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12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 07:40

Falciani, affabulateur ou héros? La justice suisse tranchera

Secret bancaire
Le procès de l’ex-informaticien de HSBC s’ouvre aujourd’hui. L’homme se présente comme un lanceur d’alerte.

Par Lucie Monnat 11.10.2015

Trois semaines après l’enterrement définitif du secret bancaire par le parlement, le Tribunal pénal fédéral (TPF) de Bellinzone s’apprête à juger Hervé Falciani. L’ancien employé de la filiale suisse de HSBC à Genève, est accusé d’espionnage économique aggravé, de soustraction de données et de violation du secret commercial et bancaire. L’homme est à l’origine d’une affaire hors-norme, qui a participé à la mort du secret bancaire suisse.

Tout commence en 2006, à Genève. Hervé Falciani, de nationalité franco-italienne, travaille au service informatique de la banque HSBC. Il a obtenu la même année un master en exploration de données à l’Université de Nice. La banque le charge d’améliorer le système de sécurité protégeant sa base de données. Il en profitera pour voler les fichiers des clients.

14 000 fichiers divulgués

Selon l’acte d’accusation du Ministère public de la Confédération (MPC), Hervé Falciani a, sous l’identité créée de «Ruben Al-Chidiak», «profité de ses connaissances» pour déchiffrer les données cryptées fournies par la direction dans le cadre de sa mission et de les avoir diffusées à des tiers dans le simple but de s’enrichir.»

En tout, plus de 13 619 fichiers ont été divulgués, soit 75% des comptes ouverts auprès de la banque HSBC à fin 2006. Suite à cette fuite gigantesque, la Suisse a reçu des demandes d’informations émanant notamment de la France, de l’Inde, de l’Espagne, d’Italie, de la Belgique ou encore de la Grèce.

Dans les onze pages de l’acte d’accusation, les agissements de Falciani sont considérés comme un «cas aggravé au vu de l’ampleur des renseignements économiques en cause, de la durée de l’activité criminelle, de l’implication de nombreux services étatiques étrangers ainsi que de la valeur des secrets trahis qui s’est traduite pour la Suisse par des crises diplomatiques et des pressions de la part d’Etats tiers sur le secret bancaire.» La charge est lourde!

Un vrai polar

Espionnage économique ou dénonciation des pratiques obscures de la banque? Depuis sa médiatisation en 2008, Hervé Falciani divise. Sa tendance à changer son histoire à chaque interview a rendu la presse méfiante. La version définitive des faits, relatée dans le livre Séisme sur la planète finance. Au cœur du scandale HSBC, publié en avril dernier, semble davantage tenir du roman d’espionnage inventif que de l’autobiographie.

En 2004, alors qu’il est employé au Casino de Monaco, Hervé Falciani est contacté par une organisation secrète, peut-on lire. Sa mission: investir la filiale suisse de HSBC dans le but de dévoiler ses agissements, notamment en matière de blanchiment d’argent et d’évasion fiscale.

Engagé par la banque, l’informaticien mène à bien sa mission, dirigeant secrètement les membres de l’organisation infiltrés. Une fois les preuves et données récoltées, Hervé Falciani part au Liban pour les fournir à plusieurs banquiers, libanais, allemands, italiens ou encore français.

Fuite en France

A la veille de Noël 2008, Hervé Falciani est interrogé par la justice suisse. Relâché, il en profite pour fuir en France, aidé par «ses amis du réseau», qui «savaient déjà tout». Il entre alors en contact avec le fisc français pour lui proposer ses données. A partir de là, la France le met sous protection policière. En 2009, lorsque l’affaire est rendue publique, les demandes des Etats dont les ressortissants sont concernés par les informations affluent auprès des autorités françaises, qui répondent à la plupart des demandes.

Tout ça faisait partie du plan du «réseau». HSBC a payé 18 millions pour racheter ses actions frauduleuses auprès de la justice suisse. Hervé Falciani, lui, se présente depuis comme le porte-drapeau des lanceurs d’alertes, défiant les «maîtres du monde» et œuvrant pour une meilleure protection de personnes dans sa situation.

Il se décrit comme un homme courageux. «Je n’avais aucune intention de disparaître. Je voulais au contraire lutter en plein jour, écrit-il, évoquant son premier passage à la télévision française en décembre 2009. Je pouvais enfin raconter ce que j’avais vu et expliquer que les choses pouvaient changer.»

A la justice de discerner le vrai du faux. Persuadé qu’il n’aura pas le droit à un procès équitable, Hervé Falciani a déjà annoncé qu’il ne se rendrait pas à Bellinzone, où il risque d’être arrêté. Il reste donc en France, pays qui n’extrade pas ses ressortissants. Le TPF pourrait ajourner la séance et reconvoquer Hervé Falciani. Compte tenu de son intention annoncée publiquement de faire faux bond, la Cour pourrait aussi décider de le juger par défaut dès aujourd’hui. (24 heures)

Dernière minute

SwissLeaks: le procès d'Hervé Falciani ajourné en son absence

Publié le lundi 12 octobre 2015

Le procès en Suisse d'Hervé Falciani, l'ex-informaticien franco-italien de la banque HSBC-Suisse accusé d'espionnage économique, s'est ouvert lundi mais a été aussitôt ajourné en l'absence de l'accusé, qui s'est toujours posé en "lanceur d'alerte".

Sans surprise, Hervé Falciani, qui avait annoncé qu'il n'assisterait pas à son procès, ne s'est pas présenté à l'ouverture des débats au tribunal pénal fédéral de Bellinzone, dans le sud de la Suisse.

La cour a donc décidé de suivre la réquisition du procureur Carlo Buletti, en reportant le procès au 2 novembre.

Selon les règles légales, si M. Falciani, ne vient pas à cette nouvelle convocation, le tribunal devra le juger par défaut.

RELIRE. >> Hervé Falciani à Cannes: "Je survis... mais pas grâce à la France"

"Monsieur Falciani a déclaré ne pas vouloir se rendre en Suisse pour son procès, avec ou sans 'sauf conduit'. C'est son choix", a expliqué son avocat, Marc Henzelin.

Hervé Falciani est poursuivi par le procureur général de la Confédération "pour soustraction de données, service de renseignements économiques, violation du secret commercial et violation du secret bancaire".

RELIRE. >> Les Alpes-Maritimes, 3e département le plus représenté dans "SwissLeaks"

Concrètement, le procureur lui reproche "d'avoir, de 2006 à 2008, copié des données bancaires de son employeur", qui était alors la banque HSBC à Genève, "pour ensuite, de 2008 à 2014, les rendre accessibles à des entreprises privées et à des organismes publics de plusieurs pays", dont les autorités fiscales françaises.

Selon l'acte d'accusation, Hervé Falciani a, sous l'identité créée de Ruben Al-Chidiak, profité de ses connaissances pour déchiffrer les données de la banque et les diffuser à des tiers dans le but de s'enrichir.

"Snowden de la fraude fiscale"

Le parcours d'Hervé Falciani, surnommé par la presse le "Snowden de la fraude fiscale" est digne d'un roman d'espionnage.

Il avait commencé comme employé de casino à Monaco au début des années 90, puis est devenu informaticien de la banque HSBC en 2000, d'abord à Monaco, puis à Genève en 2006.

Ses révélations ont permis de découvrir des milliers d'évadés fiscaux dans le monde.

Parmi les riches contribuables rattrapés par la justice grâce aux listes Falciani, figure Arlette Ricci, 73 ans, héritière des parfums Nina Ricci.

Ou encore le banquier Emilio Bottin, qui avait été condamné à payer 299 millions d'euros au fisc espagnol.

En juin dernier, HSBC a versé 40 millions de francs aux autorités genevoises, mettant ainsi, sans procès, un terme à la procédure pour blanchiment aggravé lancée le 18 février dernier contre elle.

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