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18 août 2015 2 18 /08 /août /2015 07:15

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A propos de l’Union européenne….

C’est avec plaisir que je publie cette analyse de Frédéric Viale, compagnon de multiples luttes communes.

Pour une nouvelle stratégie d’Attac

Contribution de Frédéric VIALE

Juillet-2015 : l’imposition à la Grèce de la continuation d’une politique austéritaire dont elle ne voulait pas par les membres de l’eurogroupe est une leçon de choses politique, et il est bon que Attac, membre du mouvement social, sache en tirer les conséquences. L’action, les objectifs, le discours même de l’association doivent tenir compte de la réalité qui s’impose à elle. C’est bien le fondement de notre vivre-ensemble, la démocratie, qui est massivement attaqué. Cela n’est pas nouveau mais apparaît désormais de manière si éclatante que nous ne pouvons pas continuer comme s’il ne s’était rien passé.

La « crise grecque » n’est pas une crise, et elle n’est pas grecque.

La crise de juillet 2015 n’est pas une crise, car elle ne constitue en rien une rupture. Simplement, les évènements de juillet de cette année montre l’Union européenne telle qu’elle est vraiment : une machine à punir, anti-démocratique, conçue pour empêcher toute avancée progressiste, quelque soit la volonté des peuples. Il est clair désormais que l’Union européenne sert certains intérêts limités, contre les populations, véritables ennemis de l’intérieur à qui il s’agit d’interdire toute perspective de changement, même modeste.

Cette crise n’est pas grecque, car tous les peuples sont concernés : les demandes portées par Syriza s’inscrivaient dans le lexique modéré du keynésianisme. L’idée qu’il n’est pas raisonnable d’écraser un pays sous des politiques d’austérité si on veut véritablement qu’il s’en sorte est partagée même par les moins révolutionnaires. D’ailleurs, c’est cette idée qui a permis à l’Allemagne d’obtenir un certain aménagement à sa dette impayable en 1952. Avec l’accord imposé par l’eurogroupe en juillet, il n’est pas question de porter remède aux difficultés grecques, mais d’écraser un gouvernement de gauche, certes un peu progressiste mais beaucoup trop pour les autres qui ne le sont pas du tout. Ce qui s’est passé en juillet est un avertissement politique adressé aux peuples par les gouvernements conservateurs et sociaux-démocrates : il n’y a pas d’alternative. Et l’Union européenne est le moyen de parvenir à imposer cette idée.

Plusieurs conséquences à ce constat : l’Union européenne est le problème, pas la solution ; il n’y a pas d’espace politique européen ; en conséquence, certaines de nos mobilisations doivent être repensées.

L’Union européenne est le problème, pas la solution.

On s’étonnera peut être de l’utilisation du démonstratif le. Elle est faite à dessin. L’Union européenne n’est pas un problème parmi d’autres, il est celui qui surplombe tous les autres et dans lequel il nous faut trancher.

L’idée généralement partagée à Attac est qu’il faut en finir avec les politiques austéritaires qui sont des instruments d’inégalité sociale, économiquement inefficaces et qui perpétuent un vieux monde qui détruit la planète. Cette idée demeure parfaitement actuelle. Mais désormais, la démonstration est faite : rien ne sera possible si nous ne parvenons pas à venir à bout de la machine à punir qui empêche toute alternative concrète. Et cette machine à punir, c’est l’Union européenne.

Les gouvernements ont un rôle crucial et moteur, et celui qui se révèle le plus puissant aujourd’hui est le gouvernement allemand, aidé par la complicité du gouvernement français. Toutefois, rien n’aurait été possible sans l’existence d’une structure informelle, l’eurogroupe, constituée au sein de l’Union pour imposer l’écrasement d’un peuple dissident, le peuple grec. Les instruments de la politique monétaire, mais aussi de la politique budgétaire, se trouvent désormais hors de portée des peuples qui peuvent voter dans un sens ou dans un autre sans que cela n’ai plus la moindre conséquence.

Juillet 2015 ne fait que confirmer ce que nous savons déjà : l’Union européenne est une machine à dumping social (détachement des travailleurs salariés, concurrence salariale etc.), une machine à dérégulation (marché aérien, postal, de l’énergie, ferroviaire, etc.), une machine à privatisation (La Poste). Elle s’est dotée des instruments juridiques adéquats pour imposer une politique économique, le néo-libéralisme. Juillet 2015 montre que les élections ne servent plus à rien, mais nous avons pu le constater depuis 2007, depuis que par trois fois trois peuples aient refusé le TCE pour qu’il soit finalement adopté deux ans après, sous une autre dénomination.

L’UE est, consubstantiellement, un instrument néo-libéral et n’est pas réformable : c’est une zone de libre-échange, pensée comme telle, productrice de dumping entre des entités aux législations très différentes, et donc l’objectif est bien, comme toutes les zones couvertes par un traité de libre-échange, de niveler les normes sociales, fiscales et environnementales sur le standard le plus bas. D’ailleurs, une très grande partie des délocalisations s’effectuent à l’intérieur de l’UE, notamment vers les pays de l’ex bloc de l’Est, aux salaires très faibles (exemples de Peugeot et Renault). La gauche radicale appelle à lutter contre les traités de libre-échange, comme le TAFTA et le CETA, or, les traités instituant l’UE sont les traités de libre-échange les plus destructeurs. Ils doivent donc à ce titre être combattus de façon aussi virulente que le TAFTA et le CETA.

Aucun domaine, véritablement aucun, n’échappe au surplomb des politiques européennes : monnaie, budget, mais aussi fiscalité, environnement, climat, questions sociales, politiques commerciales. Or ces politiques, juillet 2015 montre qu’il n’est plus raisonnable de parier qu’elles pourront être réorientées dans le cadre institutionnel existant. C’est en fonction de ce point de vue qu’il est possible de dire que désormais la question du carcan européen devient première : écarter ce carcan, si possible le détruire devient le premier combat à mener, au moins celui qui précède tous les autres, afin que les autres puissent connaître une chance d’être gagnés.

Il n’y a pas d’espace politique européen

Nous, mouvements sociaux, avons vécu avec cette idée qu’il était possible de créer ou d’élargir (selon le degré d’optimisme de chacun) un espace politique européen qui transcenderait l’espace des nations, peu adapté aux problèmes globaux auxquels nous avons l’ambition de nous attaquer.

Créer un espace politique européen était l’idée du Forum social européen. Elle était excellente, c’est un échec. Depuis Istanbul (2010), aucun forum n’a pas se réunir et ce ne sont pas les quelques tentatives de réunions autour des questions sociales en Europe qui peuvent prétendre avoir relevé cet échec. Il ne s’agit pas ici d’analyser en détail ce constat, mais de le faire : oui, le mouvement social est faible en Europe, il n’a pas permis l’émergence des forces capables d’éviter aux gouvernements conservateurs et libéraux d’imposer leur ordo-libéralisme mortifère.

Mais si le mouvement social est faible, il l’est au niveau européen. Au niveau de chaque pays, il en va différemment : l’Espagne a connu un mouvement fort, la Grèce un gouvernement à gauche porté par le mouvement social. La France a également connu des moments intenses, (referendum de 2005), des campagnes importantes, mais globalement, les mouvements sociaux ne sont pas parvenus à faire émerger une force susceptible de renverser la vapeur en Europe. Il ne faut pas s’en étonner : les mobilisations se font concrètement dans la langue de ceux et celles que l’on espère convaincre de lutter à nos côtés, dans le cadre de référence historique, politique et social que nous avons en commun. Seule une infime catégorie de militants peut passer d’une langue à l’autre, d’un cadre à un autre : ils n’ont pas jusqu’ici fait la différence, inutile de se bercer de l’illusion qu’ils la feront un jour.

Cela s’explique simplement : les institutions européennes ne laissent aucun espace politique. Comme le dit très justement Junker : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. »

Juillet 2015 et la gestion de la crise financière depuis 2008 ayant prouvé qu’elle était non réformable de l’intérieur, le choix de la rupture avec l’UE s’impose donc comme une évidence pour tous les mouvements portant un projet de rupture économique et sociale et de politique alternative de gauche. C’est un postulat de raison, basé sur l’expérience et l’observation. Défendre la maintien dans l’UE tient à l’inverse du choix dogmatique et idéologique (l’UE comme dépassement des nationalismes honnis). Nous sommes contraints de dépasser nos propres dogmes.

Revoir notre rôle, nos actes, nos discours

Dans les circonstances actuelles, le livre d’Attac et de Copernic « Que faire de l’Europe? » ne peut plus servir de référence, en tous les cas pas sur le plan de l’action stratégique. Rappelons les mots sur lesquels il se termine et qui fondent un programme : « la refondation de l’Europe passera par trois processus interdépendants mais pouvant survenir dans des temporalités différentes : l’irruption d’insurrections civiques dans plusieurs pays, le développement à grande échelle des pratiques alternatives de production, de vie et d’action politique, et l’arrivée au pouvoir de majorités porteuses de ces initiatives solidaires, démocratiques et écologiques… » Mesurons l’irréalisme de ces prérequis qui découragent toute perspectives de mobilisations, d’autant que nous connaissons désormais la dureté, le dogmatisme des gouvernements en place qui, jamais, n’accepteront « le développement à grande échelle des pratiques de production, de vie et d’action politique » et qui usent sans vergogne des institutions de l’Union européenne pour s’assurer que les « majorités porteuses de ces initiatives solidaires, démocratiques et écologiques » ne puissent rien obtenir.

Le dogme selon lequel « cette bataille ne peut être le fait d’un seul pays ni d’un seul peuple » doit désormais être oublié. Si le mouvement social dont nous sommes une composante essentielle a une utilité, ce sera de prendre ses responsabilités ici et maintenant : les gouvernements et les institutions de l’Union européenne nous l’ont rappelé durement, eux ne rigolent pas. Ils ne céderont rien, jamais. Et en tous les cas pas spontanément. Il nous appartient d’agir là où nous le pouvons effectivement desserrer d’étau, l’objectif étant de le faire tomber. Et cet étau ne tombera pas par une hypothétique mobilisation européenne, de toute façon insuffisante vue la non-démocratie de l’Union. Elle découlera des ruptures réelles, sérieuses dont notre action, nos campagnes, porteront au premier plan.

Notre responsabilité est énorme : puisqu’il est établi désormais que les institutions de l’Union ne connaissent pas la démocratie, puisque les gouvernements ne la connaissent pas davantage, nous devons rompre avec ce jeu infernal où les perdants sont les naïfs qui, à l’instar du gouvernement grec, croient qu’il suffit d’un vote même massif, même de tout un peuple pour changer les politiques d’austérités hégémoniques dans le cadre de l’Union. Il faut beaucoup plus que cela : il faut des ruptures avec l’UE, et il faut aussi assumer l’idée que nous serions prêts à assumer les conséquences, même ultimes, de notre détermination comme peuple. Le gouvernement grec est parti désarmé aux négociations en s’interdisant à l’avance de sortir de la zone euro, en ne pensant aucun plan B. Il a été humilié et avec lui, tout un peuple. Il nous appartient donc, comme mouvement social, à défendre dans l’opinion que nous devrions assumer une sortie d’institutions anti-démocratiques et mortifères – mais d’assumer réellement les conséquences de ces ruptures, sans se masquer derrière des prérequis tels que ceux formulés dans le livre d’Attac et Copernic qui renvoient les mobilisations aux générations qui naîtront après 2150 dans le meilleur des cas.

L’internationalisme reste de mise, la solidarité des mobilisations avec d’autres peuples doit se poursuivre, mais nous ne devons pas nous masquer derrière cette nécessaire solidarité internationale pour éluder notre responsabilité dans le cadre militant où nous existons réellement. Notre responsabilité est d’autant plus grande que nous voyons partout monter des forces violentes, d’extrême-droite : elles ont la partie facile, il leur suffit d’occuper le terrain que les forces démocratiques leur laissent. Elles donnent, ces forces d’extrême-droite, l’impression qu’elles seraient capables de renverser la table, de rompre avec l’insupportable et gagnent du terrain par des discours d’exclusion. Nous avons aussi la responsabilité de ne pas laisser sans réponses les angoisses qui naissent des dénis de démocratie systématiques dont Juillet 2015 constitue un exemple frappant, sans quoi l’extrême-droite finirait pas conquérir le pouvoir

Propositions :

1- Axer notre discours sur la démocratie : elle n’existe plus, il s’agit de la refonder, l’Union européenne n’est pas démocratique (ni d’ailleurs nos institutions).

2- L’Union européenne est le noeud gordien : aucune avancée ne peut se faire dans le cadre qu’elle impose.

3- Le mouvement social doit prendre ses responsabilités et dire comment et de quelle manière rompre effectivement avec les politiques et les institutions ordo-libérales.

En somme, il s’agit de tracer un signe d’égalité entre démocratie et reconquête de la souveraineté populaire. Ce sont les peuples qui sont bafoués, nous avons la responsabilité de redonner des perspectives de luttes. Notre internationalisme ne doit pas être l’excuse de notre refus d’agir et de notre impuissance.

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