Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 08:55

Chroniques de notre temps, pour le meilleur et pour le pire.

Samedi 14 novembre 2015

Vos guerres, nos morts


http://resisteralairdutemps.blogspot.fr/2015/11/vos-guerres-nos-morts.html

Ce sont les nôtres qui sont morts la nuit dernière.

À la terrasse d’un restaurant, dans un bar, dans la rue, dans une salle de concert.

Les nôtres.

Morts parce que des assassins ont décidé de frapper en plein Paris et de tirer dans la foule, avec pour objectif de faire le plus de victimes possible.

11h30. Sarkozy vient de déclarer : « Nous sommes en guerre ».


Pour une fois je suis d’accord avec lui. Ils sont en guerre.

Vous êtes en guerre, vous les Sarkozy, Hollande, Valls, Cameron, Netanyahou, Obama. Vous êtes en guerre, vous et vos alliés politiques, vous et vos amis patrons de multinationales.

Et vous nous avez entrainés là-dedans, sans nous demander notre avis.

Afghanistan, Iraq, Libye, Mali, Syrie… Nous n’avons pas toujours été très nombreux à protester. Nous n’avons pas suffisamment réussi à convaincre que ces expéditions militaires ne feraient qu’apporter toujours plus d’instabilité, de violences, de tragédies.

Là-bas, et ici.

Car la guerre n’a pas commencé hier soir. Et elle n’avait pas commencé en janvier lors des tueries de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher. Elle avait commencé bien avant.

En janvier, j’écrivais ce qui suit :

L’une des causes de la sidération qui a touché de larges secteurs de la population, y compris les cercles militants, est la (re-)découverte de cette vérité : oui, la France est en guerre. Une guerre qui ne dit pas toujours son nom, une guerre dont on discute peu dans les assemblées, dans les médias et plus généralement dans l’espace public, une guerre contre des ennemis pas toujours bien identifiés, une guerre asymétrique, mais une guerre tout de même. Les récentes tueries l’ont rappelé de manière brutale à qui l’ignorait, refusait de le voir ou l’avait oublié : la France est en guerre, la guerre fait des morts, et les morts ne se comptent pas toujours chez l’adversaire.

Contre qui la France est-elle en guerre ? Selon les discours et les périodes, contre le « terrorisme international », contre le « jihadisme », contre la « barbarie intégriste », etc. Ce texte n’a pas vocation à discuter de ces dénominations imprécises, des généralisations abusives qu’elles impliquent et des paradoxes qu’elles sous-tendent (alliances à géométrie variable, soutien à des régimes dont les politiques favorisent le développement des courants « jihadistes », participation à des interventions militaires qui renforcent ces courants, etc.). Il s’agit plutôt de souligner que la France a, en réalité, emboîté le pas aux États-Unis de George W. Bush dès septembre 2001 (guerre en Afghanistan, législation « antiterroriste ») et fait sienne, sans toutefois le dire, la rhétorique et la politique du « choc de civilisation ».

Voilà près de 14 ans que la France était en guerre sans l’assumer.

Aucune raison de modifier une ligne de cet extrait. Et dire cela, ce n’est pas manquer de respect aux victimes ou à leurs proches.

L’émotion, l’indignation et la douleur sont évidemment légitimes. Et les assassins qui ont bousillé des centaines, des milliers de vies hier soir, sont inexcusables.

12h. Daech vient de revendiquer. Évidemment. Eux aussi, ils sont en guerre.

D’après l’AFP, citant un témoin présent au Bataclan, l’un des assaillants aurait crié : « C’est la faute de Hollande, c’est la faute de votre président, il n’a pas à intervenir en Syrie ».

On peut fermer les yeux et se boucher les oreilles. Et se laisser enfumer par la rhétorique dépolitisante du « terrorisme aveugle », forcément inexplicable.

Mais les assassins de Paris ne sont pas des pauvres types irresponsables, « fous » ou manipulés par je-ne-sais-quels-services-secrets. On en saura plus dans les heures et les jours qui viennent, mais nul doute qu’ils auront un profil et un discours à peu près similaires à celui des Kouachi et de Coulibaly, à propos desquels, toujours en janvier, j’avais écrit ça :

Les tueurs ont un discours (voir leurs interviews et vidéos, dans lesquelles ils parlent de la Syrie, de l’Iraq, des offenses faites aux musulmans en France et dans le monde, etc.) ; un corpus théorique (voir notamment l'article publié par Mediapart) ; des références organisationnelles (État islamique, al-Qaeda dans la péninsule arabique).

(…) Ils se pensent, rationnellement, en guerre contre une certaine France, et ils se considèrent, rationnellement, en situation de légitime défense. En témoigne cette déclaration de Coulibaly dans sa vidéo posthume : « Vous attaquez le Califat, vous attaquez l’État islamique, on vous attaque. Vous ne pouvez pas attaquer et ne rien avoir en retour ».

Oui, Daech fait de la politique. Ce sont des assassins, mais ils font de la politique.

Et hier soir ils ont frappé fort, très fort.

Aveuglément ? Oui et non.

Oui, parce qu’ils s’en sont pris à des gens qui ne sont pas directement impliqués dans cette guerre, des gens dont le seul crime était d’être là, des gens qui auraient pu être ailleurs et être encore parmi nous aujourd’hui.

Non, parce que frapper de la sorte, c’est lancer un message : « Votre pays est en guerre contre nous, et tant que cette guerre durera, aucun d’entre vous ne sera en sécurité ».

Ils font de la politique. Détestable, mais de la politique.

Nous vivons dans un monde en guerre. La Russie, la France et les États-Unis bombardent la Syrie. L’Arabie Saoudite bombarde le Yémen. Les « opérations » françaises se poursuivent au Mali. Obama a annoncé que ses troupes ne quitteraient pas l’Afghanistan.

D’après le Haut Commissariat aux Réfugiés, il n’y a jamais eu autant de réfugiés et déplacés qu’aujourd’hui, et il n’y a aucune raison que les choses s’améliorent.

Le bilan, à l’heure actuelle, est de 128 morts. 128 morts de trop.

Le 13 novembre 2015, 128 morts.

128, c’est beaucoup. C’est effrayant.

C’est presque autant que la moyenne quotidienne des morts en Syrie depuis mars 2011.

Presque autant que la moyenne quotidienne, oui : 250.000 morts depuis mars 2011, ça fait presque 4500 morts par mois, soit près de 150 morts par jour.

Avis au prochain qui nous expliquera qu’il ne comprend pas pourquoi les Syriens fuient vers l’Europe : depuis plus de 4 ans et demi, c’est le 13 novembre tous les jours en Syrie. Et c’est votre nouvel allié Assad qui en porte la responsabilité première, en ayant réprimé sauvagement un soulèvement alors pacifique.

Nous vivons dans un monde en guerre. Et cela permet à certains de faire des affaires.

Edito.
Le 15 novembre 2015

Du 7 janvier (Charlie) à ce 13 novembre,
le toujours plus monstrueux jeu en miroir et en boomerang des terroristes et du gouverneme
nt

Les attentats horribles qui ont eu lieu à Paris vendredi soir, faisant plus de 120 morts, des dizaines de blessés, cette violence aveugle, suscitent la révolte et l'indignation. Le NPA les partage et exprime sa solidarité aux victimes, à leurs proches. Ce drame est d'autant plus révoltant qu'il frappe des victimes innocentes, que les attaques meurtrières visaient la population.
Cette barbarie abjecte en plein Paris répond à la violence tout aussi aveugle et encore plus meurtrière des bombardements perpétrés par l'aviation française en Syrie suite aux décisions de François Hollande et de son gouvernement.
La barbarie impérialiste et la barbarie islamiste se nourrissent mutuellement. Et cela pour le contrôle des sources d'approvisionnement en pétrole. (Leurs guerres, nos morts: la barbarie impérialiste engendre celle du terrorisme)
Protégés par nos frontières, notre confort et nos cafés parisiens, nous n’avons pas souvent l’occasion d’être confrontés à la violence ressentie par les populations de pays soumis à des guerres ou des régimes dictatoriaux soutenus ou financés par les puissances occidentales. L’ère post-coloniale reste structurée par un racisme aussi profond qu’inconscient à l’égard de peuples laissés à l’abandon ou soumis au pillage. Un racisme qui n’a certes plus grand chose à voir avec celui de Gobineau, et qui se nourrit plutôt de rapports de force économiques, mais qui établit de manière tout aussi inébranlable qu’il existe deux humanités, celle qui compte et celle qui ne compte pas. Une division que nous reproduisons au sein même de nos pays, à l’encontre des habitants des quartiers défavorisés, citoyens de seconde zone qui perpétuent la stigmatisation des “classes dangereuses”. Non, tout le monde ne vit pas dans la liberté, l’égalité et la fraternité dans notre République.
On peut se rassurer en s’affichant en bleu-blanc-rouge sur Facebook ou en chantant la Marseillaise. On peut se contenter de penser que le terrorisme nous place face à l’incompréhensible et à l’irrationnel. Mais l’exemple israélien nous montre que nous continuerons longtemps à dessiner des larmes sur le profil de Marianne tant que nous choisirons de croire que nous n’y sommes pour rien, et qu’il n’y a rien à changer dans notre merveilleux modèle, dont on s’étonne qu’il ait cessé de séduire les jeunes des banlieues. L’égalité et la fraternité ne se construisent pas avec des barbelés et des bombes, mais avec le droit et la prospérité. Le jour où la République retrouvera le chemin de ses principes fondateurs, alors seulement nous pourrons regarder s’éteindre le terrorisme. (Dépasser Charlie)
La réaction du gouvernement et d’une grande partie du personnel politique, voire syndical, est d’en appeler à l’Union nationale, de convaincre chacune de rester chez soi, d’exprimer sa compassion et sa solidarité avec les victimes par des actions individuelles, bougies aux fenêtres ou messages sur Facebook. Pour les laisser mener leur politique guerrière, il faudrait ne pas « faire de politique », refuser toute discussion ou action politique.
Eh bien non, nous n’arrêterons pas de « faire de la politique », car nous pensons vital de ne pas laisser la politique à ceux qui sont les responsables de cette situation de pourrissement. Pour que ce genre d’événements ne se reproduise pas, il nous faut exprimer cette « politique des opprimés » qu’évoquait le regretté Daniel Bensaïd, à mille lieues de la politique des fauteurs de guerre et des marchands d’armes, qui prétendent défendre la « civilisation » mais n’hésitent pas s’allier avec les régimes les plus oppressifs (de l’Arabie Saoudite à Israël en passant par le Tchad). Notre compassion doit pouvoir s’exprimer autrement que par des discours et des actes individuels, prendre une forme collective et fraternelle affirmant la solidarité avec les victimes et le refus de la guerre, de l’autoritarisme et du racisme. Nous rassembler aussi largement que possible sur ce thème, et au plus tôt, est une nécessité pour combattre les tentations autoritaires, les discours va-t-en-guerre et les dérives racistes qui se multiplient dans le camp des dominants. (Attentats : pourquoi il faut agir et discuter politique)

Partager cet article

Repost 0

commentaires

  • : Le blog des empêcheurs de tourner en rond
  • Contact

                                                           
Vous êtes ici dans une 
ZONE HORS AGCS et SANS OGM


Petit mémo : L’AGCS, Accord Général sur le Commerce des Services est un accord signé lors de la création de  l’OMC (organisation mondiale du commerce) en 1994. Il vise à libéraliser progressivement tous les services des états membres : éducation, santé, culture, recherche…ainsi que l’énergie et l’environnement. Tous les aspects de nos vies sont mis à la vente. Les besoins de l’être humain et toutes formes d’activité humaines sont redéfinis comme des services commercialisables.

Rechercher

contact