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2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 04:21

Le «mirage agricole» allemand, ou la trajectoire d’une ivresse industrielle


La lutte contre l’agro-industrie passe par la préservation de l’art de vivre à la française, au moment de passer à table.
En
regardant l’assiette de nos voisins allemands à l’heure ou on nous
abreuve de «miracle économique», force est de constater que le contenu
laisse à désirer. Préserver un héritage culturel, un art culinaire,
c’est s’opposer à une nourriture standardisée, aseptisée et revendiquer
un droit à une alimentation de qualité. L’abondance des saucisses
industrielles au moment du déjeuner interpelle quant aux vertus du
«mirage agricole» d’Outre-Rhin. Le modèle économique allemand des
néo-libéraux est loin d'être aussi couronné de succès que ses
propagandistes veulent nous le faire croire.

La crise de l'élevage européen et la suroffre laitière allemande au sein du marché
international interroge le fameux «modèle» allemand qui, depuis la
révolution verte, s’est illustré par une «chimisation» massive et
l'industrialisation forcée de l’agriculture. La concentration des
exploitations a été plus importante dans l'élevage, qui est devenu de
plus en plus intensif notamment dans l'aviculture, l’élevage porcin et
laitier. L’excellente productivité de ses entreprises chimiques
accompagne l'agriculture chimique (Bayer, BASF et Hoechst),
aujourd'hui fabricants de médicaments et d’OGM, par recyclage de
production d’armes chimiques datant de la 1ère guerre mondiale.
L’Allemagne est aujourd’hui le 2ème plus gros exportateur mondial de
pesticides, les grands groupes de l'agroalimentaire Haribo, Herta,
Bahlsen sont flamboyants à l’exportation par pression sur les salaires,
souvent au mépris des conditions de travail (emplois détachés). Les
fermes industrielles devenues des références pour les investisseurs
français fleurissent sur tout le territoire avec des arguments
énergétiques fallacieux (méthaniseurs, installations photovoltaïques
très gourmands en aides PAC). Ces complexes économiques
concentrationnaires sont des usines à «minerai» au sein desquelles les
salariés sont des vulgaires outils de production, au mépris du bien être
animal.

Les dégâts irréversibles de l’agriculture chimique

L'agriculture conventionnelle provoque d'énormes dégâts environnementaux en
Allemagne. L'agriculture est le second secteur qui émet le plus de gaz à
effet de serre juste après l'industrie. La baisse de qualité de l'eau
dans les années 1980 a été principalement causée par l'élevage de
cochons et de volaille dans des zones déjà saturées dans l'agriculture
intensive. Celle-ci nécessite une utilisation croissante d'engrais
chimiques et un nombre toujours plus grand de têtes de bétails présents
dans des zones plus petites. Divers scandales sanitaires Outre-Rhin ont
émaillé l’actualité dont en 2010, avec des œufs contaminés découverts
dans 4 500 fermes d'Allemagne (les poules ont été nourries avec des
graisses frelatées destinées à l'industrie), et au printemps 2011,
l’épidémie mortelle provoquée par la bactérie Escherichia Coli (une
trentaine de morts). L’Allemagne est en tête en Europe pour la pollution
de l'air et la production de déchets ; elle empêche, sur ordre de
l'industrie automobile, des niveaux d'émission de gaz d'échappement plus
bas et, sur ordre de l'industrie chimique, des directives écologiques
au niveau européen avec des conséquences tragiques sur la biodiversité,
la qualité des sols et en particulier la microfaune. La fièvre des
exportations et de transport de marchandises réactive la consommation de
charbon et production de « grosses cylindrées ».

Pionnier en matière de "hard-discount" (dans les années 40), l'Allemagne est un gros
consommateur d'alimentaire à bas prix et détient des records d’obésité.
Ce segment de distribution représente plus de 40% du marché de
l'alimentaire Outre-Rhin (Lidl, Aldi, Netto) contre 14 % en France. Dans
ces conditions, conquérir les marchés grecs pour éponger la dette est
devenu un jeu dangereux et cynique qui discrédite l’Eurogroupe marqué
par son arrogance à l’égard de la souveraineté des peuples.

La face cachée de l’art de vivre à l’allemande nous donne des gages pour
refuser culturellement les dérives productivistes et revendiquer un
«droit à une alimentation saine de qualité».
La réforme de nos modes de développement et nos pratiques de consommation est en jeu, appelée
par l’urgence climatique avec en perspective en décembre à Paris, la
conférence mondiale sur le climat (COP 21) qui laisse espérer de faibles
mesures. Lier transformation sociale et réponse au basculement
climatique est au cœur des enjeux syndicaux et sociétaux.
La nouvelle loi sur la transition énergétique prévoit de relever la taxe carbone
française, elle doit intégrer les coûts sociaux et environnementaux de
l’agro-alimentaire. Elle doit choisir une autre orientation à la
politique agricole par la restauration de la souveraineté alimentaire,
la valorisation des systèmes alimentaires relocalisés et la production
artisanale et labellisée. La compétition, facteur de dumping social et
environnemental pourrait s’accélérer avec les accords de libre-échange
transatlantiques (TAFTA) qui signeraient le coup de grâce pour de
nombreux éleveurs.

-William Élie-

CP Journées d'été des AmiEs de la Confédération paysanne

Communiqué de presse du 19 juillet 2015 ( à faire circuler )
http://lesamisdelaconf.org/

Les Ami(e)s de la Confédération paysanne cultivent la résistance et sèment des alternatives à l’agro-industrie


Réunis à Peyrelevade sur le plateau de Millevaches (16-19 juillet) une
centaine d’Ami-E-s de la Conf’ se sont retrouvés pour leurs Journées
d’été. Face à la standardisation de l’alimentation, à
l’industrialisation de l’agriculture et à la disparition accélérée des
paysans par l’ouverture des marchés (dérégulés), les Ami-E-s de la
Confédération paysanne ont réaffirmé leur volonté d’avoir des éleveurs
nombreux pour faire vivre les territoires et valoriser la production
locale. Dans le contexte particulièrement sensible de la crise de
l’élevage, ils ont débattu de la construction d’alternatives à la
financiarisation d’un monde niant les travailleurs et la démocratie. Il
s’agit de protéger la production de qualité (paysanne/fermière) du
laminage de la grande distribution par des prix rémunérateurs pour
celles et ceux qui nous nourrissent et privilégier une agriculture
nourricière à taille humaine qui dessine un avenir pour nos campagnes et
notre société dans des territoires vivants.

Les territoires ne peuvent être vivants et dynamiques que s’il existe tous les services
publics de proximité nécessaires et une politique pour l’égalité des
territoires. C’est dans ce cadre de préservation du Bien Commun que
pourront se développer des solidarités à multiples visages :
paysans-ouvriers-« consomm’acteurs »-citoyens de tous horizons.
Cet objectif sera conduit en cohérence avec les actions de convergence et
les luttes à mener dont la protection des terres agricoles et l’accès au
foncier qui n’ont de cesse d’être toujours plus criminalisées par les
pouvoirs en place. Les Ami-E-s de la Confédération paysanne jugent
indispensable de s’opposer aux lois liberticides présentes et à venir
sur le renseignement au niveau français, sur le secret des affaires au
niveau européen, ainsi qu’aux accords de libre-échange qui auraient
comme conséquence l’acceptation d’un modèle économique énergivore et
destructeur d’emploi, des ressources et de la biodiversité.

Ces journées ont permis de constater que partout, en France et dans le
monde, de plus en plus de citoyens et d’organisations prennent des
initiatives et créent des alternatives concrètes face à la
financiarisation de l’économie, à la peur et au fatalisme entretenus par
les dirigeants de cette mondialisation néo-libérale.

Communiqué à Peyrelevade (Corrèze), le 19 juillet 2015

<contact@lesamisdelaconf.org>

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