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31 juillet 2015 5 31 /07 /juillet /2015 11:14

Sécheresse et canicule : le nucléaire fait souffrir les cours d’eau

Cet été, de nombreux départements sont touchés par la sécheresse. Ces épisodes climatiques extrêmes, susceptibles de se multiplier dans les années à venir, aggravent les impacts des centrales nucléaires sur les cours d’eau. Mais pour EDF, les intérêts financiers priment sur la protection des écosystèmes aquatiques.

Des centrales nucléaires gourmandes en eau

Une centrale nucléaire a besoin d’eau en permanence pour évacuer la chaleur produite par la réaction nucléaire, et ce même à l’arrêt.

  • En bord de mer ou sur les cours d’eau à fort débit, les centrales fonctionnent en circuit "ouvert" : chaque réacteur prélève près de 50 m3/seconde pour ses besoins en refroidissement. L’eau est ensuite rejetée à une température plus élevée. C’est le cas, par exemple, à Fessenheim.
  • Sur les cours d’eau où le débit est plus faible, elles fonctionnent en circuit dit "fermé" : chaque réacteur pompe près de 2 à 3 m3/seconde dont une partie est ensuite évaporée dans les tours de refroidissement, formant un panache blanc caractéristique ; le reste est ensuite rejeté. Les deux tiers de l’énergie produite par une centrale sont perdus sous forme de chaleur. Celle-ci sera elle-même évacuée sous forme de vapeur d’eau (qui constitue elle-même un gaz à effet de serre) et/ou viendra réchauffer les cours d’eau [1].

Des dérogations sur mesure pour les étés chauds Le fonctionnement des centrales en été exige donc un débit suffisant. D’où certains arrangements pour conserver suffisamment d’eau dans les fleuves !

  • En cas de sécheresse, on préfèrera vider le lac de Vassivière (Limousin) pour que la Vienne continue à refroidir la centrale de Civaux.
  • Cette question peut même prendre une dimension internationale : en avril 2015, François Hollande a négocié avec la Suisse pour qu’en cas de sécheresse, le débit du Rhône à la sortie du Lac Léman reste suffisant pour refroidir les 14 réacteurs français situés au bord du fleuve !

Surtout, ces rejets d’eau chaude ne font pas le bonheur des milieux aquatiques. En 100 ans, la température du Rhin a augmenté de près de 3°C, notamment à cause de la centrale de Fessenheim. Ces rejets thermiques agissent comme une barrière qui réduit considérablement les chances de survie des poissons grands migrateurs, comme les saumons et truites des mers. Leur impact est d’autant plus important en période de fortes chaleurs, avec des fleuves au débit réduit et à la température en hausse.

La loi fixant des limites au réchauffement des fleuves, EDF peut se voir contrainte de réduire la puissance de certains réacteurs et pourrait théoriquement être conduite à les arrêter en cas de trop forte chaleur. Mais il faut bien faire tourner les climatiseurs, et tout arrêt de réacteur représente un manque à gagner d’un million d’euros par jour pour EDF… si bien que l’électricien n’a jamais cessé d’intervenir pour modifier la législation et obtenir des dérogations !

Ainsi, pendant la canicule de 2003, un grand nombre de centrales ont bénéficié de dérogations successives. Dans les années suivantes, chaque centrale a eu droit à une réglementation ad hoc plus souple, avec par exemple une température limite en aval à ne pas dépasser basée sur une moyenne de 24h. Et si, en cas de "canicule extrême et nécessité publique", les limitations habituelles ne peuvent être respectées, un décret de 2007 autorise à modifier encore les conditions de rejets thermiques ! Les poissons apprécieront...

Une pollution chimique et radioactive accrue en cas de sécheresse

En temps normal, les sites nucléaires sont autorisés à rejeter dans l’eau d’importantes quantités de substances radioactives (tritium, carbone 14... qui s’accumulent dans la végétation aquatique) et surtout chimiques : bore, hydrazine, phosphate, détergents, chlore, ammonium, nitrates, sulfates, sodium, métaux (zinc, cuivre…).. La chaleur favorisant la prolifération des amibes, EDF a tendance à utiliser encore plus de produits chimiques en été, notamment pour éviter que les tours de refroidissement se transforment en foyers de légionellose.

Or lorsque le débit des cours d’eau se réduit, la concentration des substances polluantes augmente. En 2012, des militants ont illustré cette faible dispersion en versant dans la Garonne en étiage bas un colorant qui, faute d’un courant suffisant, se diluait à peine.

Plus de centrales le long d’un fleuve signifie plus de rejets. Le Rhône et la Loire refroidissent respectivement 14 et 12 réacteurs. Selon des études menées par EDF, si plusieurs sites procédaient simultanément à des rejets chimiques en période d’étiage sévère de la Loire, leur impact cumulé serait désastreux pour l’environnement. La législation impose aux centrales situées sur le même bassin versant de se concertent entre elles avant d’effectuer ces rejets… mais les agents de la centrale nucléaire de Belleville (Cher), interrogés en 2014, étaient incapables de dire si et comment EDF mettait en oeuvre cette concertation au niveau local et national [2] !

Certes, en-dessous d’un débit particulièrement bas, les rejets chimiques dans les cours d’eau sont interdits. Ces substances sont alors stockées dans de grands réservoirs en attendant des conditions plus propices. Mais ces stockages précaires ne permettent de tenir que quelques semaines. Bien que la situation ne se soit encore jamais présentée, EDF pourrait être contrainte d’arrêter les centrales si la sécheresse perdure alors que ces réservoirs sont pleins. Dans tous les cas, ces substances seront relarguées plus tard dans l’année. Or un grand nombre de communes prélèvent leur eau potable dans les cours d’eau, comme Agen (Lot-et-Garonne), à seulement 20 km en aval de la centrale nucléaire de Golfech. Et bien des agriculteurs utilisent cette eau polluée pour arroser leurs cultures…

Des nuisances croissantes avec le réchauffement du climat

Le changement climatique promet la multiplication des épisodes extrêmes (notamment sécheresses et canicules) et risque d’aggraver la pression sur les cours d’eau. Plutôt que d’accumuler dérogation sur dérogation au mépris des écosystèmes aquatiques, EDF ferait mieux de se rendre à l’évidence : à terme, bon nombre de centrales ne pourront plus produire d’électricité. Des études prédisent une baisse de débit d’étiage des fleuves de 20 à 40 % d’ici à 2050 [3] , mais il ne sera sans doute pas nécessaire d’attendre cette date ; dès 1995, les commissaires-enquêteurs en charge de l’enquête publique pour la centrale de Civaux avaient émis un avis défavorable, estimant que les rejets prévus n’étaient pas compatibles avec le débit de la Vienne.

Les centrales côtières, quant à elles, seront confrontées à un autre problème : certaines risquent d’être menacées par la montée des eaux, comme Gravelines (construite sur un polder) ou le Blayais (déjà inondée lors de la tempête de 1999).

Loin de constituer un atout dans la lutte contre le changement climatique, dans un monde qui se réchauffe, le nucléaire constitue un risque supplémentaire dont il est urgent de se débarrasser !

Quand il fait chaud, on arrose Fessenheim !

Fin juillet 2003, pendant la canicule, on frôle les 49°C à l’intérieur de la centrale de Fessenheim. Or, pour des raisons de sécurité, la température ne doit pas dépasser 50°C dans le bâtiment abritant le réacteur, pour ne pas fragiliser certains équipements. Plutôt que d’arrêter la centrale, EDF décide « à titre expérimental » de brumiser le toit pendant 4 jours, prélevant plus de 200 000 litres d’eau dans la nappe phréatique en pleine période de restriction de la consommation d’eau !

À lire également :

Henry Chevallier, "Le nucléaire et l’eau", revue "Sortir du nucléaire" n°37, janvier 2008

[1] Par exemple, un réacteur d’une puissance électrique de 800 MW comme ceux de Fessenheim doit évacuer en permanence 2400 à 2500 MW thermiques.

[2] Cette infraction a notamment fait l’objet d’une plainte en justice

[3] Lire l’article de Sciences et Avenir de juillet 2015 : Fleuves à sec, centrales assoiffées

-Point sur les normes maximales admissibles de contamination radioactive dans les aliments (NMA) en cas de catastrophe nucléaire",de la CRIIRAD.

Cher signataire de la pétition,

Dans le cadre du projet de refonte du règlement Européen sur les normes maximales admissibles de contamination radioactive dans les aliments (NMA) en cas de catastrophe nucléaire, la CRIIRAD a conçu trois amendements qui ont été débattus le 9 Juillet au matin par les Eurodéputés, ceux-ci ayant ensuite procédé à leur vote.

La mobilisation a porté ses premiers fruits, puisque notre proposition relative aux aliments de « moindre importance » a été adopté. Nous vous remercions chaleureusement pour votre soutien qui a fortement contribué à ce résultat !

Mais les deux autres votes sont décevants car les amendements concernant la réduction par 10 du niveau de contamination dans les aliments et par 100 dans l’eau de consommation ont été rejetés.

Certains députés, comme madame Griesbeck du groupe ALDE, nous ont expliqué les raisons de leur vote et nous avons répondu à leurs arguments (voir notre site, ou le lien http://www.criirad.org/aliments-nma-accidentnucleaire/2015-07-24_reponse-a-griesbecb.pdf ). Nous espérons que d’autres auront la même démarche.

Le vote du Parlement Européen ne constituait qu’une étape. Le Conseil de l’Union est maintenant susceptible de tout remettre en cause, en tenant compte ou pas des résultats du vote du 9 juillet.

Il est par conséquent primordial non seulement de poursuivre ensemble la mobilisation, car nous en avons vu l’efficacité, mais de l’étendre et la faire connaître dans tous les pays européens !

Vous pouvez nous aider de plusieurs manières :

  • Si vous souhaitez distribuer la pétition plus largement sur des salons ou dans tout autre lieu, nous pouvons vous adresser une version imprimable de la pétition.
  • Plusieurs d’entre vous ont déjà proposé de collaborer au travail de traduction. Certains textes existent maintenant en Allemand, Anglais, Catalan, Espagnol, Portugais et sont en ligne. Des propositions de traduction en Danois, Suédois, Néerlandais et Polonais et en Esperanto nous sont parvenues. Mais il nous manque toujours une solution pour les autres langues : Finnois, Grec, Hongrois, Norvégien, Roumain, Slovaque, Tchèque etc… Nous réitérons donc notre appel à compétence pour toutes ces langues.
  • Nous avons besoin d’identifier les associations de tous les pays Européens qui militent dans le domaine de l’alimentation, de l’environnement et de la santé. Merci de nous mettre en relation si vous disposez de tels contact, ou de leur faire passer l’information et en leur demandant de la relayer.

A bientôt donc pour de nouvelles informations, notamment pour vous informer des prochaines échéances.

Nous comptons bien évidement à nouveau sur votre soutien dans cette nouvelle phase !

Bien cordialement,

Sécheresse: les arbres en perdent l’appétit du CO2

Le 31 juillet 2015 par Romain Loury

Sites & Sols

Les arbres mettent de 2 à 4 ans à récupérer d’une sécheresse, révèle une étude américaine publiée jeudi 30 juillet dans Science. Peu pris en compte par les modèles climatiques, ce phénomène pourrait diminuer les capacités de stockage du carbone, renforçant ainsi le réchauffement climatique.

Conséquence directe du réchauffement, les sécheresses devraient devenir plus fréquentes au cours du XXIe siècle. Parmi ses premières victimes, les arbres: en Californie, qui traverse sa 4e année consécutive de sécheresse, 12,5 millions d’entre eux sont morts en 2014. Même situation en Amazonie, où l’on observe depuis 2000 une baisse de l’indice de végétation sur plus de deux tiers de sa surface.

Or même chez les arbres qui ne meurent pas, la sécheresse entraîne un fort ralentissement de la croissance dans les années qui suivent. Déjà observé sur quelques espèces, notamment suite à la canicule européenne de 2003, le phénomène concerne l’ensemble du globe, comme le révèle une étude menée par l’équipe de Stephen Pacala, de l’université de Princeton (New Jersey).

-9% la première année post-sécheresse

A l’aide d’une base de données regroupant des mesures de cernes d’arbres, l’International Tree Ring Data Bank, les chercheurs ont analysé la croissance des arbres de 1.338 sites de l’hémisphère nord, afin d’estimer l’effet de la sécheresse dans les années qui suivent. Résultat, les arbres mettent de 2 à 4 ans à retrouver leur rythme de croisière. Leur croissance est diminuée de 9% la première année, de 5% pendant la deuxième année.

Il ne s’agit là que d’une moyenne: dans de rares cas, notamment certaines régions du bassin méditerranéen et de Californie, les arbres sont au contraire stimulés au cours des années qui suivent une sécheresse. Pour les autres zones, c’est dans les régions déjà arides que l’effet de la sécheresse se prolonge le plus, là où les arbres sont déjà soumis à un fort stress hydrique.

Comment expliquer ces effets retardés? Selon les chercheurs, elle pourrait engendrer une perte des feuilles et/ou des réserves en sucres, voire les rendre plus vulnérables aux organismes pathogènes. Autre possibilité, elle endommagerait le système vasculaire de l’arbre, qui rencontrerait des difficultés à faire circuler l’eau une fois celle-ci revenue.

Entre deux sécheresses, des arbres à la peine

Peu pris en compte par les modèles climatiques, cet effet serait loin d’être négligeable. D’après les calculs effectués par les chercheurs, il équivaudrait, pour les forêts du sud-ouest des Etats-Unis, à une baisse de 3% des capacités de stockage de carbone sur un siècle. Soit l’équivalent d’un quart des émissions annuelles des Etats-Unis.

«Le fait que les températures continuent à augmenter suggère que l’ouest des Etats-Unis va connaître des sécheresses de plus en plus fréquentes et sévères, réduisant fortement la capacité des forêts à pomper du carbone de l’atmosphère (…) Et si les forêts ne sont plus aussi efficaces pour utiliser le CO2, les changements climatiques pourraient s’accélérer», explique William Anderegg, co-auteur de l’étude.

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