ne régresse pas. Identifier de nouvelles molécules antipaludiques est donc toujours une priorité pour la santé et le développement ». SkE présente des vertus anticancéreuses que l’IRD souhaite également valoriser par le biais de partenariats industriels.

Mais les apparences peuvent être trompeuses.

La molécule SkE se trouve dans un arbuste à fruit rouges, commun en Guyane et sur une partie du littoral latino-américain, Quassia amara. Cette plante au goût amer est utilisée depuis plusieurs siècles par les habitants de ces régions tropicales pour se soigner contre le paludisme. Si bien que pour France Libertés, les chercheurs de l’IRD s’accaparent un savoir traditionnel en se prétendant propriétaires de l’usage de la molécule. Ses juristes s’opposent actuellement à ce brevet devant l’Office européen des brevets (OEB). Dans leur mémoire, ils accusent l’institut « d’une forme de racisme de l’intelligence » par leur « non-reconnaissance de la contribution des populations autochtones et locales et sa traduction sous forme de droits de propriété industrielle ». À leurs yeux, la recherche de l’IRD sur cette molécule relève de la biopiraterie, c’est-à-dire de l’appropriation illégitime de ressources biologiques et de connaissances traditionnelles de peuples autochtones. « L’IRD se comporte toujours comme un colon qui récupère le savoir des bons sauvages, dénonce Emmanuel Poilane, directeur général de France Libertés. C’est de l’accaparement. Le brevet est l’acte fondateur de la privatisation du vivant. Cet exemple est caricatural. » Mais pour Geneviève Bourdy, chercheuse à l’IRD et codétentrice du brevet, « cela n’a rien à voir avec la biopiraterie ! Je récuse cette accusation. C’est très désagréable d’entendre cela ». Quant à Éric Deharo, codétenteur du brevet, il lâche : « Les bras m’en tombent. C’est quinze ans de recherche qui tombent à l’eau. Quel laboratoire va s’intéresser à une molécule accusée de biopiraterie ? C’est une catastrophe. »

Arbuste Quassia amara en Thaïlande (Wikicommons).


Entre l’ONG et le laboratoire, ce sont deux logiques intellectuelles irréconciliables. Le conflit est ouvert et l’incompréhension totale. Alors que le Sénat vient d’achever la première lecture du projet de loi de Ségolène Royal sur la biodiversité, le sujet est très sensible. Pour la première fois, les parlementaires transcrivent dans la législation française les prescriptions contre la biopiraterie du protocole de Nagoya (2010). Désormais, les bénéfices issus de l’exploitation des ressources naturelles doivent être partagés équitablement. Et le brevetage des produits « issus de procédés essentiellement biologiques » va être interdit. Mais les recherches de l’IRD sur SkE remontent au début des années 2000.

Pour sa défense, l’IRD invoque cette chronologie : comment pourraient-ils s’être rendus coupables d’un délit non transcrit en droit français ? « Quand on travaille dans un pays, nous respectons son code éthique et sa législation. Quand les populations autochtones ont une existence juridique, nous la respectons. C’est exigé par la déontologie de notre métier », affirme Geneviève Bourdy. Or le droit français ne reconnaît pas l’existence de communautés autochtones en Guyane.

« Je vous invite à me dire qui l'on doit rétribuer », abonde Éric Deharo. « Les Créoles ? Les métros ? Les Hmongs ? Les Palikurs ?… Mais dans ce cas-là, il faut rétribuer aussi toutes les populations transamazoniennes et au-delà, car Quassia est utilisée partout dans le bassin amazonien jusqu’au sud du Mexique. Et cela depuis des centaines d’années. Voilà une question passionnante de débat : à qui appartiennent les connaissances transpopulations et transgénérations ? Et dans le cas précis de Quassia, la préparation est décrite par Kwasi au XVIIe siècle ! »

Les chercheurs ne réfutent pas ne pas avoir demandé le consentement des personnes qu’ils ont interrogées avant d’isoler la molécule, mais le justifient car « au départ, notre objectif n’était pas de déposer un brevet, explique Geneviève Bourdy. C’était une enquête épidémiologique sur les aptitudes de populations de Guyane face au paludisme, alors un gros problème de santé publique ». Le problème aux yeux de Thomas Burelli, juriste, associé au mémoire d’opposition de France Libertés, c’est que « des gens ont donné leur savoir à ces chercheurs qui l’ont breveté, et obtiennent ainsi le monopole de l’exploitation de la molécule. Tout ce qui contient cette molécule pourra être interdit de vente ».

Ce n’est pas parce que la cocaïne est interdite qu’on ne prépare pas des "maté de coca"

Des chercheurs en laboratoire peuvent-ils prétendre avoir « découvert » un traitement multiséculaire ? Éric Deharo répond que la molécule brevetée, SkE, ne se trouve pas dans le mode traditionnel de prise de Quassia amara : la préparation traditionnelle s’intéresse aux feuilles fraîches, la SkE se trouve dans des feuilles matures sèches. « Ce n’est pas parce que la cocaïne est interdite qu’on ne prépare pas des "maté de coca" dans les Andes. » Selon lui, « l’exploitation hypothétique de la SkE ne signifie nullement l’interdiction de l’utilisation de Quassia pour les tisanes (les feuilles) ou pour les gobelets (le bois) ». Le brevet « ne permettra pas à l'IRD d'empêcher l’usage personnel de la plante, sa consommation privée, reconnaît Thomas Burelli. C'est impossible à contrôler. Par contre, le brevet confère un monopole d'exploitation commerciale de l'innovation protégée : en l'occurrence la molécule pour le traitement du paludisme. Imaginons qu'un individu ou un groupe souhaite exploiter commercialement un remède à base de Quassia amara, le détenteur du brevet pourrait l’interdire. Étant donné que le remède contient la molécule protégée, le détenteur du brevet ou ses licenciés pourraient s'opposer à ce genre d’exploitation ».

Au-delà de ce cas d’école du Quassia amara, c’est toute la question de la propriété intellectuelle, de ses ressorts inégalitaires et des bénéfices économiques qui est posée. De son côté, Emmanuel Poilane explique : « L’IRD est un institut public. Qu’ils fassent de la recherche par le partage ! S’ils avaient déposé un brevet partagé, par exemple avec toutes les personnes qu’ils ont interrogées pour leur enquête, il n’y aurait aucun problème. Ce qui est contestable, c’est de conduire cette recherche dans une dynamique privative sans partage des avantages et avec pour finalité de vendre ce titre de propriété intellectuelle. »

Pour Thomas Burelli, « ils ont travaillé sur Quassia amara à la suite d’entretiens avec les habitants qui leur ont montré la plante et ses usages. Je n’accepterais pas que quelqu’un entre chez moi, y prenne tout ce qui l’intéresse et me dise de ne pas m’inquiéter, qu’il m’enverra tout ce qu’il fait. Quand vous rentrez dans un laboratoire pour le visiter aujourd’hui, la première chose qu’on vous demande, c’est un contrat de confidentialité. Il y a tout un ensemble de règles pour protéger les données et les savoirs ». Ou plutôt, certains d’entre eux.

Deux visions des savoirs et de leur valorisation s’affrontent. Les croisements entre médecine traditionnelle et industrielle semblent s’accroître. En 2015, le prix Nobel de médecine a été attribué aux chercheurs qui ont « découvert » l’artémisinine, une substance extraite d’une plante également utilisée contre le paludisme, à partir de l’étude de connaissances traditionnelles chinoises ancestrales. Pour l’IRD, cette récompense est bien la preuve que l’identification d’une nouvelle molécule est une activité inventive.


Cette vision est fortement remise en cause par l’activiste indienne Vandana Shiva. Elle compare les brevets sur les ressources biologiques et les savoirs traditionnels à du néocolonialisme : « Cinq cents ans après Christophe Colomb, il suffit d’appartenir à une culture non occidentale, avec un système de connaissances différent, pour perdre l’ensemble de ses droits. » C’est sur cette base que des brevets déposés sur le neem, une plante utilisée en Inde comme huile de chauffage et pesticide, ont été cassés après plusieurs années de mobilisation. De la même manière, le brevet déposé par la société française Greentech sur le Sacha inchi, une plante amazonienne produisant des amandes, a été annulé après la campagne de collectifs contre la biopiraterie. Au Canada, l’université de Victoria, en Colombie-Britannique, a adopté un protocole qui reconnaît un pouvoir de contrôle aux communautés autochtones sur les données collectées pendant la recherche, explique Thomas Burelli.

Il existe bien un décalage entre le droit français et les pratiques internationales de recherche, de plus en plus sourcilleuses sur le sujet. En France, cette discussion est si balbutiante et ses enjeux politiques si méconnus que l’interlocuteur contacté, pour cet article, à l’Institut national de la propriété industrielle (INPI), a dû se faire expliquer la définition de la biopiraterie.

La Chine peut-elle vraiment sélectionner génétiquement ses génies?

Will Oremus

Life

mis à jour le 15.05.2013 à 11 h 26

A Pékin. REUTERS/Jason Lee

Le mythe du super-bébé a été relancé par un article de Vice Magazine.

La reproduction sexuelle, c'est un coup de dés génétique. Sur une centaine d'ovules et des millions de spermatozoïdes, seuls deux se rencontreront pour former un bébé dont le capital naturel reflétera les meilleures caractéristiques de ses parents –ou les pires. Procréer par rapport sexuel, c'est jouer à la roulette russe avec l'ADN. Impossible de miser plus gros. Entre un bébé bien portant et un autre souffrant d'un handicap grave, il n'y a qu'un petit allèle de différence.

Et si la science était capable de jouer sur ces probabilités? D'augmenter les chances d'avoir un enfant intelligent et en bonne santé? La perspective est aussi exaltante qu'effrayante. Mais est-elle pour autant réaliste? En mars, un article du magazine Vice a été extrêmement partagé sur les réseaux sociaux. Il laissait entendre que la chose était aussi imminente qu'inévitable –juste qu'elle n'allait pas se produire dans nos Etats-Unis un peu trop obtus.

Cet article (traduit en français sous le titre: «La Chine a un nouveau plan pour dominer le monde, et il implique de l'eugénisme et des bébés génies») expliquait qu'en Chine, super-puissance asiatique et meilleure ennemie des Américains, un grand programme venait d'être lancé pour fabriquer, par ingénierie génétique, de gros intellos hyper-productifs. En voici un extrait:

«A l’Institut de génomique de Pékin (BGI), à Shenzhen, des scientifiques ont collecté des échantillons d’ADN sur 2.000 des individus les plus intelligents du monde, avant de séquencer leur génome pour identifier les allèles déterminant l’intelligence. Apparemment, ils ne seraient pas loin de les découvrir et quand ils l’auront fait, le dépistage des embryons permettra aux parents de choisir les zygotes les plus brillants et d’augmenter potentiellement l’intelligence de chaque génération de 5 à 15 points de QI. Au bout de quelques générations, chercher à concurrencer les Chinois sur le plan intellectuel reviendra à vouloir défier Lena Dunham à un concours de fous-toi-à-poil-à-la-télé

A première vue, un article aussi sensationnaliste était fait pour rencontrer le scepticisme de ses lecteurs avant d'être méprisé, voire démenti, par la presse généraliste. Mais non: le papier été partagé en masse sur Facebook et Reddit, et il s'est même payé les honneurs de la BBC, dans la revue de web de sa rubrique «Future».

Comment fabriquer des génies?

De fait, dans ses grandes lignes, l'article dit vrai –et pas seulement en ce qui concerne les strip-teases intempestifs de Lena Dunham. Mais il est aussi à bien des égards crédule, trompeur ou très largement exagéré. Et cela vaut la peine de trier le bon grain de l'ivraie, car dans un futur pas si lointain, on peut tout à fait concevoir que des parents aient à opérer un choix crucial avant de faire leurs bébés. Un choix entre féconder des embryons en laboratoire et analyser leur ADN pour tenter de sélectionner et d'engendrer le bébé le plus robuste possible, ou en rester à la bonne vieille méthode, en laissant la génétique au hasard.

Commençons par les erreurs. La Chine n'est pas en train de fabriquer des bébés par «ingénierie génétique». Et même si c'était le cas, impossible que les scientifiques chinois sachent comment fabriquer des génies. Et même s'ils le savaient, ils ne pourraient pas garantir l'obtention d'un génie, car le génie dépend tout autant des gènes que de l'environnement.

Par contre, ses éléments de vérité sont fascinants, exaltants et inquiétants. Des scientifiques sont d'ores et déjà en train d'améliorer le dépistage génétique des embryons humains pour détecter des maladies comme la mucoviscidose ou la drépanocytose.

Chez Reprogenetics, un laboratoire privé du New Jersey, les couples porteurs d'une maladie génétique peuvent vérifier que la mutation est absente de leurs embryons avant leur implantation dans l'utérus de la femme. Il s'agit du diagnostic pré-implantatoire (DPI), une technologie qui progresse à vitesse grand V. Santiago Munné, le directeur du laboratoire, m'a expliqué qu'il pense pouvoir proposer d'ici un an un dépistage génétique unique de plus de 100 maladies, pour quelques milliers de dollars.

Le DPI est déjà un moyen pour les femmes de sélectionner le sexe de leurs embryons. Et aux Etats-Unis, le choix se porte très largement vers les filles.

La prochaine grande étape consistera à séquencer tout le génome des embryons. Ce qui ouvre non seulement la porte à la sélection du sexe ou au dépistage de maladies monogéniques, mais aussi à la détection de troubles plus complexes, comme l'autisme –et même, pourquoi pas, à certaines qualités comme la beauté ou l'intelligence. Mais pour Munné, ce genre de «sélection positive» est inacceptable:

«Sélectionner des embryons en fonction, par exemple, de la couleur de leurs yeux, cela signifie en exclure d'autres, toujours sur la base de certains traits et c'est une démarche contraire à l'éthique.»

Mais tout le monde ne partage pas ses scrupules. Selon l'article de Vice, le gouvernement chinois chercherait à identifier les allèles ou les variations génétiques les plus strictement corrélés à un QI élevé, pour que les parents chinois puissent sélectionner leurs embryons en fonction de leur intelligence. Il ne s'agit pas pour autant de piper les dés génétiques, puisque les parents ne peuvent pas modifier leurs propres gènes. Et ce n'est pas non plus vraiment de l'ingénierie, puisqu'il n'y a aucune manipulation génétique au niveau de la descendance (ce qui pourrait arriver un jour, mais pas avant très longtemps, selon la plupart des experts). Il s'agit davantage de lancer les dés une dizaine de fois, et de choisir ensuite son chiffre préféré.

Détecter des troubles complexes

N'empêche que la perspective reste impressionnante. Ou pour citer Geoffrey Miller, psychologue évolutionnaire de l'université de New York –et faisant partie des 2.000 individus étudiés– dans Vice:

«Même si le QI de l’enfant n'est augmenté que d'une moyenne de 5 points, cela fait une énorme différence en termes de productivité économique, de compétitivité, du nombre de brevets obtenus, de gestion des entreprises et d'innovation.»

Mais là où Vice s'égare, c'est en laissant allègrement entendre que la chose est imminente. Certes, le BGI de Shenzhen s'est bien embarqué dans un projet de recherche visant à trouver des liens entre gènes et QI. Mais selon plusieurs experts, dire qu'une poignée de variations génétiques «déterminent l'intelligence humaine» relève de la galéjade, sans même parler du «apparemment, ils ne seraient pas loin de les découvrir». C'est que l'intelligence, voyez-vous, c'est un peu plus compliqué que deux ou trois allèles détectés par-ci par-là.

Selon Hank Greely, directeur à Stanford du Center for Law and the Biosciences [centre pour le droit et les biosciences], les dépistages génétiques pré-implantatoires pourraient un jour rendre la procréation sexuelle obsolète, du moins pour ceux qui en auront les moyens. Mais pour autant, rien ne peut prédire l'avènement d'une génération de génies-éprouvette.

«Il est plus que certain que l'intelligence –si on part du principe qu'elle existe en tant qu'entité indépendante, ce qui est loin de faire l'unanimité auprès des psychologues– implique une palanquée de gènes et de combinaisons génétiques, soumis en grande partie à des influences environnementales. Les probabilités de voir la sélection génétique déboucher sur une augmentation substantielle du QI humain sont donc assez faibles.»

Et Mussé est du même avis:

«Le QI est sans doute déterminé par plus d'un millier de gènes, tenter de les réguler, c'est déjà une entreprise vaine.»

Le problème est purement mathématique, poursuit Lee Silver, spécialiste de génétique et de biologie moléculaire à Princeton. Même en réussissant à isoler les gènes qui sont vraisemblablement à l’œuvre dans un QI élevé, la probabilité qu'un embryon donné soit porteur de la bonne combinaison est quasi nulle. «Ajoutez le fait que des facteurs non-génétiques expliquent entre 40% et 50% de la variance de traits comme l'intelligence» et votre projet est tout simplement voué à l'échec. Tout ça pour dire que le DPI «ne sera sans doute jamais utile comme méthode de sélection positive, mais aura un rôle de plus en plus important à jouer pour éviter la survenue de maladies chez les enfants».

Que doit-on dépister? Que peut-on dépister?

Dans tous les cas, rien ne dit que le BGI de Shenzhen ou même le gouvernement chinois soient réellement en train de mettre au point une sorte de programme de sélection génétique. Miller, l'unique source citée par Vice, m'a expliqué qu'il fondait cette conjecture sur ses «propres spéculations liées à l'histoire des politiques démographiques chinoises» ajoutées à quelques «discussions informelles avec des personnes impliquées dans l'étude». Pour l'instant, il ne s'agit donc que d'une étude scientifique, et rien d'autre.

Mais si Miller est d'accord pour dire que Vice a sans doute choisi un angle un peu trop sensationnaliste pour son article, il défend l'idée d'une sélection embryonnaire débouchant un jour sur des gains intellectuels substantiels.

«Ce qu'il faut savoir, c'est que le projet [du BGI de Shenzhen] ne vise pas qu'une poignée de gènes à détecter puis à manipuler, ce qu'ils recherchent, ce sont les millions de variations génétiques contribuant à l'intelligence, voir comment elles se combinent les unes aux autres. Et c'est là que réside la réussite potentielle de la sélection embryonnaire de l'intelligence.»

Même si certains ne sont pas d'accord avec Miller sur cette question, ils voudraient quand même en finir avec les débats éthiques autour du DPI. Silver, par exemple, se considère comme un défenseur de la procédure, du moins dans certains cas.

«Selon moi, même un choix partiellement éclairé est meilleur que le hasard. Ceux qui combattent une telle position ne voient souvent pas le processus naturel comme du hasard, mais comme l’œuvre de Dieu ou de Mère Nature. Mais comme je l'ai déjà dit dans l'émission de Stephen Colbert, “Mère Nature est une sacrée salope”.»

Pour autant, la frontière entre le dépistage de troubles et la sélection de traits peut être assez floue. S'il est acceptable de dépister la trisomie 21, quid des prédispositions génétiques à l'alcoolisme, la dépression ou l'obésité? Où tracer la limite entre handicap et QI faible? Au final, c'est peut-être une bonne chose que la fabrication de bébés-génies soit encore un horizon très lointain. Nous avons encore du temps pour nous décider: le pire, c'est de risquer un coup de dés ou de jouer à un jeu truqué?

Will Oremus

Traduit par Peggy Sastre

Will Oremus

Des Chinois tentent de modifier le génome d’embryons humains

LE MONDE | 24.04.2015 à 11h23 • Mis à jour le 24.04.2015 à 15h50 | Par Hervé Morin

Modifier le génome d’un embryon humain pour prévenir le développement d’une maladie chez cet individu, mais l’éradiquer aussi dans toute sa descendance. Cette expérience, qui touche au patrimoine héréditaire de l’espèce humaine, et contrevient à la convention d’Oviedo, ratifiée par la France et 28 autres pays européens en 2011, vient d’être tentée par une équipe chinoise. Décrite dans la revue Protein & Cell du 18 avril, elle concrétise les craintes exprimées ces dernières semaines par une partie de la communauté de la recherche en génie génétique.

Après la publication par le journal du Massachusetts Institute of Technology (MIT) d’une enquête très fouillée montrant des débuts de manipulation génétique des cellules sexuelles (y compris aux Etats-Unis), des chercheurs américains avaient publié dans les revues Nature et Science les 12 et 19 mars des mises en garde envers les tentatives de modifier ces cellules germinales : elles auraient pour effet de modifier l’hérédité humaine, et non plus, comme les thérapies géniques classiques, une partie seulement des cellules défaillantes d’un individu. Les craintes portaient notamment sur l’utilisation d’une nouvelle technique d’ingénierie du gène, CRISPR-Cas9, extrêmement efficace et simple à mettre en œuvre.

L’expérience chinoise, qui fait appel à cet outil, s’inscrit dans le spectre des manipulations visées par ces demandes de moratoire, dans la mesure où elle avait pour objectif d’effectuer des mutations chez l’embryon, qui se seraient de fait retrouvées dans ses cellules sexuelles – et potentiellement dans sa descendance.

Lire aussi : Les vertiges de la « chirurgie du génome »

Précisons-le d’emblée, l’expérience tentée par l’équipe de Junjiu Huang (Université Sun-Yat-sen, Canton) a échoué. Les 85 embryons ayant fait par la suite l’objet de modification avaient été obtenus auprès de centres de fertilité réalisant des fécondations in vitro - ils étaient dotés de chromosomes surnuméraires et n’avaient donc pas été retenus dans des projets parentaux. Aucun n’aurait été viable. L’expérience ne visait d’ailleurs pas à réimplanter ces embryons pour obtenir des bébés, mais à tester l’efficacité de cette nouvelle méthode d’édition de l’ADN afin de corriger un gène responsable d'une maladie génétique du sang, la bêta-thalassémie ou anémie de Cooley. Mais la technique CRISPR-Cas9 a été prise en défaut, dans la mesure notamment où de nombreux embryons présentaient une structure mosaïque, avec des cellules dont l’ADN avait bien été corrigé, mais d’autres où le gène défaillant s’exprimait toujours.

« Cela montre à quel point cette science est immature »

Pour le prix Nobel David Baltimore, interrogé par le New York Times, « cela montre à quel point cette science est immature. Nous avons appris beaucoup de leur expérience, principalement sur ce qui peut mal tourner ». David Baltimore faisait partie des deux premiers signataires de l’appel de Science à « suivre une voie prudente avant de manipuler le génome des cellules germinales ». Un autre prix Nobel, Paul Berg, lui aussi signataire de cet appel, avait été à l’origine il y a quarante ans de la conférence d’Asilomar, qui visait déjà à réfléchir aux risques liés au développement du génie génétique.

Certains estiment aujourd’hui qu’en génétique humaine, une telle conférence serait indispensable. En juin 2014, la Française Emmanuelle Charpentier, co-inventrice de l’outil CRISPR-Cas9, estimait ainsi que « cette technique fonctionne si bien et rencontre un tel succès qu’il serait important d’évaluer les aspects éthiques de son utilisation ».

L’expérience chinoise confirme chez l’humain ce qui avait déjà été montré chez d’autres espèces animales : malgré sa puissance, CRISPR-Cas9 n’est pas un outil parfait. Outre le risque d’introduire des modifications hors de la cible visée, on peut aboutir à des individus « chimères », dotés de plusieurs génomes différents. De plus, il est difficile de prédire tous les effets induits par une correction effectivement réalisée. « Notre étude souligne les défis posés par les applications cliniques de CRISPR-Cas9, concluent les chercheurs chinois, pour qui les effets de cet outil en dehors des gènes ciblés « devraient faire l’objet d’investigations exhaustives avant toute application clinique ».

Mais si la technique devenait plus efficace, la question du principe même de son utilisation ferait débat. Certains y voient une première étape vers une forme d’eugénisme et la quête du « bébé parfait », quand d’autres soulignent l’intérêt de maîtriser une capacité nouvelle à soulager l’humanité de certaines maladies héréditaires.

Lire aussi : Philippe Kourilsky : « L’homme s’autorisera-t-il à toucher à son hérédité ? »

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