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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 07:25

Comment le discours médiatique sur l’écologie est devenu une morale de classe

bibliobs.nouvelobs.com

Propos recueillis par Éric Aeschimann

On nous conseille d’éteindre les lumières mais pas de remiser les 4x4. On culpabilise les individus mais pas les entreprises. Jean-Baptiste Comby est sociologue, maître de conférences à l’Institut Français de Presse de l’Université Paris-2. À quelques jours de la COP21, il vient de publier « la Question climatique. Genèse et dépolitisation d’un problème public » aux Éditions Raisons d’agir. Entretien.

BibliObs : Votre ouvrage analyse la montée en puissance de la question climatique dans les médias généralistes depuis la grande conférence de Kyoto, en 1997. Comment avez-vous travaillé et qu’avez-vous découvert ?

Jean-Baptiste Comby : J’ai regardé et analysé les sujets consacrés aux enjeux climatiques des journaux télévisés du soir de TF1 et France 2 entre 1997 et 2006, soit 663 sujets. J’ai également examiné les campagnes de communication des agences publiques, notamment l’ADEME, et de façon moins systématique les articles consacrés à la question par la presse quotidienne nationale, notamment lors de la ratification du protocole de Kyoto en 2005, ou encore les nombreux documentaires, débats ou docu-fictions diffusés entre 2005 et 2008. J’ai également réalisé des entretiens avec une quarantaine de journalistes chargés de la rubrique « environnement » ainsi qu’avec une trentaine de leurs « sources » (scientifiques, militants, fonctionnaires, etc.). Il se dégage de ce corpus que, si la question du climat occupe une place de plus en plus importante dans le débat médiatique au cours des années 2000, la présentation qui en est faite connaît une torsion significative : l’accent est mis sur les conséquences de l’augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, beaucoup moins sur ses causes. Plus les journalistes traitent la question climatique, plus ils contribuent à la dépolitiser.

Pouvez-vous donner des exemples ?

Les sujets télévisés que j’ai analysés se servent d’effets esthétiques assez répétitifs : le soleil qui brille, la tempête, le symbole du thermomètre, le contraste bleu/rouge qui représente le froid et le chaud. Du reste, on parle de « réchauffement climatique », comme si le seul enjeu était la température, alors qu’on devrait parler de « changements climatiques », puisque seront également altérés les régimes pluviométriques, la dynamique des courants marins ou des vents, etc. Une autre expression consacrée attribue la responsabilité du dérèglement aux « activités humaines », comme si toutes les activités polluaient de façon équivalente. Enfin, très majoritairement, ces reportages incitent plus ou moins explicitement les citoyens à changer leurs comportements, relayant à leur manière la politique de l’État (crédits d’impôt, prêts à taux zéro, etc.). On tient un discours de morale individuelle. Toute cette grammaire évacue la question de savoir quelles décisions politiques et mécanismes économiques sont à l’origine d’activités polluantes.

En quoi cela dépolitise-t-il la question climatique ?

Dépolitiser, c’est passer sous silence les causes collectives et structurelles de la pollution : l’aménagement des villes et des transports, l’organisation du travail, le fonctionnement de l’agriculture, le commerce international, l’extension infinie du marché. La politique, c’est l’organisation de la vie collective, le choix de nos valeurs, le mode de répartition de la richesse, etc. Or, le discours actuel revient à placer la question de l’environnement en dehors de ce champ de discussion. Certes, les discours officiels à la COP21 en appellent à une transformation des sociétés pour les « dé-carboner ». Mais si l’énoncé est politique, aucun de ces mots d’ordre ne jugent nécessaire d’interroger l’emprise croissante des logiques marchandes qui sont désormais au principe de la vie sociale. En somme, on nous propose de changer de société… sans modifier les structures sociales !

Au fond, politiser, ce serait montrer le lien entre le changement climatique et le capitalisme...

Comment faire face au changement climatique sans changer de modèle économique ? Pour « digérer » la crise écologique et faire croire qu’un « capitalisme vert » est possible, plusieurs logiques sont mobilisées : l’innovation technique, le recours au marché (par la création des droits à polluer) ou encore la militarisation de l’accès aux ressources naturelles. Dans mon livre, je m’intéresse plus particulièrement à une quatrième tendance, qui consiste à dépeindre la question environnementale comme un problème de morale individuelle. Il reviendrait à chacun de nous de sauver la planète en changeant son comportement. Or c’est plutôt en imaginant et en luttant pour d’autres organisations sociales que nous rendrons possible l’adoption durable de styles de vie à la fois moins inégaux et plus respectueux des écosystèmes naturels.

Pourtant, n’est-il pas exact que nous sommes tous un peu responsables de notre environnement ?

On retrouve à propos de l’environnement le schéma du discours néolibéral : il n’existerait que des individus agissant rationnellement et vivant comme en apesanteur du social. Séparer ainsi l’individu du collectif n’a aucun sens et finit par déformer la réalité. Par exemple, au milieu des années 2000, le ministère de l’Environnement a mis en avant une affirmation clairement discutable : « Les ménages sont responsables de 50 % des émissions de gaz à effet de serre. » Ce chiffre a été fabriqué à partir d’une statistique qui calcule la part des grands secteurs producteurs de CO² : énergie, industrie manufacturière, agriculture, résidentiel-tertiaire, transport routier, autres transports, etc. L’astuce consiste à attribuer aux ménages toutes les émissions de CO² qui ne viennent pas de l’énergie, de l’industrie et de l’agriculture. Ce qui revient à oublier que les avions et les trains transportent d’abord des hommes d’affaires ; que les camions sont en général affrétés par les entreprises ; que les déchets sont fabriqués par l’industrie... Surtout, en parlant des « ménages » en général, cette statistique laisse entendre que tous les individus ont la même part de responsabilité. Or, un riche pollue généralement plus qu’un pauvre. Il n’est pas juste de mettre sur un pied d’égalité un cadre de direction qui possède deux voitures et prend l’avion trois fois par mois et une personne touchant le RSA qui circule principalement en bus. Un tel discours occulte les inégalités sociales.

Que sait-on sur les inégalités sociales d’émissions de CO² ?

Les statisticiens commencent tout juste à construire des outils pour les mesurer rigoureusement. Une étude réalisée en 2010 par François Lenglart montre qu’un ouvrier produit 5 tonnes de CO² par an et un cadre 8,1 tonnes. Début octobre, les économistes Lucas Chancel et Thomas Piketty ont publié une étude qui montre que les 10 % d’individus les plus polluants au niveau mondial (c’est-à-dire les classes moyennes et supérieurs des pays industrialisés et les classes supérieures des pays émergents), émettent 50 % des gaz à effet de serre, tandis que les 50 % les moins polluants n’en produisent que 10 %. Mais il y a encore beaucoup de travail pour évaluer et expliquer de façon scientifique la contribution des groupes sociaux à la dégradation de l’environnement.

Pour autant, n’allons-nous pas devoir en effet changer nos comportements, y compris sur un plan individuel ? Ces messages permettent peut-être d’amorcer une prise de conscience ?

Dans mon travail, j’ai aussi mené des entretiens collectifs et analysé des données statistiques pour étudier comment les personnes, en fonction de leurs milieux sociaux, pensent, discutent et se comportent vis-à-vis de ces enjeux. Cela permet de comprendre le paradoxe suivant : si les classes supérieures sont les plus disposées à faire valoir leur attitude « eco friendly », ce sont aussi elles qui tendent à polluer le plus. Partageant les valeurs véhiculées par les campagnes de « sensibilisation », elles seront plus facilement portées à mettre en œuvre une bonne conscience écologique en triant leurs déchets ou en fermant le robinet. Mais ces quelques gestes et ce verdissement partiel de leur quotidien, dont elles peuvent tirer une certaine reconnaissance sociale, ne remettront pas en cause leur mode de vie et elles continueront à polluer plus qu’un ouvrier. Et l’on remarquera que la morale écocitoyenne, si prompte à nous dire qu’il faut éteindre la lumière, s’abstient de dévaloriser par exemple le fait de rouler en 4x4 en ville, un comportement pourtant très énergivore. Tout cela explique, du reste, l’agacement de plus en plus vif suscité par ces injonctions écocitoyennes : on nous vend comme une morale universelle ce qui n’est qu’une morale de classe. Dans mes entretiens, je constate que de nombreuses personnes, plutôt au sein des milieux populaires, démasquent intuitivement cette hypocrisie.

La question climatique
Genèse et dépolitisation d’un problème
public
par Jean-Baptiste Comby
Raisons d’agir, 242 pages, 20 euros

J'AI PAS VOTÉ - FILM COMPLET -STFR-ENG - 46 mn

https://www.youtube.com/watch?v=uzcN-0Bq1cw

Raz-de-marée FN : à force de prendre les électeurs pour des imbéciles...

Vox Politique

Diplômé de l'Ecole normale supérieure et titulaire d'un post-doctorat au MIT, Bertrand Chokrane a été responsable du planning stratégique chez Renault-Nissan puis chez Dassault-Systèmes. Il est actuellement PDG d'une société d'analyse financière spécialisée dans le domaine de l'audit, du conseil et de la prévision de marché. Plus d'informations sur ce site.

A force de prendre les électeurs pour des imbéciles

A force de prendre les électeurs pour des imbéciles, les réalités reviennent comme un boomerang à la figure de ceux qui ont voulu les occulter.

La dégradation manifeste de la situation économique a été systématiquement minimisée, maquillée. Dans la réalité, on décompte aujourd'hui 5,7 millions de chômeurs toutes catégories confondues, dont seulement 3 millions environ reçoivent des indemnisations. Plus de 2,4 millions de personnes touchent le RSA. On évalue à 1,3 millions le nombre de personnes sans travail qui ne touchent aucune aide sociale (que les économistes appellent le halo du chômage). Au total, les personnes victimes du sous-emploi dépassent les 9,4 millions et représentent 32,8% de la population en âge de travailler. Enfin le chômage et le stress qu'il provoque tue chaque année 14000 personnes. Au minimum, 3,5 millions de personnes souffrent du mal logement.

A force de prendre les électeurs pour des imbéciles

Voici le véritable portrait de la France et de la misère sociale qui s'est progressivement installée au fil de quarante années de chômage de masse qui ronge la société. Face à un problème aussi grave, nous serions en droit d'attendre une réflexion profonde et collective pour comprendre les raisons de cet échec et repenser ensemble la société que nous souhaitons pour demain. Nous sommes passés d'un monde figé et stable économiquement (les Trente Glorieuses) à un monde en transformation perpétuelle et instable depuis la fin de Breton Woods. Nous vivons des mutations très rapides qu'il est difficile de décrypter en temps réel. il nous faut organiser une discussion collective, une réflexion ouverte pour décider ensemble de quel type de société nous voulons pour demain.

Au lieu de cela, le personnel politique concentre toute son énergie sur les stratégies électorales frivoles et sur les tours de passe-passe communicationnels.

Au lieu de cela, le personnel politique concentre toute son énergie sur les stratégies électorales frivoles et sur les tours de passe-passe communicationnels. A force de dire tout et son contraire, de détourner l'attention du public sur les problèmes insignifiants, à force de trahir leurs électeurs dès qu'ils arrivent aux responsabilités, les personnalités politiques ont perdu le capital le plus précieux, la confiance de la population. Leur parole a-t-elle encore de la valeur?

A force de prendre les électeurs pour des imbéciles

Des effets d'annonce aux incantations, les professionnels de la politique croient en la force du verbe et misent sur la méthode Coué et les prophéties auto-réalisatrices, sans jamais connaître un seul dossier. A force de mettre en scène un jeu de dupes, où chacun fait semblant de contrôler la situation, dans des postures factices, à force de faire semblant d'être contre l'austérité tout en l'imposant, à force de jouer un double jeu voire un triple jeu, s'étonnera-t-on si son efficacité disparaît?

Les fondateurs de l'euro ont cru qu'il suffirait d'instaurer une monnaie commune pour forcer les peuples à converger vers un modèle unique, et faire en sorte que les Grecs se comportent comme des Allemands. N'est-ce pas en soi le refus de prendre en considération la diversité culturelle de l'Europe ?

Depuis le début de la construction européenne, les gouvernements successifs, qu'ils soient de droite ou de gauche, ont accepté des contraintes budgétaires et monétaires qui engendrent de grandes souffrances et détruisent le tissu économique et social. Les fondateurs de l'euro ont cru qu'il suffirait d'instaurer une monnaie commune pour forcer les peuples à converger vers un modèle unique, et faire en sorte que les Grecs se comportent comme des Allemands. N'est-ce pas en soi le refus de prendre en considération la diversité culturelle de l'Europe?

A force de soumettre la population à la discipline imposée par une Europe guidée par l'esprit de prédation au lieu de l'esprit de solidarité, dont le seul fil conducteur est le chacun pour soi, au nom d'une concurrence débridée qui conduit au moins disant social et à l'appauvrissement collectif, une Europe qui était censée protéger et qui livre ses habitants à une concurrence sauvage et au dumping social et fiscal, qui jette l'Europe du Sud contre l'Europe du Nord.

Cette Europe qui impose aux peuples des austérités inefficaces et des politiques monétaires expansionnistes qui n'ont pour effet que d'enrichir les plus riches et d'appauvrir les plus pauvres, on ne s'étonnera pas si la population opte pour des partis qui leur proposent autre chose: Syriza, Podemos, Front National etc...

A force de prendre les électeurs pour des imbéciles

Si les partis qui prônent un changement radical arrivent au pouvoir, il ne faudra pas en vouloir au peuple. Il faudra que le personnel politique qui aura conduit à cette catastrophe, par son incurie prenne ses responsabilités. S'ils ne font pas, les historiens du futur se chargeront de le faire.

Nous arrivons au bout du bout, puisqu'il n'y a plus de croissance. Nous sommes à une période où la zone euro est en passe d'exploser. Comment passer cette terrible crise si les pays européens ne sont pas capables de s'entendre?

L'absence de débat, la guerre des petites phrases, l'absence de vision et de réflexion approfondie, la médiocrité intellectuelle et les idées paresseuses créent de la désespérance.

Ce dont les gens ont besoin, c'est d'un langage de vérité, pas d'une mascarade permanente. Le vote FN est avant tout un vote de colère. Ses électeurs se moquent bien de son programme économique. La population se sent méprisée, oubliée, niée dans la réalité à laquelle elle doit faire face tous les jours. L'absence de débat, la guerre des petites phrases, l'absence de vision et de réflexion approfondie, la médiocrité intellectuelle et les idées paresseuses créent de la désespérance.

N'est-il pas vain et dérisoire d'appeler au sauvetage d'une démocratie qui n'est plus que l'ombre d'elle-même? Cette démocratie sur laquelle une petite minorité puissante qui a bien trop à perdre pour rendre possible un véritable changement exerce son pouvoir financier. Alors que toute la population mondiale pourrait manger à sa faim et voir ses besoins fondamentaux satisfaits (se nourrir, se soigner, se loger et se chauffer)

Ces élus qui craignent pour la démocratie, qui appellent les électeurs à ne pas voter FN pour éviter le désastre, feraient mieux de se rendre compte que le désastre qu'ils craignent tant est déjà là et qu'ils en sont les seuls responsables. Le vote FN n'est qu'un symptôme du naufrage, pas le naufrage lui-même.

Bertrand Chokrane

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