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1 novembre 2015 7 01 /11 /novembre /2015 05:51

L'écrivain Boualem Sansal évincé du Prix Goncourt pour ses Pensées

Boualem Sansal

Pressenti grand favori de la critique et du public, en Septembre, Boualem Sansal se retrouve subitement éliminé de la course finale pour ne plus faire partie du quatuor de tête au prix Goncourt 2015.

Après la désillusion Kamel Daoud, en 2014, les francophones algériens se retrouvent encore une fois hors-piste. Si dans le fond le jury est souverain dans ses décisions, la forme prise par l’éviction de notre Boualem national soulève un tollé de désapprobation parmi ses nombreux admirateurs. Désapprobation qui se justifie amplement quand on sait que la seule raison invoquée par le Jury, telle que rapportée par la presse, pour expliquer cette éviction précoce est que "certains académiciens jugeaient sa fable politico-religieuse féroce et islamophobe". Qui oserait dire que politique, religion, et institutions académiques ne font pas bon ménage ? Il ne reste plus qu’à "re" faire diriger le monde par le Vatican ou la Mecque !

C’est à se demander à travers quel prisme, la lecture de "2084, la fin du monde" peut bien se transformer en une telle distorsion d’appréciation ! L’œuvre est tissée sur des effluves d’une fable qui décrit un monde soumis à une lourde chape d’intolérance qui ne laisse aux individus pas la moindre parcelle de liberté. Un monde dans lequel chaque fait et geste est soumis à une surveillance stricte dérivant d’une codification divine qui ne tolère aucun écart, surtout pas quand il est susurré par une pensée indépendante et un entendement individuels. C’est cela l’Abistan de 2084, un pays dans lequel oser ne pas se fondre dans la masse obéissante est synonyme de suicide. Bien évidemment, on peut s’amuser à dresser des parallèles entre ces textes tombés du ciel et certaines formules énoncées par Abi, comme la profession de foi. "Il n’y de dieu que Yölah et Abi est son Délégué" ou certains passages où il est question de versets, du style : "Gardez-vous de fermer l’œil et de vous assoupir, c’est cela qu’attend l’Ennemi. Faites-lui une guerre totale, n’épargnez ni vos forces ni celles de vos enfants, qu’il ne connaisse jamais le repos ni la joie, ni l’espoir de rentrer vivant chez lui", qui ne sont pas sans rappeler les injonctions que l’on peut trouver dans toutes les écritures sacrées, que ce soit dans la Bible, la Torah ou le Coran, mais de là à taxer son auteur d’islamophobe est un raccourci bien léger, surtout venant de la part d’académiciens prestigieux.

Construire une fable qui se veut d’éveil et de mise en garde contre ces préceptes irrationnels attribués au créateur de l’univers (à supposer qu’il existe) et qui traversent les temps et les époques sans montrer le moindre signe d’essoufflement, et au nom desquels des hommes assassinent, détruisent et s’entretuent, cela est-il suffisant pour attribuer à son auteur des qualificatifs inopportuns que lui-même réfute ? Dans la plupart de ses interviews, Boualem Sansal se définit, comme nous tous, "islamistophobe" et jamais islamophobe, et tel terme utilisé à son égard relève d’une diversion bien fâcheuse, à tel rang de culture. Si au niveau même de l’académie Goncourt, on verse dans l’amalgame et la confusion au regard du combat contre l’intégrisme en le confondant artificiellement avec l’islamophobie stérile telle que prônée par le Front National, alors il ne faut pas s’étonner de la montée en puissance de la famille Le Pen en France et du Daesh en Syrie, en Iraq et bientôt aux portes de l’Europe, en Turquie.

Il eut été bien plus sage que les honorables membres de l’académie Goncourt procèdent à leurs sélections sans laisser filtrer des jugements qui sortent d’un cadre académique strict pour dépasser celui d’une politique partisane et rentrer dans le monde obscurantiste de la religion ! Et si pour Bernard Pivot, le président du jury, le fait que la sélection finale ait lieu à Tunis, cette ville frappée par le terrorisme aveugle, celui-là même dont l’idéologie est dénoncée dans "2084, la fin du monde", est "un acte symbolique et démocratique", il est permis de surenchérir suivant la même ligne argumentaire en martelant le fait que l’éviction précoce de Boualem Sansal, pour les raisons évoquées par la presse, représente un acte à contre-courant de cette prétendue symbolique, en plus de porter un coup de couteau dans le dos de tous ceux, à travers le monde, qui dénoncent, à visage découvert, le terrorisme islamiste aveugle. Cabu et ses confrères de la tragédie Charlie-Hebdo doivent se retourner dans leurs tombes !

Pourtant, Boualem Sansal n’espérait ce prix que pour que sa voix puisse porter davantage en s’amplifiant de quelques décibels, avec l’idée de pouvoir contrecarrer davantage la poussée islamiste. Espérer étouffer une telle voix lucide en la taxant d’islamophobe, c’est comme essayer de discréditer Voltaire dont le combat contre les obscurantismes semés par moult fainéants sacrés a donné à La France cette lumière et ce génie qui continuent d’éclairer le monde, des siècles plus tard !

Il se murmurait, l’an dernier que Tahar Bendjelloun avait fait pencher la balance du Jury Goncourt contre Kamel Daoud, dans le seul but de rester dans l’Histoire comme l’unique Maghrébin "Goncourtisé". Il est pour le moins inconvenant que l’éviction du seul Maghrébin en course soit annoncée de Tunis, cette ville martyrisée par la pensée extrémiste, celle-là même que décrit remarquablement Boualem Sansal dans 2084, sous forme de fable et de message de mise en garde superbement démonstratif que les honorables académiciens déforment en attribuant à son auteur une position diamétralement opposée à celle qu’il a toujours défendu !

Nous savions le sport pollué par la finance et la politique, mais que les belles-lettres le soient par la religion, au point de transformer des académiciens prestigieux en gardiens de la pensée, est un signe de détérioration inéluctable de la santé intellectuelle de la lignée humaine !

Kacem Madani

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