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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 10:22

Enquête, Radio-Canada: le vin, les pesticides et autres combines

11 décembre 2015 — Marc André Gagnon

La télévision de Radio-Canada a présenté un reportage-choc hier à son émission phare «Enquête». C'est intitulé «Vin français: la gueule de bois. Une enquête sur les pesticides et autres résidus chimiques que l'on retrouve dans certains vins en France.»


http://vinquebec.com/node/13021

C'est une adaptation d'une émission qui avait été diffusée en France au printemps dernier. J'en avais alors parlé le 4 avril (Comment est vraiment fait le vin).

On y montre l'utilisation de pesticides dans les vignes et les résidus qui se retrouvent dans le vin. On y voit aussi, à caméra cachée, des producteurs qui ajoutent toutes sortes de produits dans le vin: tanins, acides, copeaux, levures aromatisantes...

C'est la réalité, tout ça est vrai et c'est choquant. Il n'y a qu'a voir les effets sur les résultats sociaux.

Les pesticides dans les vins maintenant après on dira qu'un verre de vin par jour ça garde en santé #enquete Lise C @cylise

#enquete L'univers de la tricherie ! À vomir. Les fruits, les légumes, le vin, le poisson, les athlètes et nous, les dindons de la farce. sonia i. thibault @soniaisabeltibo

Après la semaine de bads news sur l'alimentation, vous m'avez rachevé avec votre reportage sur le vin chimique #Enquête @iciradiocanada Bonneville Sophie @Edgarthedunkey

Dans cette enquête, on nous montre la situation en France, où tout est règlementé et contrôlé; alors, imaginez ce que ça peut être dans les pays du Nouveau Monde où il y a peu de règlements et de contrôles sur la fabrication du vin.

On y apprend aussi qu'on utilise un pesticide interdit en Europe, le carbendazine, que l'on retrouve dans un vin vendu au Québec. (Ce produit peut être commandé de la Chine via internet.)

Ceci dit, il faut remettre les choses en perspective.
Ce que montre ce reportage sur l'industrie du vin n'est pas unique. C'est la même chose dans toute l'industrie alimentaire. Des pesticides, on en utilise partout et à profusion. Sauf chez nous, où on n'a plus le droit d'en mettre dans nos jardins ni même sur nos pelouses ! Pourtant, on est rare à manger nos pelouses !

Ce qui est le plus choquant, c'est que l'on retrouve ces pesticides dans le vin, comme probablement dans plusieurs fruits et légumes.

Oui, il y a des pesticides dans les vignes, sur les raisins et dans les vins. Lesquelles et en quelle quantité ? Ça peut varier et il n'ont pas tous la même dangerosité. Ce qui serait le plus dangereux, c'est l'effet cocktail résultant du mélange de ces produits dans notre organisme. Mais ça personne ne l'étudie.

Si l'on ne veut pas avoir de pesticides dans notre organisme, il n'y a qu'une seule solution: manger et boire bio.

Il y aussi la confiance. On peut faire confiance à de bons vignerons et producteurs qui nous assurent utiliser le moins de fongicides, acaricides et autres.

En général, les vignerons qui cultivent eux-mêmes leurs vignes sont plus fiables que ceux qui achètent des raisins cultivés par des inconnus. Faites-vous confiance aux vins de dépanneurs?

Pour ce qui est des ajouts, ce qu'on appelle les intrants oenologiques, tanins, acide, copeaux, levures, c'est légal, mais non transparent. Sauf pour quelques rares vignerons qui utilisent les levures naturelles de leurs vignes et qui l'indiquent sur les fiches techniques. Mais là encore, rares sont les journalistes qui le mentionnent dans leurs recommandations et ça n'apparaît pas sur le site de la SAQ.

Au sujet des levures ajoutées, c'est courant et on le fait aussi pour le pain. Notre pain quotidien! C'est certain qu'un vigneron qui arrose ses vignes de produits chimique ne pourra pas utiliser les levures naturelles de ses raisins puisqu'il les aura tuées lors de l'épandage des pesticides.

Le monde du vin a une auréole angélique, pastorale, béatifiante. C'est toutefois un monde de fabrication d'un produit transformé, comme pour la majorité des aliments que nous consommons.

Il faut décrasser le monde du vin de cette couche angélique et le voir tel qu'il est: un monde agricole avec toutes ses qualités et ses défauts.

Il faut informer, s'informer, apprendre, connaître afin de mieux pouvoir choisir ce qui a le moins de risque de nous empoisonner.

Vous pouvez voir le reportage de l'émission Enquête de radio Canada ici.

La version originale française ici.

Écoutez aussi la réaction intéressante du sommelier Jacques Orhon à l'émission Bien dans son assiette ici.

Note sur les "maladies alimentaires "par l'administration du blog, le génie génétique est responsable d'une agriculture de grande quantité de plantes alimentaires à pesticides .Grosso modo:une telle dose de poison dans l a nourriture ne permet pas au public (consommateurs ,mais aussi habitants à proximité des zones d’épandage),de conserver la santé


-Adéquations propose une chronique mensuelle de la transition écologique en France :
- Décembre 2015, "La santé environnementale, au milieu des contradictions" :
==> www.adequations.org/spip.php?article2349
- Octobre novembre 2015, "Vers une stratégie nationale bas-carbone"
==> www.adequations.org/spip.php?article2328

Hebdo » Idées & débats

Agriculture: le génie génétique en renfort d’un modèle agricole obsolète

Mis en ligne le 11.12.2015 «La coalition des ignorants», chronique de Guy Sorman, qui défend les OGM, a fait réagir Luigi D’Andrea. Pour ce biologiste, l’utilisation de cette technologie appartient au passé.

La révolution verte a créé un mode de production intensif fondé sur une ultrasimplification des agrosystèmes et des économies d’échelle. Autrement dit, des monocultures, de gros tracteurs, des systèmes d’irrigation, des engrais, des semences adaptées à recevoir ces engrais, des pesticides, le moins de biodiversité possible, car elle ne se vend pas, et le moins d’agri-culteurs possible – ou d’ouvriers agricoles, devrais-je dire. En effet, si le paysan avait une connaissance approfondie des agrosystèmes, l’ouvrier agricole ne doit que savoir lire et appliquer les informations écrites au dos des sacs de semences, des flacons de pesticides et d’engrais. Nul besoin de connaître l’environnement pour s’y adapter, puisque c’est l’agriculture industrielle qui adapte l’environnement, ce qui requiert une injection massive d’énergie (pétrole, engrais, pesticides, etc.) pour que ces agrosystèmes ultrasimplifiés demeurent productifs. Ce sont en fait les fonctions biologiques qui assurent la fertilité des sols, les stockages de l’eau ou la protection contre les ravageurs, qui doivent être compensées puisqu’elles ont été supprimées.

Les organismes génétiquement modifiés (OGM) tolérant les herbicides et produisant des toxines insecticides (toxines Bt) sont arrivés en renfort de ce modèle de production pour l’intensifier encore; ils représentent 99% des OGM cultivés. Après vingt ans de culture, la quantité d’herbicides utilisée explose, tout comme les résidus d’herbicides dans les grains ou le nombre d’espèces de mauvaises herbes résistantes. Mais, pour l’industrie, c’est un bon business. En témoigne la mise sur le marché américain en 2014 de variétés tolérantes à un vieil herbicide très toxique qui avait été mis de côté, le 2,4D, un composé de l’agent orange. L’utilisation des variétés insecticides Bt a conduit, au début, à une diminution des quantités d’insecticides utilisés. Une victoire de courte durée, puisque cela a conduit à l’émergence d’autres ravageurs ou à l’apparition de résistances chez les ravageurs. Fait préoccupant, ils deviennent de plus en plus résistants et de plus en plus rapidement. L’effet à long terme sur l’environnement et la santé des énormes quantités de toxine Bt relâchées dans l’environnement n’a jamais été évalué.

Des OGM utiles?

Pour le 1% des OGM restants et résistant aux ravageurs, censés réduire les quantités de pesticides et justifier la technologie, c’est la même chose. Le génie génétique (GG) ne fait que répondre aux symptômes plutôt qu’aux causes des déséquilibres de nos agrosystèmes. C’est leur ultrasimplification, les mauvaises pratiques culturales et la faiblesse de diversité en champs et autour des champs qui sont responsables de la propagation des maladies. La culture intensive d’OGM ne changera rien au problème; au contraire, elle l’accentuera, comme pour le Bt ou les variétés herbicides tolérantes par le développement de résistance.

Les OGM tolérants à la sécheresse ou autres OGM «climatiques» miracle n’existent pas. Ces qualités et fonctions sont contrôlées par de nombreux gènes en interaction constante avec l’environnement, alors que le GG ne peut opérer que sur un très petit nombre de gènes et des fonctions très simples. C’est pour cela que, après plus de trente ans de recherches et des milliards engloutis, le GG n’a apporté aucune solution aux besoins réels de l’agriculture. Si une tolérance à la sécheresse ou à la salinité est introduite dans une variété, c’est au travers de procédés d’amélioration végétale classiques qui, eux, délivrent des résultats tous les jours.

Le GG suit une stratégie capital intensive, où l’innovation est technique, standardisée et centralisée (dans les labos). Les connaissances produites sont privatisées et générées par des scientifiques souvent généticiens non conscients de la multitude de préférences et de besoins des paysans. Ce modèle n’a délivré que des produits mal adaptés qui accentuent la dépendance des agriculteurs et des consommateurs envers des choix techniques tout en érodant les savoirs. Aucune autre technologie aussi peu efficiente n’aura jamais été autant subventionnée.

Une recherche orientée vers l’agroécologie

Alors que l’agriculture classique (y compris le GG) a bénéficié de l’investissement de plusieurs trillions de dollars et de l’engagement de milliers de scientifiques, l’agriculture biologique (AB) et l’agroécologie (AE) ont été livrées à elles-mêmes. Et pourtant les études comparatives montrent que les différences de rendement sont minimes, voire meilleures, si les conditions climatiques sont instables et difficiles, ce vers quoi nous tendons.

Il est donc urgent de réorienter les investissements vers une recherche et un modèle d’innovation localement adapté et participatif qui intègrent les savoirs paysans. L’agri-culture à faibles intrants de demain a besoin d’une sélection végétale qui travaille à l’obtention de variétés localement adaptées dont les qualités correspondent à ce type d’agriculture. Cela ne peut pas être obtenu par le GG. Il faut décentraliser les fournisseurs de solutions pour augmenter la résilience de nos systèmes alimentaires. Il faut une stratégie pauvre en capital et des solutions simples à mettre en œuvre. L’agroécologie répond exactement à cela et délivre des résultats impressionnants partout où elle est mise en place dans le monde.

Une technologie qui encourage les monocultures et l’utilisation d’intrants, qui favorise l’appropriation du vivant et la concentration des marchés par les transnationales agrochimiques, qui augmente la pression économique sur les agriculteurs fait clairement partie du passé agro-industriel et non du futur agroécologique.

L’auteur
L
uigi D’Andrea

Biologiste, spécialiste des questions liées à l’agriculture et aux nouvelles technologies. Secrétaire exécutif pour l’Alliance suisse pour une agriculture sans génie génétique.


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