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7 août 2015 5 07 /08 /août /2015 09:46

)Revenu de base inconditionnel

Revenu de base: la Finlande, fer de lance européen?

MERCREDI 05 AOûT 2015

SOCIETE - Le gouvernement finlandais réfléchit à introduire une allocation universelle.
Un projet pilote pourrait être lancé.

Première européenne. Arrivée au pouvoir en avril dernier, la coalition de centre-droit finlandaise a annoncé, début juillet, vouloir tenter l’expérience d’un revenu de base inconditionnel. Le débat sur son montant, sa mise en œuvre et son financement doit avoir lieu. Il s’annonce ardu. Certains parlementaires demandent que le revenu soit attribué sous condition (de recherche de travail notamment), d’autres s’opposent totalement à l’idée.
En attendant, le Premier ministre centriste Juha Sipilä a mandaté un think tank pour réfléchir à la question. Celui-ci propose de mener une expérience sur deux ans avec huit mille individus âgés de 18 à 62 ans. Ils pourraient recevoir une somme comprise entre 400 et 700 euros mensuels, un montant soutenu par les Verts et l’Alliance de gauche même si certains parlementaires libéraux ont d’ores et déjà fait savoir qu’ils trouvaient la somme insuffisante et préconisent 850 à 1000 euros. Le Premier ministre devra convaincre la majorité du Parlement s’il entend mener à bien l’expérience.

La Finlande peut s’appuyer sur de nombreux exemples
Quoique peu connues, les expériences à travers le monde ne manquent pas. De même que les résultats positifs en termes économiques, de progrès social ou de réalisation de soi.
En 2011, un projet pilote de dix-huit mois étendu à six mille personnes, citadins comme habitants des campagnes, riches comme pauvres, s’est déroulé en Inde. Les adultes recevaient entre 200 et 300 roupies (entre trois et quatre euros) mensuelles et les enfants la moitié. Une somme conséquente en regard des subventions alimentaires et programmes de lutte contre le chômage dont les plus démunis bénéficient peu, en raison de la corruption omniprésente. Soutenu par l’Unicef et par la Self-Employed Women’s Association (SEWA), ce projet a donné lieu à des retombées encourageantes pour les plus pauvres avant tout. De nombreux ménages ont utilisé leur argent pour améliorer l’hygiène de leur logement. Beaucoup se sont dirigés vers les marchés de produits frais, au lieu de poursuivre leurs achats dans les magasins de rationnement. Des progrès significatifs en termes de santé, notamment chez les enfants, ont été enregistrés. Autre observation: avec un confort matériel et un accès aux transports accrus, les familles ont pu se permettre d’offrir de meilleures conditions d’apprentissage à leurs enfants. Parallèlement, les adultes ont abandonné les travaux forcés dont dépendait leur subsistance, tout en augmentant leur temps de travail indépendant (commerce ou agriculture, par exemple). Finalement, possédant des liquidités, les ménages sont parvenus à freiner leur endettement et à ne plus recourir aux services des prêteurs.
Une expérience similaire s’est tenue à Otjivero, un petit village pauvre de Namibie comptant mille habitants. Entre 2008 et 2009, sous l’impulsion de l’évêque luthérien Zephania Kameeta, désormais Ministre namibien de la lutte contre la pauvreté, l’expérience d’un revenu inconditionnel a sorti le village de la précarité, augmentant sensiblement le niveau et la qualité de vie de ses habitants.
Plus qu’une expérience, l’Alaska possède, elle, un véritable revenu de base depuis les années 1980. Les Alaskiens empochent, en complément des prestations sociales existantes, une partie des dividendes rapportés par l’extraction et le commerce du pétrole de la région. L’Alaska Permanent Fund Dividend varie, selon les années, entre 800 et 1800 dollars annuels. Un pic à plus de 3200 dollars a été enregistré en 2008. Bien que calqué sur le modèle d’une allocation universelle, ce dividende ne couvre pas totalement les besoins vitaux. Il peut dès lors être qualifié d’aide sociale supplémentaire, toutefois très bénéfique pour les régions rurales qui souffrent du chômage.

L’engouement européen
En Europe, l’idée d’un revenu universel fait son chemin: les partis verts anglais et gallois l’ont inscrit dans leur programme. Le parti d’opposition irlandais Fianna Fail a récemment fait de même avec une proposition concrète à 230 euros par semaine. A Utrecht, aux Pays-bas, un projet pilote est sur le point de démarrer, alors que trente autres municipalités du pays souhaitent également entamer des expériences similaires. En Espagne, le parti Podemos défend l’idée d’une allocation universelle dans son programme. Une initiative en faveur du revenu de base avait d’ailleurs été lancée en 2014, sans parvenir à recueillir suffisamment de signatures.

Le problème du financement
Les projets pilotes, limités dans le temps et en nombre de bénéficiaires, n’ont pas de peine à être financés (par les autorités, associations, organisations non-gouvernementales et même par le financement participatif). C’est plutôt la mise en œuvre à l’échelle d’un Etat tout entier qui pose problème. L’idée d’allocation universelle provoque systématiquement des levées de boucliers en raison des incertitudes planant sur son financement et le risque pointé du doigt, par les syndicats notamment, de baisses des salaires ou de maintien de pans entiers de la population à l’écart du marché de l’emploi. Pour y parvenir, ses partisans proposent de combiner plusieurs mesures: supprimer les prestations sociales (par exemple rentes AVS/AI, allocations perte de gain, assurances chômage, allocations familiales, bourses d’études, etc.) jusqu’à concurrence du montant du revenu de base, relever la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), le montant des impôts ou encore introduire une taxe sur le coût écologique ou sur les transactions financières. Ralph Kundig, président du Basic Income Earth Network (BIEN)-Suisse, estime que tous les pays du monde ont la capacité théorique de convertir leur produit intérieur brut en revenu de base, même si les méthodes de financement dépendent de l’organisation économique et fiscale de chaque pays.

Et la Suisse?
La Suisse pourrait-elle prétendre être championne en matière d’allocation universelle? L’initiative lancée en 2012 «Pour un revenu de base inconditionnel» (RBI) a recueilli 126 000 signatures. Elle sera soumise au vote populaire en automne 2016. La nouvelle a fait le tour du monde et relancé les débats jusqu’aux Etats-Unis, selon M. Kundig. Et ce, même si l’article constitutionnel proposé au vote reste flou, n’articule ni chiffres ni méthode de financement, privilégiant une adoption de principe. «Il ne faut pas se faire d’illusions, les changements sociaux dans notre pays n’ont jamais été des cassures nettes, mais plutôt le fruit de consensus. Qu’elle soit acceptée ou non, l’initiative aura le mérite d’avoir créé le débat, car plus le principe est compris, moins les gens émettent de réserves», explique M. Kundig.
Les initiants ont toutefois publiquement estimé à 2500 francs pour les adultes et à 625 francs pour les enfants le montant du revenu de base, un chiffre calculé en fonction du seuil de pauvreté. L’allocation universelle serait alors financée par la suppression des prestations sociales jusqu’à concurrence du montant du revenu de base, par l’impôt, la TVA ou encore par la cotisation des employeurs.
Dans le cas de la Suisse, comme dans celui de la Finlande, la route est, somme toute, encore longue: «L’introduction d’un RBI en Suisse ne se fera pas du jour au lendemain, mais plutôt graduellement et par tranches de population», conclut M. Kundig.I

Le revenu de base sera représenté à Alternatiba Léman

Le revenu de base inconditionnel (RBI) aura sa place dans le cadre d’Alternatiba avec un stand tenu par le Réseau mondial pour un revenu de base-section Suisse (BIEN-Suisse) et une conférence.
Ralph Kundig, président de BIEN-Suisse, estime que le débat sur le revenu de base s’inscrit, tout comme Alternatiba, dans une logique de transition: «L’allocation universelle soutient les idées de dignité de chacun, de partage du bien commun et de réduction des inégalités sociales. Elle encourage également les activités bénévoles, les échanges gratuits et l’économie locale.» Plus encore, il affirme que le revenu de base est éco-responsable: «Les individus qui décideraient de travailler moins, parce qu’ils toucheraient un revenu de base, consommeraient moins. Ils seraient aussi libérés de la contrainte d’avoir à travailler pour subsister, au service d’industries inéquitables, malsaines ou polluantes. Parmi eux, certains prendraient le temps de penser voire de s’engager de manière citoyenne ou politique.» FED

In-justification première.legrandsoir.info

Travailler plus, pour gagner plus…

4 août 2015

Luca V. BAGIELLA

L’autre jour, à un souper d’amis, on me disait qu’il était normal et juste qu’un entrepreneur gagne plus qu’un simple employé. Sur le moment, je dois l’avouer, je ne sus répondre tellement la sentence avait l’air logique et correcte. Cependant, il y a quelque chose qui sonnait faux et qui allait engager chez moi, dès mon retour, une réflexion. Une réflexion d’autant plus importante qu’elle avait trait à une des justifications centrales de la politique des inégalités.

C’est vrai, il est normal et juste qu’une personne qui travaille plus pour la collectivité perçoive une reconnaissance qui soit au niveau de l’effort qu’elle a fourni. Le fait est que les formes de reconnaissance à l’intérieur de notre environnement socioéconomique actuel sont réduites le plus souvent à l’argent. En fait, on peut dire que le monopole de l’argent et des échanges monnayés sur les autres formes de reconnaissance – comme, par exemple, le remerciement, le regard empli de gratitude ou l’échange de service – a pris une importance considérable dans les relations humaines et sociales. Or, que l’argent soit le moyen générique qui a été choisi par l’humain pour ses échanges n’est pas un problème en soi. En revanche, cela serait une erreur de ne voir en l’argent qu’un moyen ou même une finalité, car il est surtout, en dernière analyse, un pouvoir. Un pouvoir de faire travailler l’autre pour moi. Dès lors, on comprend que le « gagner plus » n’est pas neutre socialement. Il fait référence à une certaine hiérarchie économique où il y a des dominants et des dominés quand bien même nous ne pouvons plus les identifier en tant que classe sociale. Alors que le pouvoir de l’argent bouge sans cesse faisant croire à une démocratie, le pouvoir des positions et l’idéologie des possédants au-dessus des moins-possédants restent identiques à eux-mêmes. Il faut absolument maintenir le consommateur dans la croyance en sa souveraineté pour effacer sa position d’employé subalterne, pour effacer sa domestication économique.

Par conséquent, le reproche que j’avais envie de faire à cette personne c’est que nul n’a demandé à l’entrepreneur ou à quiconque de travailler plus ! Certes, il en a le droit en tant que sujet libre, mais il ne peut pas, sur une motivation qui est tout de même la sienne, exiger de l’autre une reconnaissance qui, comme je l’ai expliqué, dépossèdera celui-ci d’un pouvoir qui devrait être partagé et collectif ; d’un pouvoir qui, s’il n’existait pas, pourrait être l’« organisation mutuelle des citoyens polyvalents et responsables ».

À ce stade de la réflexion, il n’est peut-être pas inutile d’inviter le lecteur à songer à ce qui est nécessaire pour l’homme à sa survie. C’est vrai : pourquoi devrions-nous travailler plus, alors que tout semble indiquer – que cela soit écologiquement (les ressources), socialement (le chômage) ou même subjectivement (le sens) – qu’il serait préférable, au contraire, que l’on travaille moins et que l’on dédie, par conséquent, plus de temps à l’organisation mutuelle ? De plus, avons-nous véritablement besoin de toutes ces choses ? N’y a-t-il pas dans cette frénésie de l’entrepreneuriat l’arrogance à peine déguisée de celui qui veut profiter des autres tout en les méprisant par le pouvoir qu’il s’autorise sur eux ? Ne faudrait-il pas que cela soit justement l’entrepreneur – qui n’a encore rien, mais qui va vers le « tout » – qui dirige son travail sur le sens profond de son engagement envers les autres et envers lui-même ?

Quant au « gagner plus », il fait sens, mais seulement à l’intérieur de notre propre enfermement économique et spirituel. De la même manière, je me demande : pourquoi faudrait-il que l’employé gagne moins, alors qu’il participe également à l’effort collectif ? Certes, l’entrepreneur, ou celui qui est devenu riche pourra toujours se défendre en évoquant son sacrifice passé et sa responsabilité présente. Mais a-t-il pris la peine de s’arrêter un moment dans son effort pour s’interroger sur le pourquoi de cette course ? Je ne suis pas en train de dire que son sacrifice ne sert à rien ; au contraire, je crois qu’il sert mais pas au bon endroit. Quant à la question de la responsabilité, cela pourrait véritablement être le thème d’un prochain article.

Finalement, une dernière question reste en suspend et c’est peut-être la plus importante : dans un monde qui promet chaque jour la pauvreté et l’exclusion, l’individu a-t-il vraiment la possibilité de ne pas se soumettre à la règle de la concurrence et de la marchandise ?

© Luca V. Bagiella *

Doctorant en philosophie politique et sciences sociales

* À paraître en fin d’année : Narcissisme-critique aux éditions Hélice Hélas.

URL de cet article 29003
http://www.legrandsoir.info/travailler-plus-pour-gagner-plus.html

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