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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 08:46

http://www.challenges.fr/entreprise/20150930.CHA9972/alain-juppe-accuse-la-sncf-de-saboter-la-lgv-sud-europe-atlantique.html

Alain Juppé accuse la SNCF de saboter la LGV Sud Europe Atlantique

Par Grégoire Pinson

Publié le 30-09-2015

EXCLUSIF Le maire de Bordeaux estime que la SNCF propose une "desserte au rabais" sur la ligne à grande vitesse qui reliera sa ville à Paris, en 2017. Il vient d’écrire à Valls pour faire pression sur Guillaume Pepy.

Haro sur la SNCF ! Alain Juppé vient d’adresser ce 28 septembre une lettre à Manuel Valls, particulièrement sévère à l’encontre de la compagnie ferroviaire. Le document, obtenu par Challenges, est également destiné à Ségolène Royal(Ecologie) et Alain Vidalies (Transport). Le maire de Bordeaux y accuse la SNCF de saboter la future ligne à grande vitesse (LGV) qui placera Paris à deux heures de sa ville dès juin 2017. Il estime que la rotation des trains proposée par Guillaume Pepy, patron de la compagnie ferroviaire, est "tout à fait insuffisante". Et sans rapport avec l’investissement de 8 milliards consentie pour cette LGV.

Au dernier pointage, la desserte se limiterait à 13 allers-retours quotidiens directs, "quand Rennes Métropole bénéficiera, en 2017, de 14 trains rapides pour une population inférieure de 40% à celle de la métropole bordelaise". Les dessertes directes de Lille et Lyon sont, elles, "supérieures de 40% et 60% à celle proposée pour Bordeaux, et en outre complétées par une dizaine de liaisons directes avec l’Ile-de-France et l’aéroport Charles de Gaulle", relève Alain Juppé, calculette à la main. "Les collectivités territoriales comme les contribuables, entreprises et ménages ne comprendraient pas que l’effort d’investissement qui leur est demandé se solde par une desserte au rabais", conclue-t-il.

Le maire de Bordeaux est bien plus ambitieux : il exige "la mise en place d’une vraie navette, c’est-à-dire d’un train direct à l’heure et, en pointe, à la demi-heure, soit 19 allers-retours directs". Pour y parvenir, le candidat potentiel à la présidentielle de 2017 sollicite "l’arbitrage" de Manuel Valls. Il l’incite notamment à agiter une menace sous le nez de la SNCF: "l’expérimentation sur cette ligne de l’ouverture de la ligne à la concurrence", telle que la prévoit l’Union européenne.

Cette sortie de l’ex-Premier ministre de Jacques Chirac n’est pas dénuée de calculs. L’approche des élections régionales l’incite sans aucun doute à soigner les conditions de transport de ses administrés. D’autres responsables politiques locaux de droite doivent d’ailleurs se joindre à cette attaque en règle contre la SNCF dans les prochains jours. Ils n’épargneront pas le gouvernement, en soulevant cette interrogation: quel sens y-a-t-il à promettre, comme l’a fait Matignon ce week-end, le prolongement de la ligne Paris-Bordeaux jusqu’à Dax et Toulouse, si le tronçon précédent ne trouve pas son rythme de croisière?

Le sujet déborde toutefois les strictes manœuvres politiciennes. Alain Rousset, président PS de la région Aquitaine, aurait ainsi hésité à s’associer à la lettre d’Alain Juppé – avant de décliner, afin de ne pas perturber le clivage droite-gauche qui structure la campagne pour les régionales. En outre, les responsables politiques ne sont pas les seuls inquiets. Le consortium chargé de la réalisation et de la future exploitation de la ligne (Vinci, la Caisse des dépôts, Meridiam et Ardian) s’apprête lui aussi à tirer le signal d’alarme. L’équilibre financier du projet serait intenable avec le peu de trains programmés par la SNCF. Les péages que cette dernière sera amenée à payer seront insuffisants si le trafic se limite, comme annoncé, à 36 allers-retours par jour, toutes destinations confondues… contre 37 aller-retours quotidiens aujourd’hui ! Résultat : selon nos informations, les banques qui financent le consortium (dont la Société Générale) craignent la faillite pure et simple du projet. Elles menacent de couper leurs financements, ce qui mettrait, pour le coup, le projet en péril immédiat.

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