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8 décembre 2015 2 08 /12 /décembre /2015 03:26

Jeudi 20 novembre,au tout début d'un état d'urgence national qui ,comme pour rassurer la population ,vient de tomber après le 13 novembre , l'audition libre d'une personne de Bédarieux,pour la neutralisation* le 5 avril dernier de 120 parcelles de colza par 61 faucheurs au GEVES de la POUEZE , à duré à peine ......5mn,

*Fauchage de parcelles d’essais de Colza au GEVES (La Pouëze - 49) Pour un moratoire sur la culture et les essais de Colza et Tournesol rendus tolérant à un herbicide.

Jeudi 3 décembre en pleine pré-cop21,les gendarmes ont entendu libres , quatre autres faucheurs de Colza un peu plus longuement que 5mn à Lodève .

Si l'on fait les comptes ,sur dix participants Héraultais à la destruction du 5 avril ,il reste donc à cinq autres personnes d’être entendues courant décembre ,(certainement après le second vote pour les régionales) ,dans le département.

Car entre les deux tours de ces élections,les gendarmes n'ont toujours pas lancé de nouvelles auditions proposées verbalement,ou émises par courrier .Par cette rupture du rythme des convocations ,doit-on voir une pause de l’enquête qui serait due à UNE situation politico-électorale sensiblement tripolaire,(Ou trisomique....),et suffisamment tendue pour que le pouvoir veuille éviter, devant les gendarmeries, des rassemblements spontanés et transgressifs de l'ordre public? .

Tout cela fait mauvais effet , si qui plus est,ces mobilisations militantes sont couvertes en plein état d'urgence par la presse locale ,comme ce fut le cas sans auto-censure,deux fois de suite !

Oui ,les actions de désobéissance "faucheurs volontaires " sont troublantes .

Ces mobilisations citoyennes possèdent d'abord,au moins deux particularités typiques :elles prennent des libertés avec la question habituelle de l'ordre public et de la propriété privée,mais elles se prêtent aussi parfois , "à la facilitation" de l'offre de vérité dans le travail de (la) justice et de la police.

Ainsi ,à l'initiative des faucheurs eux même,une liste de signatures et les adresses des activistes (une soixantaine),ayant participé à l'action du 5 avril, a été remise dans la foulée de l'action ,aux autorités :en l’occurrence la brigade locale qui semblait rechigner à faire de l'enquête de flagrance.En effet c'est à la demande librement consentie ...de la soixantaine d' activistes,usant de leur téléphone pour motiver les forces de l'ordre dans l'accomplissement de leur mission,que les gendarmes s e sont finalement déplacés sur place le 5 avril .

Les faucheuses et faucheurs sont des gens patients ,imaginatifs ,résolument non violents qui viennent de différents horizons de la société civile .Ils sont coopératifs et conscients de leurs actes (voir " Itinéraire d’un faucheur d’OGM"),quand il est question de désobéissance civile et civique.

Il ne s'agit pas de faire dans l'à peu prés de la goguenardise franchouillarde ,le déni de droit ou des conventions,ou dans l'anarchisme infantilisé qui se revendiquerait uniquement comme provocation.

La suite sérieuse revient donc au procureur de Poitiers(Non pas un juge d'instruction** ), par lequel une procédure normale,(Et couteuse !) d’enquête préliminaire ,(Il ne s'agit pas d'une procédure dite de recherche,puisque la justice a la connaissance des auteurs),est lancée sur toute la France sur la base d'une "destruction de bien en réunion" .Cela laisse croire que si la justice emploie donc les grands moyens,c'est qu'elle veut épingler ces faucheurs !

** Juges d'instruction et procureurs n'ont pas les mêmes ...

Elle le fait en effet ,car si le seul motif invoqué par la justice dans ce type d'affaire est "destruction de bien en réunion",ce seul délit est assorti de divers demandes(photo anthropométrique,empreintes palmaires ,prélèvement de matériel génétique ),le tout est inscrit dans le code de procédure pénale :cela fait beaucoup pour ce type d'action de fauchage de plantes.

Ces illégalités-ci visent pourtant"légitimement",(comme de nombreuses autres inspections citoyennes illégales de sites comme des labo ou des entreprises semencières ,de débats publics légaux ,de rendez-vous avec les ministères ),à la reconnaissance légale comme variétés Ogm,de toutes les plantes manipulées par la voie du génie génétique .

La modification de l'ADN est une Technologie à la portée de tous,quand les chercheurs utilisent CRISPR/Cas9 notamment , cet outil ouvre la voie à d'autres modifications génétiques que celles des plantes .

Ce remarquable outil est un facilitateur,et même un encouragement à la recherche et pour l'expérimentation .Mais Emmanuelle Charpentier qui est la co-inventrice de cet outil à moitié français prophétisait dès juin 2014 que « cette technique fonctionne si bien et rencontre un tel succès qu’il serait important d’évaluer les aspects éthiques de son utilisation ».Elle a été lauréate mais n'a pas reçu le prix Nobel de chimie. en 2015.Cette même année des "améliorateurs de race " sesont déjà emparé de son outil .Avec eux la tentation de ce développement relance l'eugénisme scientifique et cela touche l’ensemble des citoyens .La condamnation devrait donc être immédiate et universelle car nous y sommes confrontés moralement.Or malgré la gravité exceptionnelle de ces expériences (inachevées) sur l'embryon humain commises en Chine par ces nouveaux Eichmann ,aucun homme politique Français ne s'en ait encore ému!

PREMIERE MONDIALE. Des Chinois modifient le génome d ...

Cependant que les assignations à résidence ,(avec des recours près le conseil d'état),et les mesures arbitraires se multiplient . et pleuvent également contre des militants "écologistes ",les faucheurs volontaires concernés par l’enquête du procureur de Poitiers refusent eux,lors des auditions ,de donner dans l'impression de leur EMPREINTE PALMAIRE ou dans le bertillonnage.Ils refusent aussi de donner leur autorisation pour le fichage photographique.

Et comme à leur habitude ,ils refusent SURTOUT le prélèvement DE MATÉRIEL vivant sur eux -même. La GÉNÉTIQUE EST LEUR propriété,un "habeas corpus individuel et inaliénable ,et ceci avec une raison supplémentaire,selon certaines traditions éthiques et planétaires.

Historiquement le sujet de la discrimination "raciale"avait déjà été plus qu'ébauché à Nuremberg après la Seconde guerre mondiale.

Car la "survivance du plus apte" à rependu en Allemagne une théorie sociale biologique qui est à la base du racisme des nazis ,(c'est à voir page 44 de "Génie génétique. Une histoire, un défi" chez Broché,par Erwin Heberle-Bors,),et d'une politique d'extermination génocidaire.

Pour poursuite plus avant cette réflexion sur la tentation eugéniste du génie génétique ,si la Convention sur les droits de l’homme et la biomédecine tente de garantir les droits fondamentaux dans ce domaine ,certaines militants dénoncent déjà l'usage de l’outil CRISPR/Cas9 dans les tentatives actuelles de modification du génome des plantes et qui plus est non éthique ....chez l'humain (embryon: ils élèvent leurs voix contre ces déviances scientifiques ,et y joignent le geste par le refus d'un prélèvement pour le fichage FNAEG.

Ils s'interdisent de façon "éclairée par l'Histoire"et interdisent de façon contraignante et résolue aux gendarmes ,toute forme de discrimination à l'encontre de leur personne en raison d'un prélèvement de leur patrimoine génétique à des fins de fichage ou autre ,qu'il estiment non appropriée,puisque cette discrimination est interdite par la loi!

Décret n° 2012-855 du 5 juillet 2012 portant publication de ...

Les faucheurs savent qu'en rejetant cependant toute mesure de fichage destinée à de la délinquance,chacun de ces trois refus fait l'objet d'une infraction distincte du fauchage lui-même .Ces refus feraient ainsi l'objet de condamnations distinctes,(et occasionneraient quatre cas de condamnations possibles) au cas ou le procureur de Poitiers décidait de traduire les 61 faucheurs du GEVES en procès pour "destruction de bien en réunion ".Car le parquet a le choix à l'issue de l'enquête,et il peut clore le dossier!

Rejeter les fichages policiers ,c'est pour ces refuznik de la GÉNOMIQUE SANS CONSCIENCE et sans expertise :

-tout faire pour d'abord ne pas être ou se laisser criminaliser par l'état,(pour le déffichage cliquer :
https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/R33424 )

-et faire savoir que pour la faucheuse ou le faucheur,le fait de désobéir à l'autorité policière en lui refusant de toute façon son propre prélèvement humain,( codifiant de sa propre vie ,et cette des ascendants et descendants ), c'est une façon d' ouvrir le débat sur la reconnaissance juridique ,collective et positive de ses actes :ceux commis collectivement par des lanceurs d'alerte pour préserver la société toute entière à propos de problématiques délétères (1)(2) ,qui l'impactent .

Voilà pourquoi il est nécessaire que ces désobéissants soient soutenus comme lanceurs d'alerte, par le monde politique,le monde associatif et la société civile et que le magistrat du ministère public puisse entendre ça dans des conditions respectables des libertés publiques:non à la répression par cette ingénierie,et non à l'eugénisme !

(1)http://www.france-science.org/L-outil-CRISPR-Cas9-ouvre-la-voie.html?mc_cid=dc54c095ab&mc_eid=5ed473d549

Nouvelles techniques de modification genetique

.

Jacques Testart : « Demain, il n'y aura plus de limite au tri ...
article en pdf

(2)Privatisation des semences et souveraineté alimentaire : tour d’horizon des enjeux

http://www.pressegauche.org/spip.php?article24453
Et non à " l’état d’exception (qui )est inapproprié pour affronter le terrorisme contemporain."

Le paradigme de l’exception

Profitons-en alors pour demander à l'état , la cessation de ce juridisme "de guerre " et de ce constitutionnalisme de l'exception qui assigne à résidence des militants ;demandons plutôt la salubrité et la souveraineté alimentaire pour les populations ,la création d'un tribunal international pour le respect des droits de la nature,un moratoire sur la cultures des plantes à carburants ,et alimentaires mutées ,et l'application stricte du protocole d’Oviedo qui interdit toute modification du génome humain .

Demandons la destruction du FNAEG parce que l'ADN est la propriété inaliénable de chaque individu,et que ce fichage met sous main de justice de l'ADN Humain dont le typage dans les affaires judiciaires relève du génie génétique ,domaine qui n'est pas exempt de la marque de crimes historiques graves,de dérives éthiques,scientistes et commerciales .

Outre que la levée de l'état d’urgence soit urgente , les conditions actuelles de répression du mouvement qui se manifeste aujourd'hui pour une plus grande fraternité ,une science et un monde sain et durable s'aggravent.

En participant à des piquets organisés afin de soutenir les faucheurs auditionnés dans l'Hérault ,l'on doit savoir :

-que pour la "participation à une manifestation interdite sans arme" ,la peine encourue est de 6 mois ferme et 7500 euros d’amende.Si cette mesure n'est pas une réaction immédiate aux attentats tragiques survenus à Paris le 13 novembre 2015 et aux évènements qui ont suivi,qu'est-ce donc alors?

On ne saurait alors trop recommander aux personnes librement entendues et à leurs soutiens de venir protester par delà l'illégalité devant les gendarmeries les poches vides ,(sans opinel ou Laguiole pour le casse- croute )!

En attendant la sortie des prochains convoqués... On en parle >

Itinéraire d’un faucheur d’OGM

7 décembre 2015 / Jean-Baptiste Libouban avec Jean-Pierre Garbisu

Jean-Baptiste Libouban est l’initiateur du mouvement des Faucheurs volontaires, qui organise la lutte de la société civile contre la dissémination incontrôlée et irréversible des OGM. Aux côtés de José Bové notamment, il a participé à de nombreux fauchages et a été plusieurs fois condamné. Dans ces Vagabondages, il revient sur les grandes étapes de sa vie, guidée par la non-violence et la vie communautaire et spirituelle.

Vagabondages d’un faucheur volontaire, Jean-Baptiste Libouban, entretiens avec Jean-Pierre Garbisu, L’Harmattan, 280 p., 26,60 euros.

Source : L’Harmattan

Info >

Les faucheurs volontaires d’OGM fêtent leurs dix ans

20 juillet 2013 / Pascale Garcia (Reporterre)

A l’été 2003 naissaient les Faucheurs volontaires. En assumant collectivement le fauchage illégal de cultures transgéniques, ils allaient mettre un coup d’arrêt aux OGM en Europe. Les Rencontres internationales des mouvements contre les OGM se déroulent les 20 et 21 juillet à Bouzy-La Forêt dans le Loiret. L’occasion de raconter l’histoire, et de se regrouper pour une bataille qui n’est pas finie.

« José Bové, ami de lutte, sortait juste de prison pour l’affaire du MacDonald’ raconte Jean-Baptiste Libouban, le père des Faucheurs. La justice sanctionnait de plus en plus lourdement les actions de fauchage qui se multipliaient. Nous craignions à l’époque que ce type d’action n’en arrive à dissoudre la Confédération paysanne. Alors j’ai eu l’idée de créer un mouvement de résistance qui ne soit ni une association, ni un syndicat, sans représentant légal, et qui puisse représenter la société civile ».

Compagnon depuis plus de cinquante ans des communautés de l’Arche où il fut menuisier et instituteur, l’homme s’est indigné de nombreuses fois, contre la torture en Algérie, avec les paysans du Larzac au côté de Lanza del Vasto ou contre le nucléaire.

En août 2003, lors d’un grand rassemblement sur le Larzac pour fêter les 30 ans de lutte des habitants du plateau contre l’extension du camp militaire, il ouvre un « bureau de recrutement » et rédige la Charte des Faucheurs. « Cet appel était un acte illégal mais légitime…Je me suis dit, si c’est une bonne graine, elle prendra ! » Elle a levé. Le 25 juillet 2004, le premier fauchage des Faucheurs volontaires a lieu à Verdun-sur-Garonne (Tarn-et-Garonne) : c’est un succès.

Chacun responsable…

De fauchage de parcelles de cultures transgéniques en procès, les Faucheurs ont développé une stratégie déconcertante. « Notre principe de départ c’était de dire que puisque la société civile n’a pas eu droit de parole sur le développement des essais et sur les cultures OGM, nous allions utiliser les prétoires comme porte-voix », explique Jacques Dandelot, faucheur de la première heure.

Contre toute attente, suite à leurs actions, lors d’interrogatoires ou dans les procès à la barre, ils se présentent en « comparants volontaires », revendiquent la non violence et la désobéissance civique collective. Chacun responsable, tous solidaires - leur devise - ils agissent à visage découvert, toujours. Si défendre l’environnement fait partie de la Constitution, ils disent n’avoir pas eu d’autre recours que ce type d’actions face aux menaces sur l’environnement ou sur la liberté des paysans que représentent les cultures transgéniques.

Lors des procès, ils invoquent l’état de nécessité retrouvé par leurs avocats dans le droit français. « En 1956 une femme à Colmar avait volé du pain pour nourrir un enfant et avait été relaxée au motif qu’un acte moralement inacceptable dans la vie courante - par exemple voler - devient juste quand il est ordonné à la dignité et au bien de la personne, rappelle Jean-Baptiste Libouban. Extraordinaire renversement qui montre que la morale n’est pas un standard immuable à appliquer à la lettre. Qu’il peut basculer lorsqu’il devient contraire au bon sens et au bien commun ».

Face à la justice, le déroulé de l’affaire varie selon les procureurs qui donnent la couleur au procès selon qu’ils retiennent du groupe un personnage politique, un citoyen lambda, quelqu’un qui sait s’exprimer ou au contraire quelqu’un qui n’a ni travail ni formation. « Si un intellectuel est retenu, c’est plus difficile d’attribuer l’action à de l’impulsivité, à de l’acte gratuit car la personne saura plus aisément justifier son acte et entrer dans la polémique », observe Jean-Baptiste Libouban.

Les Faucheurs viennent de toutes classes sociales, on y compte quasiment autant d’hommes que de femmes, « des gens qui font de petits travaux, d’autres qui ont de grandes responsabilités, des médecins, des ingénieurs, des chirurgiens » et même s’il y a aujourd’hui moins de politiques, ils continuent d’apporter leur soutien affirment les Faucheurs. La belle aventure humaine a été illustrée dans l’album Faucheurs volontaires (éd. Les Dessin’acteurs) ou dans le documentaire de Hervé de Willencourt, Joli Monde.

…tous solidaires

Des refus de prélèvement d’ADN aux procès en appel, sur dix ans, les frais d’actions en justice, dépassent largement le million d’euros évalue Jacques Dandelot : « Colossal. Aujourd’hui nous faisons moins d’actions spectaculaires, mais dès que nous en avons besoin, les soutiens sous forme de chèques continuent d’arriver de particuliers ou de groupements ».

Depuis le moratoire de 2008, la culture et l’extension des OGM est contenue « mais la situation n’est pas réglée, estime Jean-Baptiste Libouban. La puissance des sociétés semencières est très grande. Ainsi, parmi les conseillers scientifiques de Obama figure l’ancien directeur de Monsanto ».

Aujourd’hui, les Faucheurs portent l’attention sur la redéfinition des dispositifs d’évaluation au niveau européen, sur les négociations de libre échange entre les Vingt-sept et les Etats-Unis et aussi sur les importations. « En France les OGM continuent d’entrer massivement par les ports bretons pour nourrir les élevages industriels, dépendants de ces importations », observe Jacques Dandelot.

Ils considèrent également l’étiquetage et l’information au consommateur insuffisants et regrettent que certaines nouvelles techniques de modification artificielle du génome ne soient pas concernées par la législation et ses contraintes (évaluation, essais en champs) « Notre combat aujourd’hui est d’essayer de mettre en lumière médiatiquement cette problématique des plantes mutées. Ce sont des OGM cachés, des plantes tolérantes aux herbicides » poursuit Jacques Dandelot, qui dénonce le tournesol et le colza mutés, déjà semés en Europe, qui devraient être prochainement commercialisés. Or ils sont très difficiles à détecter, à la différence du maïs MON810 par exemple.

Les Faucheurs volontaires se sont dupliqués dans différents pays - Belgique, Allemagne, ou Espagne, où les cultures transgéniques sont parmi les plus développées d’Europe - et agissent différemment selon le droit national. Fort de leur expérience solidaire, les faucheurs viennent apporter leur soutien lors de procès. Aujourd’hui, ils veulent créer une force internationale pour partager leurs expériences et avoir la visibilité d’un réseau sur toutes les actions. Avec les invités venus de différents continents, outre l’histoire, la fête, l’information au grand public, c’est aussi de cela qu’il sera question à Bouzy ce week-end.

Source : Pascale Garcia pour Reporterre

Photos :

Chapô : ledauphine.com
Libouban : Terre du ciel
Devant palais de justice : L’Alsace

Complément d’info : L’histoire des OGM racontée dans La guerre secrète des OGM

-A propos de l'’outil de modification génétique CRISPR/Cas9:

L’outil CRISPR/Cas9 ouvre la voie à la modification génétique de population sauvage

Publié le vendredi 4 décembre 2015 ,

http://www.france-science.org/L-outil-CRISPR-Cas9-ouvre-la-voie.html?mc_cid=dc54c095ab&mc_eid=5ed473d549

L’outil de modification génétique CRISPR/Cas9, dont la montée en puissance et les questions éthiques associées ont été abordées dans des brèves antérieures [1] [2], a permis récemment de concrétiser des approches nouvelles dont les implications épidémiologiques, sociétales et éthiques soulignent la nécessité d’une réflexion autour de cet outil.
Le développement récent de kits de transgenèse CRISPR/Cas9 disponibles pour les particuliers pour moins de 160 dollars illustre l’évolution de l’accessibilité à de tels outils [3].

Des recherches utilisant CRISPR/Cas9 pour mettre au point un système d’ingénierie génétique qui permettrait de modifier génétiquement une population sauvage ont fait l’objet d’une publication récente très remarquée et ces travaux sont présentés ci-dessous. Les avancées rendues possibles par CRISPR/Cas9 en termes de modification du génome humain et de modification génétique d’espèces animales ou végétales d’intérêt agro-alimentaires, ainsi que les régulations autour de cet outil, seront abordées dans deux brèves ultérieures.

Un bref aperçu de l’outil CRISPR/Cas9
Contrairement aux outils de modification du génome précédemment développés (nucléases à doigt de zinc, TALENs -Transcription activator-like effector nuclease-), qui étaient des protéines devant être finement conçues et optimisées pour assurer la reconnaissance et la coupure de la séquence ADN ciblée, la spécificité du système CRISPR/Cas9 repose sur la complémentarité d’un ARN guide (dont la structure moléculaire est proche de celle de l’ADN) avec la séquence d’ADN ciblée, la nucléase Cas9 assurant ensuite la coupure de l’ADN à cet endroit. La conception de cette séquence d’ARN guide complémentaire est plus facile et sa synthèse moins coûteuse que l’ingénierie et la production de protéines, ce qui rend cet outil beaucoup plus versatile et accessible que les systèmes précédents. Une synthèse de ces différentes techniques, détaillant le système CRISPR/Cas9, a fait l’objet d’une brève précédente [4].

CRISPR/Cas9 et « gene drive » : une stratégie de modification génétique « transmissible » pour lutter contre le paludisme
Des chercheurs californiens viennent de produire des moustiques modifiés génétiquement par CRISPR/Cas9 pour résister au parasite responsable du paludisme et capables, contrairement aux règles d’héritabilité classique, de transmettre cette modification à près de 98% de leur descendance grâce à un mécanisme de copier-coller génétique (gene drive). [5] [6]. Si ces moustiques modifiés étaient relâchés dans la nature, ce gène de résistance pourrait envahir la population de moustiques sauvages en une dizaine de génération (une saison chez ces espèces) et avoir une incidence majeure sur ce vecteur de contamination [7]. Le paludisme est causé par des parasites du genre Plasmodium transmis par des moustiques infectés. Environ 650 000 personnes en meurent chaque année (rapport OMS de 2013), principalement sur le continent africain.

Si la modification génétique de moustiques pour lutter contre le paludisme est une piste à l’étude depuis plusieurs années (certaines études utilisent déjà CRISPR/Cas9 pour cela), la mise au point d’un mécanisme de conversion (gene drive) pour propager ces modifications au sein de la population sauvage au fil des générations est une avancée majeure [8].

Développé il y a quelques mois par le duo Valentino Gantz et Ethan Bier de l’University of California San Diego chez la mouche grâce à l’outil CRISPR/Cas9 [9], ce système permet de copier-coller le gène de résistance et le système de propagation au chromosome homologue. Lorsqu’un moustique modifié génétiquement (comportant le transgène de résistance à l’infection et ce gene drive), se reproduit avec un moustique non modifié (sauvage), la progéniture obtient une copie maternelle et une copie paternelle de chaque gène, soit un gène modifié et un sauvage dans ce cas. Le gene drive assure (grâce à un système CRISPR/Cas9) un copier-coller au niveau du gène non modifié et y insère le gène de résistance et la cassette de copier-coller, ce qui permet la transmission du mécanisme à l’intégralité de la génération suivante et l’installation progressive du transgène dans la population. Ce système pourrait ainsi conduire à l’immunisation, au fil des générations, de cette espèce de moustique face au parasite.

Des mécanismes de gene drive sont étudiés de longue date, de nombreux gènes présentant une fréquence de transmission supérieure à 50%, et la réflexion autour de l’ingénierie du gene drive n’est pas nouvelle [10]. La découverte et l’appropriation technique récente du système CRISPR/Cas9, qui permet une coupure précise de l’ADN chez virtuellement n’importe quelle espèce, fournit aujourd’hui l’outil moléculaire nécessaire à son développement concret.

Perspectives
Si ces recherches suscitent beaucoup d’espoirs, les scientifiques attirent l’attention sur le caractère irréversible de l’introduction de ces animaux au sein de populations sauvages et sur les conséquences écologiques imprévisibles qui pourraient en résulter. Par ailleurs, la population de moustiques sauvages présente une variabilité génétique bien plus importante que les modèles de laboratoire et la preuve de concept de cette approche ne garantit pas son efficacité ou sa stabilité à court et moyen terme. Des évènements naturels incontrôlables comme des mutations génétiques pourraient conduire à une perte de fonction du système.

Notons qu’en théorie, il est possible d’utiliser un nouveau transgène dont le gene drive reconnaîtrait la modification génétique précédente, pour la corriger [11]. Cette possibilité d’édition successive offre une piste de retour en arrière ou de mise à jour du système, mais soulève des questions concernant l’accès à ces technologies. Le flou juridique à l’échelle nationale et internationale concernant la régulation d’organismes génétiquement modifiés comportant un gene drive, est également mis en avant par les scientifiques [12].

Néanmoins, ces travaux constituent une réelle percée scientifique et technique et la preuve de concept de cette stratégie dans le cadre de la lutte contre le paludisme ouvre des perspectives extrêmement prometteuses en santé publique et dans le domaine agronomique, où cet outil pourrait être utilisé pour éditer les bases génétiques des résistances aux insecticides et aux pesticides [13]

Rédacteurs :
Flora Plessier, Attachée adjointe pour la Science et la Technologie, Atlanta, deputy-univ@ambascience-usa.org

Notes

[1] http://www.france-science.org/Les-nucleases-de-fabuleux-outils.html

[2] http://www.france-science.org/Modification-du-genome-humain-la.html

[3] https://www.genomeweb.com/gene-silencinggene-editing/bay-area-synthetic-biologist-looks-establish-crispr-diy-science

[4] http://www.france-science.org/Les-nucleases-de-fabuleux-outils.html

[5] http://universityofcalifornia.edu/news/uc-scientists-create-malaria-blocking-mosquitoes

[6] http://www.pnas.org/content/early/2015/11/18/1521077112.full.pdf

[7] http://www.nytimes.com/2015/11/24/science/gene-drive-mosquitoes-malaria.html

[8] http://www.technologyreview.com/news/543721/with-this-genetic-engineering-technology-theres-no-turning-back/

[9] http://www.sciencemag.org/content/348/6233/442.abstract?sid=f19d7067-2fa0-4930-bc25-d01f1d3dbdf0

[10] http://rspb.royalsocietypublishing.org/content/270/1518/921

[11] http://elifesciences.org/content/3/e03401.full

[12] http://www.sciencemag.org/content/345/6197/626.full

[13] http://elifesciences.org/content/3/e03401.full

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