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22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 13:54

Pesticides Agriculture

Roundup, 2,4-D : pour favoriser les OGM, les Etats-Unis minimisent-ils les risques ?

L’Agence de protection de l’Environnement (EPA) affirme aujourd’hui que les citoyens états-uniens peuvent sans danger avoir un régime alimentaire qui dépasse 41 fois la dose limite de 2,4-D qu’elle a autorisée il y a dix ans ! C’est un niveau bien plus élevé que ce qui est autorisé en Chine, en Russie, en Australie, en Corée du Sud au Canada ou au Brésil. Ce niveau est plus élevé que celui que recommande l’Organisation Mondiale de la Santé.

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Le miracle de l’agriculture des Etats-Unis et de son abondance de nourriture est possible grâce à un autre miracle qui n’est pas aussi positif : les puissants herbicides. Ces composés chimiques – comme le Roundup de Monsanto – terrassent les envahisseurs, mais laissent le maïs et le soja modifiés génétiquement s’épanouir grâce à leur tolérance à ces produits.

Malheureusement, la sur-utilisation de ces herbicides a engendré des herbes qui, elles aussi, sont devenues tolérantes. C’est ce qui se passe actuellement à travers tout le continent américain.

Pour combattre ces « mauvaises » herbes ou adventices, devenues tolérantes aux herbicides, la compagnie Dow Chemical ressort du placard le 2,4-D, un produit chimique datant de la Seconde guerre mondiale, et dont le lien avec certaines formes de cancers et autres maladies est avéré [1] . Dow veut utiliser ce produit toxique en association avec le principal herbicide chimique, le Roundup. C’est une arme double : ce que l’un ne tue pas l’autre l’achève.

Une solution certes "élégante", mais est-elle sûre ? L’Agence de protection de l’Environnement (EPA) prétend que oui. Elle a autorisé le nouveau duo dynamique – appelé Enlist Duo – l’an dernier. [2]

Pourtant, dans une étude récente de Tribune, intitulée « Moisson chimique », la journaliste de Tribune, Patricia Callaghan, expliquait que le gouvernement baisse les normes de sécurité et minimise les risques en particulier ceux des enfants.

Callaghan souligne qu’avec sa décision, l’Agence de protection de l’Environnement (EPA) affirme aujourd’hui que les citoyens états-uniens peuvent sans danger avoir un régime alimentaire qui dépasse 41 fois la dose limite de 2,4-D qu’elle a autorisée il y a dix ans ! C’est un niveau bien plus élevé que ce qui est autorisé en Chine, en Russie, en Australie, en Corée du Sud au Canada ou au Brésil. Ce niveau est plus élevé que celui que recommande l’Organisation Mondiale de la Santé.

Mais où est-ce que l’Agence de la protection de l’environnement (EPA) est allé chercher l’idée qu’un accroissement de l’exposition n’aurait pas de conséquences néfastes sur les gens ? Callaghan rappelle que même dans l’étude de Dow, les chercheurs de l’entreprise signalent des troubles rénaux chez des rats exposés à cet herbicide. Mais les scientifiques de l’Agence ont changé leur analyse sur cette étude centrale, en se laissant convaincre par un toxicologue du gouvernement canadien qui décida que les chercheurs de Dow avaient fait preuve d’un excès de prudence dans leur évaluation du risque.

Pour l’Agence de protection de l’environnement, quelle que soit la limite fixée, les citoyens états-uniens n’ingèreront pas des taux dangereux de 2,4-D. Ils affirment que le produit est beaucoup plus sûr que ce que l’on pensait précédemment, et que les autres pays n’ont tout simplement pas encore actualisé leurs valeurs limites avec les études les plus récentes.

Philip Landrigan, expert reconnu dans le domaine de la sécurité chimique, n’est pas du tout convaincu. Il a demandé à l’administratrice de l’Agence de rejeter l’Enlist Duo. Il demande que le Programme national de toxicologie – un organisme différent qui teste les produits chimiques toxiques – procède à l’évaluation des risques de l’Enlist Duo. Nous sommes d’accord. Une revue indépendante pourrait dissiper le sentiment que le ministère a agi précipitamment.

Nous pourrions ainsi démêler les données scientifiques de ce problème qui sont particulièrement touffues. C’est-à-dire rappeler ce que nous savons clairement depuis des décennies de recherche : les pesticides sont dangereux. Les enfants sont souvent plus menacés de lésions à vie, que provoquent des doses qui n’auraient que peu d’effets sur leurs parents. C’est pour cela que les lois fédérales exigent de l’Agence de tenir compte des risques spécifiques pour les enfants lorsqu’ils sont exposés à des pesticides.

L’autorisation de l’Agence de la protection de l’environnement est actuellement dans un certain flou juridique. Et ce flou entraîne la confusion. C’est l’Agence elle-même qui a demandé à une cour d’appel d’abroger sa propre autorisation de l’Enlist Duo, alors qu’elle est en train de décider si des zone de non-épandage plus importantes sont nécessaires pour protéger des plantes menacées qui pourraient pousser aux abords des champs. Mais c’est la règlementation.

L’Agence de protection de l’Environnement se fait beaucoup de soucis pour ces plantes. Mais s’inquiète-t-elle des humains ? Des responsables de l’Agence ont confié à Callaghan qu’ils ne ré-ouvriraient pas l’évaluation des risques pour la santé de l’Enlist Duo. L’Agence maintient qu’il n’y a aucun risque nouveau dû au mélange des deux pesticides qui ont été, chacun de leur côté, autorisés depuis très longtemps. Mais en quoi ce serait mauvais de procéder à des études complémentaires pour écarter tout doute ?

Les herbicides demeurent dans l’air, dans l’eau, dans nos aliments. Les scientifiques sont souvent en désaccord sur les interprétations des risques de toute une série de produits chimiques. Le seul moyen de faire le tri dans les risques est de procéder à de nouvelles recherches pour pouvoir fixer des limites de sécurité solides.

Il est fondamentalement du devoir de l’Agence de protection de l’environnement de s’assurer que ce miracle moderne qui permet aux Etats-Uniens de bien manger n’est en train de les… empoisonner petit à petit.

Edito paru dans le Chicago Tribune du 20 décembre 2015

Notes

[1] Voir l’article : « Et de deux ! Après le glyphosate, le 2-4 D est classé comme « possible cancérogène » par l’OMS »

[2] Voir l’article : « Après le Roundup, le 2,4-D ! Un autre raz de marée chimique pourrait inonder les Etats-Unis ! »

Rédigé le 21 décembre 2015

Lanceurs d'alertes : controverse autour d'un chercheur sur ...

Jonathan Lundgren, un entomologiste de 39 ans travaillant depuis 11 ans pour le Department of Agriculture américain (USDA) et récompensé pour ses recherches en 2011 (Presidential Early Career Awards for Scientists and Engineers), a eu la mauvaise surprise d’être suspendu après la publication de ses recherches sur les effets néfastes des néonicotinoïdes, notamment sur les papillons monarques et les abeilles. La suspension de 14 jours a été justifiée par 2 infractions : la soumission de certains de ces résultats sans une approbation claire de sa hiérarchie et par des négligences administratives au cours du processus autorisant un déplacement professionnel qui visait à présenter ses résultats. Le chercheur considère cette sanction disproportionnée et affirme avoir subi une campagne de harcèlement concernant l’objet de ses recherches suite à ses publications en début d’année. Ceci l’a conduit à porter plainte en tant que lanceur d’alerte (whistleblower) contre l’agence fédérale par l’intermédiaire de PEER (Public Employment for Environmental Responsability), une organisation qui défend les employés impliqués par leur travail dans la protection de l’environnement. Le document soumis par PEER mentionne notamment les plaintes suivantes : un processus de vérification de diapositives de présentation lourd et injustifié, l’ordre de ne pas parler au média de ses recherches et la demande de retirer son nom comme co-auteur d’un article scientifique.

La première loi américaine sur les lanceurs d’alertes travaillant dans les agences fédérales (Whistleblowers Protection Act) date de 1989, cependant son application et la jurisprudence qui en a découlée a considérablement affaibli la portée de loi. L’employé ne pouvait en effet voir sa plainte retenue que si l’alerte donnée découlait d’une action allant bien au-delà de son mandat de travail (above and beyond the call of duty). L’Enhancement Whistleblowers Protection Act a depuis permis de corriger ce défaut en 2012. [1]

Le PEER aurait également rassemblé des allégations de pressions auprès d’autres chercheurs de l’USDA mais qui ne sont pas encore publiques. Ces pressions moins marquées que celles rapportées par le Dr. Lundgren concernent des découragements exprimés verbalement et une communication tacite concernant les types de recherche qui ne seraient pas les bienvenues. [2]

L’ARS (Agricultural Research Service), la branche de l’USDA qui emploie toujours Dr. Lundgren, a de son côté tenu à rappeler qu’elle applique une « forte politique d’intégrité scientifique qui promeut une culture d’excellence et de transparence ». « Nous prenons l’intégrité de nos scientifiques au sérieux et nous reconnaissons l’importance de maintenir la confiance de la communauté scientifique, des décisionnaires et du grand public en notre recherche ».

Une déclaration à laquelle Jeff Runch, directeur de PEER, n’a manqué de réagir. Pour lui « ces règles permettent de faire de la recherche uniquement s’il n’y a pas d’applications dans le monde réel ». [3]

Le débat pose la question des conflits d’intérêts, récurrents dans ces grands départements fédéraux, ainsi que celle des liens qu’entretient l’USDA avec l’industrie notamment via les revolving door (va-et-vient professionnel entre le public et le privé). Le président, David Chicione, de la South Dakota State University, où Lundgren est employé, est notamment membre du conseil d’administration de Monsanto.

Rédacteurs
François Valentin, Stagiaire à la Mission pour la Science et la Technologie
Clement Lefort, Attaché Adjoint pour la Science et la Technologie, Washington, deputy-coop@ambascience-usa.org
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Notes

[1] http://www.foodwhistleblower.org/smoothing-the-path-for-usda-whistleblowers-dean-wyatts-story-and-the-evolution-of-federal-protections-235/

[2] http://www.theatlantic.com/science/archive/2015/11/is-the-usda-silencing-scientists/413803/

[3] https://www.washingtonpost.com/news/federal-eye/wp/2015/10/28/suspended-usda-researcher-alleges-agency-tried-to-block-his-research-into-harmful-effects-of-pesticides-on-bees-butterflies

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